Hydrocarbures : des études réalistes ?

Québec prévoit mener un grand nombre d’études qui ont pour but d’examiner les répercussions environnementales, économiques et sociales de l’exploitation des hydrocarbures sur son territoire. Est-il seulement sur la bonne voie ? demande Valérie Borde.

Début avril, Québec a publié, sans tambour ni trompettes, les premiers rapports produits dans le cadre de l’Évaluation environnementale stratégique (ÉES) globale sur la filière des hydrocarbures et de l’ÉES propre à Anticosti.
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Lancées en 2014, ces deux grandes études ont pour but d’examiner les répercussions environnementales, économiques et sociales qu’auraient l’exploitation des hydrocarbures au Québec.

En juin 2014, le gouvernement a alloué un budget de quatre millions de dollars à leur réalisation.

Le document, intitulé Synthèse des connaissances et plan d’acquisition de connaissances additionnelles, montre qu’il reste un sacré bout de chemin à parcourir pour y voir plus clair, alors que les deux ÉES sont censées se terminer avant la fin de 2015.

Assez général, le texte reprend l’essentiel des conclusions d’autres études qui ont été menées auparavant. Il présente une longue liste de lacunes dans les connaissances et ne fait que mettre la table pour les recherches plus détaillées qui doivent suivre. En annexe, on trouve la liste des 64 études prévues, dont les résultats n’ont pas été encore publiés.

La plupart des études qui sont à venir doivent aller beaucoup plus loin que la «simple» revue de littérature, si on se fie à leur description. Elles devraient être complétées «pour le début de l’automne». Voici un tout petit aperçu de ce qu’on prévoit faire :

Évaluation du risque sismique ; cartographie des cours d’eau et des eaux de surface ; évaluation des effets sonores des travaux [ce qui semble difficile, étant donné qu’on ne sait pas encore quels travaux seront exactement nécessaires — tout en sachant qu’à Cacouna, les forages de TransCanada ont justement dû être arrêtés, car l’effet sonore était supérieur à celui qui était prévu par la compagnie et qui était autorisé…] ; modélisation de la dispersion atmosphérique des contaminants potentiels ; mise à jour des connaissances sur la toxicité associée aux méthodes d’intervention pour les déversements d’hydrocarbures ; caractérisation des frayères du saumon atlantique à Anticosti et mesures à mettre en place en cas de déversement ; établissement des outils de criminalistique environnementale applicable à l’industrie pétrolière et gazière ; comparaison des variables économiques, environnementales et sociales du Québec avec celles d’autres régions du monde pour évaluer la compétitivité du Québec dans le secteur des hydrocarbures ; analyse des facteurs d’influence de l’acceptabilité sociale des grands projets récents…

Plusieurs études visent aussi à analyser les règlements, normes et directives au Québec et à l’étranger qui touchent de près ou de loin à l’exploration, à l’exploitation et au transport des hydrocarbures.

Il existe bien peu de comparaisons possibles pour l’exploitation dans le contexte très particulier d’un golfe marin qui est sujet à de forts courants et qui est glacé une partie de l’année.

Toutes ces études doivent être réalisées par des fonctionnaires de différents ministères, des cabinets privés ou des chercheurs universitaires — avec ce qu’il reste des quatre millions de dollars alloués aux deux ÉES, et en quelques mois.

Il va sans doute falloir tourner beaucoup de coins ronds pour y arriver, ou alors se cantonner à des résultats très partiels.

Avec ces études, le gouvernement veut avant tout être mis sur la piste des «meilleures pratiques» à mettre en œuvre pour encadrer l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures, compte tenu du fait que Québec veut publier, cet automne, sa nouvelle politique énergétique.

Une de ces meilleures pratiques consisterait, justement, à ne pas agir dans la précipitation.

Compte tenu des nombreuses lacunes présentées dans l’état des connaissances, Québec devrait accorder plus de temps, et donc probablement plus de moyens, aux ÉES en cours.

Des conclusions erronées, ou incomplètes, risquent de nuire bien plus que quelques mois de délais ou quelques centaines de milliers de dollars de plus.

Ce n’est pas pour autant nécessaire de retarder la politique énergétique. Les travaux de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec 2013 (pdf), les tables rondes d’experts et la Loi sur le développement durable donnent au ministre Pierre Arcand amplement de matière pour qu’il propose une politique éclairée.

* * *

À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

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J’ai le goût d’une petite satire….

Moi, fier Babyboomer ayant travaillé « dur » toute ma vie, ait gagné le droit au confort et à l’indifférence… Moi, je veux pouvoir me distraire en regardant « le Banquier » ou « La Voix » les pieds sur un pouf dans mon condos de la région de Québec, loin des grands centres trop cosmopolites….

Et sans que des personnes « toxiques » pourrissent ma joie de vivre et ma béatitude…

Moi, je préfère gue les gouvernements coupent les études scientifiques trop chères qui encouragent des scientifiques marxistes à mettre en péril notre belle économie extractive de mes ressources.

La vie coûte assez chère… Moi, je veux pouvoir finir de payer mon gros 4X4 et continuer de le nourrir de pétrole abordable sans toutes ces taxes écologiques qui, personnellement, ne me seront d’aucune utilité…. Après moi, le déluge… Disait un Noé-conservateur et croyant…

La petite fille de Harper aura sûrement les moyens de se payer un I-Mask de Apple ou un SuperFilter de Nike et ainsi afficher un prestigieux souci pour sa santé…

Comme quoi, les têtes riches et bien faites pourront toujours s’adapter et vivre heureux et en LIBAAARTÉ individuelle….

🙂

Je crois plutôt que Nike appellerait son gadgets « Air Filter » pour suivre la marque « Air Jordan »

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