Horacio Arruda : Sous tension

Le directeur de la santé publique a dû faire sans arrêt des recommandations aux répercussions immenses pour la population. Qu’elles soient populaires ou non.

Photo : Emilie Nadeau

À l’image de tous les chefs de la santé publique dans le monde, Horacio Arruda est passé de l’anonymat presque complet au statut de vedette en quelques jours au printemps. Il a basculé d’une vie paisible de fonctionnaire au « cauchemar » de la COVID-19, sous pression, constamment au centre de l’attention, à devoir faire des recommandations aux répercussions immenses qui ne plaisent pas toujours à la population — jusqu’à recevoir des menaces de mort.

« Je n’ai qu’un désir : que ce virus soit derrière nous et qu’on puisse revenir à notre vie normale », affirme Horacio Arruda, figure de proue du vaisseau de la santé publique, composé des experts de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et des directions régionales de santé publique. « C’est usant pour moi, pour nous tous. On essaie de faire le mieux possible avec ce qu’on a comme information. C’est dur, c’est exigeant, c’est un cauchemar qui perdure », dit-il.

Entre le 12 mars et le 12 novembre, le gouvernement du Québec a tenu 148 conférences de presse sur la crise sanitaire. François Legault a participé à 106 d’entre elles et Horacio Arruda… à 127 !

Cette notoriété, le Dr Arruda l’échangerait volontiers contre un peu de quiétude. Il évoque la chanson « Je cherche l’ombre », de Céline Dion, lorsque je lui demande comment il vit avec l’attention des derniers mois, lui qui ne peut plus faire un pas dehors, même avec son masque et des lunettes de soleil, sans se faire aborder par des citoyens. « J’aimerais mieux ne pas être connu. Ça me fait un peu peur, les phénomènes de célébrité instantanée », confie-t-il, précisant que la vaste majorité des gens sont très gentils envers lui. « Ce qui me ferait plaisir, c’est qu’on reconnaisse davantage le rôle de la santé publique dans notre société. Que notre travail pour améliorer le sort des gens, hors d’une pandémie, soit valorisé. »

Sa plus grande crainte : perdre la confiance de la population, ce qui amenuiserait le respect des consignes sanitaires. « Ça me préoccupe beaucoup, avoue-t-il. La confiance des gens et ma crédibilité, c’est précieux. »

Il affirme que s’il estimait ne plus être la bonne personne pour guider le gouvernement et les Québécois, il n’hésiterait pas à démissionner. Horacio Arruda a d’ailleurs tâté le terrain auprès de successeurs potentiels. « Il n’y a pas beaucoup de volontaires ! » observe-t-il en riant, avant de reprendre son sérieux. « Les chefs de santé publique partout dans le monde personnifient les problèmes, que ce soit les morts lors d’une vague de chaleur ou dans les CHSLD pendant la COVID. Je le sais depuis le début. C’est dur pour l’orgueil, mais c’est ça. » Il n’a toutefois jamais pensé abandonner : « Je ne veux pas être un capitaine qui quitte son navire en détresse. J’aurais l’impression d’être un traître. »

Le plus difficile pour un directeur national de la santé publique, c’est d’opérer au carrefour de la science, de la sociologie et de la psychologie humaine, étant donné que le comportement de chacun influence la progression du virus. « On fait affaire avec une population traversée par différents mouvements, idéologies et préoccupations, explique-t-il. Il faut prendre en considération comment l’autre va réagir. On est face à des valeurs individuelles qui s’entrechoquent avec le bien collectif. Ça rend la réponse au virus complexe et dure à trouver. »

La pression vient de partout. De la population, des entreprises, de l’INSPQ, qui fait des recommandations scientifiques, et du gouvernement, qui doit appliquer les recommandations tout en permettant à la société de continuer à fonctionner. « J’ai l’impression de marcher constamment sur un fil de fer », lâche-t-il.

