Il faut stopper la féminisation de la médecine

Pour la Dre Monique Boivin, pionnière du féminisme en médecine, il est urgent de limiter les places des femmes dans les facultés de médecine.


photo : L’actualité médicale

Pionnière du féminisme en médecine, la Dre Monique Boivin, aujourd’hui à la retraite, plaide pour freiner la féminisation de la profession médicale, en limitant les étudiantes à 50 % des places.

« On laisse les filles se concurrencer entre elles, suggère-t-elle. Même chose pour les garçons, qui n’entrent en compétition qu’avec les garçons. On arrête donc la compétition entre sexes et on établit la parité, l’équilibre des sexes. »

Selon la Dre Boivin, qui a fondé en 1984 le Comité des femmes médecins du Collège des médecins du Québec (comité aboli en 1995 pour cause de mission accomplie), il faut réagir avant que la génération montante de garçons n’accolent à la médecine l’étiquette « féminin, on ne va pas là », comme c’est déjà massivement le cas avec la profession infirmière.

Le recours aux notes pour trier les candidatures constituait selon elle au départ une façon neutre, objective, non discriminatoire de choisir parmi les candidats en médecine. Puisque la preuve est faite aujourd’hui que ce système favorise essentiellement une seule catégorie de postulants, soit les filles, n’est-il pas devenu, au fil des ans et sans qu’on l’ait voulu, discriminatoire ? Et ne nous prive-t-il pas de l’apport des hommes à la profession ?

Le taux de féminisation par faculté ayant atteint une moyenne de 65,6 % (avec une pointe de 69,5 % à l’Université de Montréal), le moment n’est-il pas venu de repenser le système ?

Son entrevue, publiée dans L’actualité médicale , a déclenché une onde de choc dans le milieu universitaire.

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La médecine serait-elle moins bien servie avec les femmes ?

— Ce n’est pas ce que je dis. Simplement, tout médecin a deux maîtres : le patient et la médecine. Avec les femmes médecins, les patients sont bien servis, la médecine étant d’abord un métier de service. Mais qu’en est-il de l’avancement de la science et de la défense même de la profession, alors que les femmes, qui se débattent contre les difficultés de leur vie familiale, donnent moins de temps à la chose sociale ?

Axer la médecine sur le seul service aux patients ne suffit pas, car le reste ne se fera pas tout seul. La médecine n’est pas qu’un service, elle implique aussi de se battre sur la place publique, de promouvoir la recherche, de faire vivre les départements, de structurer des plans de traitement, de garder notre place à l’international, etc. Les hommes, à ce chapitre, me semblent dans l’ensemble plus compétitifs.

Comment assurer concrètement la parité dans la sélection des futurs médecins ?

— C’est assez simple. Mettons qu’il y ait 100 postes, la moitié pour les filles, la moitié pour les gars. Pour combler les 50 postes de filles, on laisse les filles se concurrencer mutuellement. Même chose pour les gars, ils n’entrent en compétition qu’avec les autres gars. Autrement dit, on arrête de faire compétitionner gars et filles ensemble. Aux universités d’agir, elles en ont et le pouvoir et la responsabilité.

Introduire la parité réglerait-il les choses ?

— Il ne s’agit pas tant de régler un problème que d’enrayer une dérive qui n’a pas de sens. Quel est l’avantage de n’avoir que des femmes en médecine ? Où vont aller les garçons ? La parité aurait au moins le mérite de rétablir la vérité d’une réalité incontournable : l’apprentissage des hommes et des femmes est différent. Il existe entre eux, dans leur évolution à l’adolescence, là où ça compte pour les choix de carrières, un décalage de quelques années en faveur des filles. C’est ainsi. Il ne s’agit pas de faire des gars des filles et des filles des gars. Tenons compte de cette réalité biologique, psychologique et sociale, et rétablissons l’équilibre.

Depuis quelques années, on magnifie les forces des filles, mais on oublie que les hommes sont là aussi. Or, les hommes, on le sait, ont fait d’excellents médecins.

Il faut donc, selon vous, freiner la féminisation…

— Oui, au nom de l’équilibre et de la justice sociale aussi. Nous desservons une population composée à parts égales d’hommes et de femmes, il faut donc des hommes et des femmes pour la soigner.

Ne va-t-on pas crier à l’injustice si l’on impose le 50/50 en médecine ?

— Viser la parité serait-il en soi une injustice ? Le féminisme n’a jamais voulu mettre les hommes dehors ; il s’agissait de permettre aux femmes d’avoir, comme eux, accès à tout. En médecine, c’est chose acquise. Nous devons désormais tendre vers l’égalité des chances, pas cultiver la suprématie d’un sexe sur l’autre. Le Québec a le don du retour de balancier, mais là, il est temps de revenir, selon moi, à la complémentarité des forces. Jumeler les potentialités des deux sexes, sans exclure l’un des deux.

Les femmes médecins ne vont-elles pas travailler plus une fois leur famille élevée ?

— C’est ce qu’on dit, mais cela va-t-il se vérifier ? Il est trop tôt pour le savoir. À la longue, les médecins, femmes ou hommes, risquent aussi de se lasser de la dégradation des conditions de travail, qui va de pair avec une pression illimitée de la demande.

Je crains par ailleurs un piège subtil. Je ne parle pas d’un complot, bien sûr, mais je pressens que, quand il y aura assez de femmes, on baissera les prix pour en arriver à une médecine bon marché. Pour une raison fort simple : les femmes revendiquent moins.

Qu’est-ce qui vous amène à penser ainsi ?

— Le précédent des infirmières. Voyez comment cette profession si indispensable, qui rend un service direct à la population, cette profession si majoritairement féminine est dévalorisée ! Elle peine à remonter la pente sur le plan social. Je crois que les hommes se défendraient mieux. Je me trompe peut-être, remarquez bien…

Les changements de valeurs sociales ne vont-ils pas justement annihiler votre espoir ?

— Peut-être que oui, en fait, car les filles investissent en masse la médecine avec la mentalité de la nouvelle génération, soit la culture du moi, du « je m’occupe d’abord de ma vie privée ». Les jeunes hommes, comme les jeunes femmes, pensent désormais ainsi, mais comme les femmes sont plus nombreuses, ces changements culturels passent sur leur dos. Les jeunes ne s’oublient plus facilement pour une cause, leurs exigences personnelles primant souvent sur toute autre considération.

Je ne dis pas que la parité va tout régler, mais elle m’apparaît incontournable dans une société qui reconnaît l’égalité des chances comme valeur sociale.

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