Harper et la science : éclaircie en vue ?

Pour la première fois depuis très longtemps, la communauté scientifique ne s’est pas indignée contre une décision du gouvernement Harper, qui annonce une légère embellie du côté de la recherche fondamentale dans son dernier budget.

Pour la première fois depuis très longtemps, la communauté scientifique ne s’est pas indignée contre une décision du gouvernement Harper, qui annonce une légère embellie du côté de la recherche fondamentale dans son dernier budget.

L’Acfas s’est notamment réjouie de l’augmentation du budget des trois fonds subventionnaires fédéraux (IRSC, CRSNG et CRSH) au niveau de celle du coût de la vie.

«Bien que le gouvernement conserve une orientation claire vers la recherche appliquée à l’industrie, de nombreuses mesures témoignent d’une reconnaissance de l’équilibre général du système de recherche, ce qui est un signe encourageant d’ouverture», commente Louise Dandurand, présidente de l’Acfas.

L’Association canadienne des professeures et professeurs d’université, tout en dénonçant les tours de passe-passe qui grossissent les chiffres alloués à la recherche dans le budget, se réjouit aussi du fait que les nouveaux fonds ne soient pas ciblés.

Ottawa annonce la création d’un nouveau fonds baptisé Apogée Canada «pour aider les établissements postsecondaires canadiens à exceller à l’échelle mondiale dans des domaines de recherche qui procurent des avantages économiques à long terme au Canada».

C’est tout ce que l’on en sait pour l’instant, c’est-à-dire à peu près rien — sinon que ce nouveau programme sera doté de 50 millions de dollars pour la prochaine année, et d’un hypothétique 1,5 milliard de dollars sur les 10 prochaines années.

Certains y voient cependant une très bonne nouvelle, comme l’Association des universités et collèges du Canada.

Lire aussi le mathématicien de l’Université de Colombie-Britannique Nassif Ghoussoub à ce sujet (ainsi que son analyse en français par mon collègue Jean-François Cliche du Soleil).

Je resterais quand même prudente pour l’instant, même s’il y a certainement du positif dans ce budget. Il va en falloir un peu plus, à mon goût, pour rééquilibrer la donne.

Jusqu’à présent, la science a toujours été pour les conservateurs quelque chose qui ne sert qu’à engendrer des retombées économiques. Progresser dans les connaissances, éclairer des politiques publiques ? Tout cela n’a strictement aucun intérêt pour M. Harper.

Pour vous en convaincre, lisez la traduction français du livre The War on Science, publiée ces jours-ci sous le titre Science on coupe ! chez Boréal.

Le journaliste albertain Chris Turner y raconte comment le gouvernement Harper a, au fil des ans, sabré dans les programmes gouvernementaux de recherche — particulièrement en environnement — pour déployer une stratégie d’aveuglement volontaire dans laquelle il ne lui est plus possible de prendre des décisions basées sur des preuves scientifiques, ce qui laisse toute la place à l’idéologie.

Vous pouvez aussi relire les nombreux billets que j’ai déjà consacrés à cette question (par exemple : sur la prochaine stratégie scientifique fédérale, la propriété du pôle Nord, la recherche industrielle, la désertification, la Loi sur les eaux navigables, la palme d’or de la pire coupe d’Ottawa en recherche, les victimes d’un moratoire fédéral, comment Ottawa a tué la station de recherche d’Eureka, Statistiques Canada nous plonge dans l’obscurantisme, le palmarès des bourdes scientifiques de Harper)… tout comme cette entrevue avec le chercheur Yves Gingras, qui préface d’ailleurs le livre de Chris Turner.

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Si c’était seulement des conservateurs har peur créationnistes et libertariens du Québec, aujourd’hui le cheval vapeur ne serait même pas sur papier.

Avec les conservateurs et républicains, l’Amérique du Nord va être une région reculée par le tonnerre dans quelques années.