Hyperthermie critique : une urgence vraiment STAT !

Une séance de sudation qui tourne mal et c’est tout un groupe de personnes qui arrivent à l’hôpital très mal en point. Le Dr Alain Vadeboncœur explique pourquoi cette surchauffe corporelle vue dans STAT est si dangereuse.

Photo : Daphné Caron pour L’actualité

​​Notre collaborateur le Dr Alain Vadeboncœur, urgentologue et professeur titulaire à l’Université de Montréal, est conseiller médical pour l’équipe de STAT. Il s’inspire ici des intrigues de la série télévisée pour donner des renseignements plus approfondis sur certaines des maladies diagnostiquées à l’écran. 

Ce jeudi dans l’émission STAT, l’arrivée de plusieurs patients en hyperthermie critique a conclu l’épisode de manière assez intense, puisqu’il s’agit en effet d’une urgence. Mélodie, qui souffre d’une tumeur au cerveau, a même été prise de convulsions et une autre patiente, plus âgée, est sans connaissance, tandis que le reste du groupe est également mal en point.

L’hyperthermie critique se produit quand le corps ne parvient pas à réguler sa propre température interne, qui atteint alors des niveaux dangereusement élevés, généralement supérieurs à 41 °C. Rien à voir avec la fièvre : d’origine environnementale, elle constitue une urgence médicale grave, pouvant aboutir à une spirale mortelle.

Les personnes âgées, qui régulent moins bien leur température, risquent davantage de souffrir de ce type d’hyperthermie, par exemple durant les canicules. Il en va de même pour les enfants ainsi que pour les gens qui doivent demeurer actifs pendant les périodes de grande chaleur, comme les travailleurs de la construction. Dans STAT, cette situation découle plutôt d’une douteuse séance de « sudation thérapeutique » qui a vraiment mal tourné.

Nos mécanismes de refroidissement

Habituellement, le corps est pourtant bien équipé pour se défendre, de sorte que la température corporelle est gardée stable entre 36,5 °C et 37 °C, peu importe les circonstances, ce qui fait de nous des animaux à « sang chaud ». La raison est simple : tout écart compromet le fonctionnement des processus cellulaires et des organes qui assurent notre survie.

Notre température corporelle est donc régulée par un système très élaboré, qui use de divers mécanismes pour maintenir la température à ce niveau optimal pour le fonctionnement de l’organisme.

Lorsque la température ambiante est plus élevée, le corps s’applique à « perdre de la chaleur » en transférant de l’énergie calorique vers l’environnement. Par exemple par la sudation, la convection et l’évaporation, que je vais expliquer plus loin.

Le cerveau profond joue un rôle essentiel dans la régulation de la température corporelle en utilisant à la fois des informations sur la température ambiante et sur la température corporelle afin d’ajuster les mécanismes de thermorégulation. Mais pour qu’il puisse y arriver de manière efficace, les conditions doivent s’y prêter.

Dans l’histoire racontée, d’évidents facteurs environnementaux ont mené à l’hyperthermie, contrecarrant chacun des mécanismes normalement activés pour refroidir le corps.

Une réponse adaptative complexe

Un des facteurs clés de la régulation de la température interne est l’évaporation de l’eau, à la fois dans l’air expiré et à la surface de la peau, sous forme de sueur. Comme transformer l’eau de liquide en vapeur consomme de l’énergie, c’est autant d’énergie calorique qui est ainsi diffusée. Sauf que si l’évaporation est compromise, le mécanisme ne peut plus s’activer.

Durant cette « sudation thérapeutique », la tête des personnages était placée dans une boîte, déjà saturée d’humidité, ce qui empêchait les poumons de favoriser l’évaporation. L’eau ne pouvait s’évaporer correctement de la peau non plus en raison des couvertures plastifiées (imperméables).

C’est aussi pourquoi un humidex élevé rend la chaleur plus difficilement supportable. Enfin, en cas de déshydratation, comme dans l’émission, il est plus ardu de produire suffisamment de sueur.

Un autre mécanisme important, la convection, implique un passage régulier d’air « frais » sur la peau, permettant d’assurer un transfert d’énergie continu. C’est pour cela qu’un ventilateur ou le vent nous aident un peu lors des périodes de chaleur. Mais comme les personnages étaient enroulés dans une couverture pendant leur séance de sudation, aucune convection n’était possible.

Le corps perd également sa chaleur par rayonnement, tout corps chaud émettant un rayonnement thermique, surtout situé dans l’infrarouge. C’est sur ce principe que fonctionnent les caméras infrarouges pour voir les corps vivants dans le noir.

Or, comme le corps reçoit aussi du rayonnement par la lumière et des objets environnants, il doit en émettre plus qu’il n’en reçoit pour utiliser efficacement ce mécanisme.

Dans l’épisode, l’usage de radiateurs et le maintien d’une température élevée dans la pièce empêchaient le corps des personnages de perdre de la chaleur, ce rayonnement étant compromis par le port des vêtements et l’ajout de couvertures, les isolant de l’environnement. 

Schéma d’une coupe de la peau humaine, organe de régulation de la température corporelle. Lorsque la température doit être abaissée, les artérioles se dilatent, amenant plus de sang dans les capillaires à la surface de la peau (épiderme), ce qui mène à une plus grande perte de chaleur par rayonnement. Les glandes sudoripares sécrètent la sueur, qui s’évapore à la surface de la peau. La convection correspond au passage régulier d’air sur l’épiderme. La conduction, qui consiste en un transfert de la chaleur du corps, n’est pas illustrée : elle pourrait prendre la forme d’un cube de glace qu’on déposerait sur cette peau. Schéma de l’auteur.

