Hydroliennes : Pauline Marois croit-elle aux miracles?

Québec a accordé cette semaine son soutien à la compagnie RER Hydro pour poursuivre son projet d’hydroliennes pouvant capter l’énergie du courant du Saint-Laurent pour produire de l’électricité, en collaboration avec Boeing.

Québec a accordé cette semaine son soutien à la compagnie RER Hydro pour poursuivre son projet d’hydroliennes pouvant capter l’énergie du courant du Saint-Laurent pour produire de l’électricité, en collaboration avec Boeing.

La première ministre Pauline Marois et ses deux ministres Martine Ouellette et Yves-François Blanchet s’étaient déplacés à Bécancour pour annoncer que :

La participation du gouvernement dans la réalisation de ce projet pourrait permettre, à terme, d’implanter à Bécancour une usine de fabrication d’hydroliennes de taille commerciale pouvant produire environ 500 unités par an et permettant la création de quelque 600 emplois directs et indirects.

Aussi improbable que ça, à part Stephen Harper devenant militant de Greenpeace, je ne vois pas !

Dans un premier temps, RER Hydro compte installer six hydroliennes dans les eaux du Saint-Laurent, près du pont de la Concorde — près de celle qu’elle exploite déjà depuis 2010.

Québec attribuera 25 millions de dollars sous forme d’équité et de prêts avec intérêt pour ce projet estimé à 51,5 millions de dollars. RER Hydro prévoir créer 15 emplois dans une nouvelle usine à Bécancour pour cette phase d’essais, et 10 autres à Montréal.

Hydro-Québec s’est engagée à acheter l’électricité produite.

Une troisième phase estimée à 81 millions de dollars, dont 60 au maximum seront fournis par Québec, pourrait débuter en 2016. Selon les promoteurs, elle créera 40 emplois directs et 80 indirects.

Puis, «à terme», l’usine pourrait produire 500 hydroliennes par an et permettre de créer 600 emplois.

Les médias ont pour la plupart relayé cette bonne nouvelle sans le moindre esprit critique et sans dire un mot des nombreux autres projets d’hydroliennes à travers le monde.

Il y en a pourtant déjà beaucoup, surtout au large des côtes, là où la puissance des courants et l’espace disponible permettent d’envisager des installations de haute puissance.

C’est là qu’est actuellement le marché pour cette technologie émergente, pas dans les fleuves où bien plus d’obstacles sont susceptibles de freiner les projets, comme la présence d’écosystèmes sensibles, la circulation de débris en tout genre et la navigation.

Plusieurs compagnies ont des projets déjà très avancés avec des hydroliennes marines.

Au large de l’Irlande, Siemens exploite déjà une hydrolienne de 1,2 MW et vient d’obtenir l’autorisation pour construire un parc de 10 MW en bordure de la côte du Pays-de-Galles.

Alstom a annoncé en octobre avoir déjà fourni 100 MWh d’électricité au réseau avec son hydrolienne près des Orcades, au nord de l’Écosse.

En France, selon le magazine Sciences et Avenir, 2013 est l’année de l’hydrolienne, avec pas moins de trois projets de tests de grande envergure en démarrage au large des côtes bretonnes, menés par EDF, GDF Suez et Alstom.

Aux États-Unis, un projet de la compagnie Verdant Power est aussi en cours à l’embouchure de l’East River, à New York.

Au Canada, la Baie de Fundy est devenue l’un des plus importants sites d’essais au monde pour les hydroliennes marines.

Plusieurs compagnies, comme Alstom, Atlantis Resources, Lockeed Martin, Minas Basin Pulp and Power, Clean Current et des universités travaillent au Fundy Ocean Research Center for Energy (FORCE), financé par la Nouvelle-Écosse et par le programme écoinitiatives d’Ottawa.

Boeing, avec laquelle collabore RERHydro, arrive à la technologie hydrolienne avec clairement du retard sur les autres fabricants de turbines.

Pour l’instant, les hydroliennes de rivière sont loin d’être aussi avancées que celles destinées au milieu marin, et il est beaucoup beaucoup trop tôt pour envisager une production commerciale à grande échelle.

Après avoir mené des essais sur le Saint-Laurent (à Cornwall, en 2007), Verdant Power a décidé plutôt de se concentrer sur son projet à l’embouchure de l’East River.

En 2010, les États-Unis s’étaient enthousiasmés pour le projet de la compagnie Free Flow Power de Boston, qui prévoyait installer 55 hydroliennes dans le Mississippi après avoir mené des tests avec une première hydrolienne à Bâton-Rouge.

En 2012, tout est tombé à l’eau. Le projet, jugé pas assez rentable, a été abandonné, alors qu’on évoquait en outre des problèmes de cohabitation avec la navigation fluviale.

RERHydro fera-t-elle mieux ? Et est-ce bien raisonnable de la part d’Hydro-Québec de s’être engagée à acheter son électricité ?

