Investissement en science: Québec s’enfonce, Ottawa s’envole

Rien ne permet de croire que le Québec mise sur la science et l’innovation pour assurer son avenir. L’ambiance est tout autre à Ottawa. 

Période très attendue pour les scientifiques au Québec et dans le reste du Canada avec le dévoilement des budgets provincial et fédéral. Ils espéraient que le gouvernement Couillard leur enverrait le signal que la politique de la recherche et de l’innovation n’est pas définitivement enterrée, et que le gouvernement Trudeau serait à la hauteur des attentes après 10 ans de noirceur conservatrice. Résultats?

À Québec, la recherche n’a pas récolté grand-chose. L’Association francophone pour le savoir (ACFAS) a dénoncé une croissance famélique des budgets des Fonds de recherche du Québec, qui financent la recherche dans tous les domaines, bien en deçà des besoins et des attentes.

Le budget Leitão comporte certes quelques mesures positives comme un soutien additionnel de 16 millions de dollars aux Centres collégiaux de transfert de technologie pour favoriser l’innovation dans les entreprises. Mais l’absence d’une vision globale des enjeux est assez flagrante, et les Québécois ont très peu de chances de tirer un grand profit des mesures annoncées.

Alors qu’il est de plus en plus clair que les gains de santé les plus importants pour la population se feront par des innovations en matière de prévention des maladies chroniques, le gros des dépenses de Québec va une fois de plus à la recherche pharmaceutique clinique et à la génomique, deux spécialités où les investissements profitent d’abord aux entreprises et au milieu de la recherche plutôt qu’à la santé de la population.

Le budget prévoit aussi augmenter légèrement le budget de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux dans le but d’accélérer l’examen des médicaments, qui pourra désormais commencer avant même que ces nouveaux médicaments aient été approuvés par Santé Canada. Va-t-on ainsi gagner du temps, ou au contraire perdre de l’argent à évaluer des médicaments qui ne seront pas approuvés au fédéral? La question reste entière, alors que l’élimination du Commissariat à la santé et au bien-être rendra plus opaques les choix stratégiques du gouvernement.

En matière d’environnement, le Québec a un urgent besoin de pouvoir recourir à des technologies plus propres dans tous les domaines. Comment atteindre, sinon, les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre, particulièrement ambitieuses au Québec?

Ce ne sera sans doute guère grâce aux investissements publics dans la recherche dans ce secteur. Québec accorde certes cinq millions de dollars au développement de la technologie de capture du carbone de l’entreprise CO2 Solutions, qui en est à un stade crucial de sa mise au point, mais ses investissements dans les autres technologies sont très limités. Le budget prévoit seulement 600 000 dollars par an (trois millions sur cinq ans) pour la création d’une «chaire de recherche visant le développement de technologies vertes» dont le sujet précis reste à définir. Cette initiative sera financée par le Fonds vert. Celui-ci ayant reçu pour l’instant près de 1,2 milliard de dollars du marché du carbone, on aurait pu espérer une contribution nettement plus imposante à la recherche.

Le soutien à l’innovation pour l’électrification des transports se concentre sur le partenariat dans le développement de composants annoncé en janvier entre Industech, filiale d’Hydro-Québec, et les sociétés françaises PSA Peugeot Citroën et Exagon, auquel Québec a accordé 16 millions de dollars. Espérons qu’il débouchera sur quelque chose de plus sérieux que la Furtive e-GT, le prototype de voiture électrique de plus de 600 000 dollars présenté par Exagon au Salon de l’auto de Paris en 2010, qui a été abandonné après avoir mené l’entreprise au bord de la faillite en 2014.

Globalement, rien dans ce budget ne permet de croire que le Québec mise vraiment sur la science et l’innovation pour assurer son avenir. Le rapport entre la dépense intérieure en R-D et le produit intérieur brut est l’indicateur le plus révélateur pour évaluer les efforts dans ce domaine. De 2004 à 2013, selon les chiffres compilés par l’Institut de la statistique du Québec, il est passé de 2,66 à 2,32 au Québec, mieux qu’au Canada (de 2 à 1,69) mais nettement moins bien que dans les pays de l’OCDE (de 2,13 à 2,37) et que dans les pays du G7 (de 2,36 à 2,62). En clair, le Québec s’enfonce.

Tout autre ambiance à Ottawa, où le gouvernement Trudeau fait volte-face en matière de science par rapport à son prédécesseur.

Les trois fonds subventionnaires en santé (IRSC), sciences naturelles et génie (CRSNG) et sciences humaines et sociales (CRSH) verront leur budget annuel accru de 95 millions de dollars à compter de cette année, et 19 millions iront au soutien des frais indirects de la recherche que les universités et collèges financés doivent assumer quand ils reçoivent de l’argent fédéral.

Le gouvernement accorde aussi des subventions importantes à plusieurs organismes clés, dont Mitacs (14 millions pour soutenir des stages internationaux et en entreprise pour les étudiants universitaires), Genome Canada (237 millions), le Centre for Drug Research and Development à Vancouver (32 millions) l’Institut Perimeter en Ontario (50 millions pour la physique théorique), l’INO à Québec (50 millions en optique/photonique), la Fondation Neuro (20 millions pour la recherche sur le cerveau), le réseau de recherche sur les cellules souches (12 millions) et l’Agence spatiale canadienne (379 millions pour se rapprocher de la NASA et de l’Agence spatiale européenne).

Plus important encore, le gouvernement Trudeau réinvestit massivement dans la science réalisée par l’État, qui avait été mise à mal par les conservateurs. Le gros des investissements ira à des secteurs dans lesquels la recherche publique est cruciale pour un pays comme le Canada, qui doit tirer le meilleur d’un immense territoire. Ainsi, 87 millions iront aux laboratoires et à des projets de recherche de Ressources naturelles Canada, et 71 millions à la recherche à Agriculture et Agroalimentaire Canada, dont 30 millions pour un vaste programme de génomique agricole.

Une part importante des budgets débloqués pour «investir dans la croissance propre» va aussi à la recherche et à l’innovation.

Ressources naturelles Canada et Technologie de développement durable du Canada reçoivent 130 millions sur cinq ans pour financer la recherche, le développement et la démonstration de nouvelles technologies propres.

Ottawa prévoit aussi financer deux nouvelles chaires d’excellence en recherche de 10 millions chacune sur sept ans, dans des universités du pays, qui seront consacrées à des technologies propres.

La recherche publique sur la qualité de l’air et ses effets sur la santé récolte 345 millions à partager entre les ministères de la Santé et de l’Environnement et le Conseil national de recherches du Canada.

Ottawa réinvestit dans le laboratoire de la Région des lacs expérimentaux, une infrastructure de recherche sur l’eau douce unique au monde et mise en péril par les compressions du gouvernement Harper.

Le ministère canadien des Affaires autochtones et du Nord récolte 19 millions pour soutenir la collaboration entre chercheurs et communautés inuites dans le Nord sur les changements dans l’environnement.

La culture scientifique et l’éducation à l’environnement ne sont pas oubliées: 156 millions iront à la mise à niveau du Musée des sciences et technologies à Ottawa, qui en a grand besoin, et à la sauvegarde de ses collections. Enfin, l’entrée à toutes les installations de Parcs Canada sera gratuite pour tous en 2017, et le demeurera pour tous les mineurs par la suite.

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