La partie du cerveau profond spécialisée dans la régulation thermique s’appelle l’hypothalamus. Comme celui-ci gère plusieurs aspects du fonctionnement du corps, il applique ses méthodes habituelles pour augmenter le rythme respiratoire, dilater les vaisseaux sanguins de la peau, déclencher la sudation, accélérer le débit cardiaque et la respiration. Sauf que dans l’épisode, il était dépassé par la situation.

Le cerveau est aussi là pour modifier le comportement en cas d’hyperthermie : s’exposer au froid, retirer ses vêtements, boire de l’eau et aller à l’ombre sont ainsi des mécanismes adaptatifs efficaces. Ici, le conditionnement du gourou a toutefois convaincu les participants de ne pas écouter leur cerveau, ce qui constitue un autre problème.

Schéma d’une coupe du cerveau humain. L’hypothalamus (en bleu) est le centre de régulation de la température. Recevant ses informations concernant la température, il peut diriger ses messages d’adaptation autant par voie nerveuse, en passant par le tronc cérébral et la moelle épinière, que par voie hormonale, par l’intermédiaire de l’hypophyse, la glande maîtresse du corps humain. Il peut également envoyer un message au cortex (le cerveau supérieur) pour induire un comportement adaptatif. Schéma de l’auteur.

Une urgence médicale

Lorsque la température monte graduellement pour atteindre des niveaux critiques, ce type d’hyperthermie est appelé « coup de chaleur ». Il s’agit d’une urgence médicale pouvant causer des lésions cérébrales, des troubles métaboliques sérieux, des saignements, des caillots ainsi que des dommages à plusieurs organes internes, comme le foie et les reins, et même mener à la mort, dans les situations extrêmes ou en l’absence de traitement.

Les symptômes de cette hyperthermie dangereuse pour la vie comprennent des nausées et des vomissements, des étourdissements, de la confusion, voire une perte de conscience. 

L’objectif du traitement est alors de rétablir les mécanismes normaux de régulation de la température en aidant le corps à y parvenir, et souvent d’agir pour abaisser la température en situation critique. L’usage d’acétaminophène n’y change rien, il est même déconseillé.

La première étape est plutôt de sortir les personnes de cet environnement chaud — ce qui a été fait dans l’émission à la suite d’une intervention externe —, puis de les dévêtir pour que leur corps puisse de nouveau irradier sa chaleur et rétablir une sudation efficace.

Pour favoriser la sudation, on doit installer à l’urgence des solutés afin de bien hydrater les patients, le corps devant disposer d’une réserve adéquate de liquide pour suer. Ces solutés peuvent aussi être refroidis, jusqu’à 4 °C, de manière à contribuer à abaisser la température du corps, qui transfère alors à ce liquide une partie de sa chaleur.

Sortir la chaleur du corps

Une méthode simple et largement utilisée consiste à faciliter l’évaporation en installant des ventilateurs, qui assurent une circulation continue de l’air sur la peau dénudée. On améliore le mécanisme naturel en vaporisant régulièrement de l’eau sur toute la surface, qui en s’évaporant entraîne avec elle une partie de la chaleur du corps.

Un autre mécanisme optimisé est la conduction, par laquelle tout objet transfère de l’énergie à un autre par contact direct. En appliquant des sacs de glace là où passent de gros vaisseaux sanguins (dans le cou, les aisselles et les aines), on permet un tel transfert direct d’énergie du corps vers la glace, qui fond.

Dans les cas extrêmes, à l’extérieur ou dans les milieux cliniques équipés, on peut carrément plonger un patient hyperthermique dans un bain d’eau très froide en assurant sa surveillance. Ces bains aident à abaisser la température corporelle en favorisant la perte de chaleur par conduction.

Enfin, si le patient se met alors à frissonner, ce qui produit de la chaleur, des relaxants musculaires peuvent être injectés.

Traiter la personne entière

Mais avant même de s’occuper de la température, l’équipe de l’urgence doit stabiliser les fonctions vitales, c’est-à-dire vérifier si la personne respire bien, a un pouls normal et présente une bonne pression artérielle. Si les fonctions vitales ne sont pas stables, une intervention doit immédiatement être effectuée pour corriger le problème.

Par exemple, si la personne est sans connaissance parce que le cerveau est atteint, ce qui est le cas d’une femme plus âgée dans l’épisode, l’intuber et la brancher sur un respirateur permettra d’assurer son oxygénation en attendant que son cerveau reprenne ses fonctions d’éveil.

En cours d’hospitalisation, il faudra aussi soigner, habituellement aux soins intensifs, les multiples déséquilibres pouvant compromettre à peu près tous les systèmes et organes du corps humain dans les cas les plus sérieux.

Comme on le voit, les cas graves d’hyperthermie représentent une menace vitale. Dans la vie de tous les jours, c’est surtout aux personnes âgées qu’on doit penser, en particulier durant les canicules, afin d’intervenir si elles commencent à montrer des symptômes.

Voilà, on espère que les personnages vont s’en tirer sans trop de séquelles… ce qu’on ne saura que la semaine prochaine — « on » excluant la personne qui parle, parce que je le sais déjà, bien entendu. N’insistez pas, vous devrez patienter quelques jours, comme tout le monde, pour connaître la suite. Ainsi va la vie.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.

Allez docteur, dites le nous, allez !
Blague à part, c’est un sujet sérieux. J’aimerais savoir docteur ce que vous pensez de ces bains hivernaux dans des eaux à environ 4-6°C que certains pays ont comme tradition (Suède, Finlande, etc) et qu’on importe parfois ici parce que c’est ¨cool¨ ? Les saunas ne sont pas tout-à-fait comme dans l’émission, car votre corps n’est pas pris dans un carcan de plastique, mais, est-ce aussi bon qu’on le prétend ?
Bonne journée.

Répondre