Par exemple, dans un monde idéal, il y aurait deux fois moins d’élèves par classe. Cela nécessiterait toutefois deux fois plus d’enseignants et de classes, une solution qui est impossible à envisager. Le déplacement du personnel médical d’un établissement à un autre accentue le risque de transmission, mais la pénurie de main-d’œuvre rend son interdiction difficile à appliquer. « Il y a la science et il y a la réalité, dit Horacio Arruda. Les théoriciens alimentent nos réflexions, mais ils ne sont pas dans la gestion de risques. Ils sont dans un monde idéal. Or, la vie a toujours été une question de choix et de risques. Je vis en acceptant des décisions qui ne seraient pas mon premier choix, mais qui sont acceptables. »

Il soutient que la gestion de la crise relève autant de la science que de l’art : « Chaque jour, je me couche en me disant que j’ai essayé de faire de mon mieux, et en sachant qu’on a peut-être commis une erreur. Mais dans une bataille contre un virus, l’absence de décision est aussi dangereuse que la décision elle-même. Je fais les recommandations les plus honnêtes possibles, mais je ne détiens pas la vérité. J’aimerais connaître l’avenir ! » Et nous donc…

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Wow super article. Je lance un extraordinaire mot d encouragement a M Arruda. Son humanité et son humilité son touchante et demontre une belle force. Je connais très peu de personne sur cette terre qui serait encore dans le navire😉. Merci d être la et de faire ce que vous faites.

Texte très utile. On doit espérer que tous les gérants d’estrades qui n’ont aucune connaissance en gestion de crise vont enfin comprendre que cet art en est un d’improvisation qui dépasse de loin la seule application de données scientifiques dures. Il n’y a pas de livre pour gérer les attitudes et comportements domestiques de populations entières.

En capitaine responsable, Dr Arruda ne quittera pas le bateau. Il lui faut garder la forme physique pour naviguer en eau trouble, il a une tâche colossale. Heureusement, il a la confiance de la majorité des québécois. Son témoignage est touchant.

Bravo Dr Haruda!!! Vous faites une bonne « job ». J’ai confiance en vous. Vous êtes la bonne personne pour faire ce travail qui n’est pas toujours facile. Lâchez pas, nous avons besoin de vous.

Je vous souhaite de Joyeuses Fêtes! Et prenez du temps pour vous reposer!

DR. Arruda. Je vous adresse personnellement ma grande reconnaissance dans votre savoir gérer un virus inconnu; tellement vorace; tellement hypocrite, Merci d être là pour nous, le Québec vous aime Dr, Arruda. Prenez du temps de repos pendant cette période des Fêtes avec votre famille. Un milliard de fois MERCI.

Doc. Horatio Arruda,
jene peux que vous dires a quel point vous êtes un être d’amour pour le peuple Quebecois car vous ne voulez que leur bien en leur imposent tout ce qui les éloigner de l’amour les uns les autres. Vous etes Un des plus grand MANIPULATEUR apres Hitler et je pense que votre égo doit en jouir..Vous avez déjà votre place au paradie je pense..
Je vous aimes et vous beni dans l’amour, la paix, la justice et la liberté sur terre. Je pense que c’est ce que vous souhaitez pour tous les Quebecois le jour de Noël qui est le jour de la naissance de Jésus donc le jour de l’AMOUR.

Chère Hélène comment pouvez-vous parler d’amour en comparant Mr. Arruda à Hitler?
L’ennemi n’est pas le docteur Arruda mais bien un virus dont l’existence n’est plus à prouver.
Chacun à droit a son opinion mais à mon sens l’insulte n’est pas l’expression d’une opinion et ne conduit généralement pas à un débat constructif.

Le problème vient du PM qu’il doit affronter et montrer son incompétence.
Legault était à son meilleur au PQ parce qu’il occupait un poste selon ses capacités. Comme PM, on découvre que le poste dépasse sa compétence.
Mais il faut aussi accuser nos journalistes et les commentateurs qui frappent sur nos politiciens et font un tort immense.