Je suis à moitié rassurée quand j’apprends en outre que la compagnie Marmen, le fabricant d’éoliennes (et d’équipement pour l’industrie pétrolière, ce qu’on dit moins souvent…) a poursuivi RERHydro en 2012 pour un différend de 700 000 dollars, qui serait toutefois en cours de réglement.

Et Steven Guilbeault, d’Équiterre, qui applaudit à l’investissement de Québec dans le projet, ne devrait-il pas lui aussi faire preuve d’un peu plus de retenue ?

J’avoue préférer de loin l’approche de Clean Current, une compagnie de Vancouver qui s’intéresse aussi aux hydroliennes de rivières, surtout dans le but d’alimenter les régions éloignées en électricité.

Clean Current (voir ce reportage du Globe and Mail à son sujet) semble certes moins avancée que RERHydro. Elle vient seulement d’installer sa première hydrolienne sur la rivière Winnipeg.

Mais elle l’a fait en collaboration avec une équipe de chercheurs de l’Université du Manitoba associés à Manitoba Hydro, qui ont bâti, avec une subvention de 2,5 millions de dollars d’Ottawa, un vrai centre d’expérimentation sur l’énergie hydrocinétique.

Et elle est aussi très présente dans la Baie de Fundy pour tester ses hydroliennes en milieu marin.

Pour le professeur Pierre-Olivier Pineault, de HEC Montréal, l’investissement de Québec dans les projets de RERHydro est de la mise en scène politique.

Encourager l’innovation pour de l’énergie verte est assurément une bonne idée. Mais pas à n’importe quel prix.

J’aurais applaudi à une subvention de recherche raisonnable accordée à ce projet à risque, qui idéalement devrait être mené en collaboration avec des chercheurs du Québec, pour que l’expérience puisse au moins servir à la formation d’étudiants gradués.

Pas des millions de dollars, fussent-ils sous forme de prêts, au nom d’emplois qui restent une vue de l’esprit.

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Bonjour. Il y a bien cette centrale conventionnelle sur la rivière des Prairies à la hauteur du boulevard Saint-Michel qui produit depuis près d’un siècle et n’a jamais été fermé, bien au contraire des améliorations y ont été apporté à la fin des années 80. Je ne mets pas en doute la technologie mais bien les besoins actuels et à moyen terme des parcs d’éoliennes et maintenant de ces turbines submergées. Peut être serais-ce une solution pour les résidents de Kuujjuarapik où la rivière Grande Baleine serait un endroit idéal pour pouvoir à leurs besoins au lieu de transporter et brûler du pétrole pour produire de l’électricité. Plusieurs communautés Cris pourraient aussi en bénéficier le long des rivières, Nottaway, Rupert et Broadback le long de la Baie de James. Mais dans le Saint Laurent, quelle dérision ?

Pour ceux et celles qui voudraient voir une technologie hydrolienne en action, crée au Québec, allez voir http://www.idenergie.ca Les hydroliennes domestiques sont à leurs dernière étapes de conception et seront disponibles en 2014.

M. très interressant votre lien mais j’ai fait quelques recherche pour savoir la puissance de cette invention. Ca vaut vraiment pas cher, de 0-500 watts, donc au maximum de sa puissance, elle peux fournir une plinthe de 24 pouces en chauffage, seulement une comme les plinthe de salles de bain ou bien fournir 5 ampoules de 100 watts, c’est tout. Maintenant quelle est le prix de vente?

D’abord les totalement inutiles et très onéreuses éoliennes, ensuite ça!!!

Quand allons-nous enfin débarrasser le pauvre Québec de ce troupeau d’amateurs?

Le PQ au pouvoir a toujours montré un amour immodéré pour les projets « structurants », comme l’essence à partir du méthanol (R.I.P), l’amiante (R.I.P.), une pétrochimie sans matières premières (R.I.P.), l’hydrogène comme carburant d’aéronef (R.I.P.), et maintenant l’hydrolienne ou le monorail combiné au moteur roue (tel un phoenix…). Les libéraux font aussi de leur mieux en la matière, mais montrent une certaine « petite gêne ». Dommage qu’on ne s’intéresse pas plus au concept très éprouvé de laisser la bride sur le coup des entrepreneurs, en se contentant de créer autour d’eux un environnement fiscal et réglementaire favorable.

Puisqu’une hydrolienne est en fonction depuis 2010 dans le St-Laurent, on aurait apprécié connaître les résultats de cette expérience. On parle maintenant d’un projet de 6 hydroliennes: de quelle puissance?

Il faut revenir sur la promotion que Québec veut faire des autos électriques au coût de 500 millions dont au plus 100 millions pour 12 500 subventions de 8000$, si la demande est au rendez-vous. Comment seront dépensés les 400 autres millions?

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