« J’ai tenu parole »

Est-ce que la bonne décision avait été prise? Est-ce qu’on aurait pu simplement le laisser aller? Était-ce le geste de trop? Il est plus facile de répondre aujourd’hui à ces questions que dans le feu de l’action. Une histoire du Dr Alain Vadeboncoeur.

Photo : Daphné Caron

«Vous êtes le fils de monsieur Grenier ?
– C’est bien moi.
– Je suis le docteur Vadeboncoeur.
– Ah, bonsoir docteur.
– J’avais promis à votre père que je l’appellerais pour lui souhaiter bonne fête.
– Oui, je me souviens.
– C’est bien sa fête ? Est-ce que je peux lui dire un mot ?
– Ça sera pas possible.»

En parlant avec son fils, j’ai revu le visage inquiet de ce vieil homme amaigri, mais vif d’esprit, rencontré à l’urgence trois semaines plus tôt. Mon patient devait être encore trop faible pour se rendre au téléphone.

***

Il avait appelé l’ambulance parce qu’il souffrait d’une forte douleur à la poitrine. Les paramédics nous avaient avertis par téléphone :

«Gros infarctus aigu, doc.
– Vous êtes là dans combien de temps ?
– 5-6 minutes, pas plus.
– Comment il est ?
– Moyen.»

Je m’étais dirigé avec les autres vers la salle de choc. J’avais assez de temps pour jeter un coup d’oeil à son dossier informatisé. Pendant que j’ouvrais l’ordinateur, les infirmières préparaient les médicaments habituels et la préposée, le moniteur de transport.

Ce serait une affaire vite réglée, pas plus de quelques minutes, le temps de confirmer l’infarctus, contacter le cardiologue-hémodynamicien et toute son équipe, évaluer le patient, le stabiliser au besoin, lui administrer quelques comprimés et une injection d’héparine puis le diriger vers le laboratoire d’hémodynamie pour traiter d’urgence l’infarctus. La routine, quoi. C’est là que j’avais remarqué son âge. Dominique, infirmière-leader en salle de réanimation, avait vu ma réaction de loin.

«Qu’est-ce qu’il y a ? Tu l’as manqué la dernière fois qu’il est venu ?
– Non, mais regarde son âge.
– Ouf…»

J’avais continué de parcourir très rapidement le dossier. Sûrement une démence. Mais non, parfaite lucidité. Des poumons malades, des valves cardiaques finies, des reins pas très forts. Surprenant qu’il fût encore en vie avec tous ces problèmes. Ça ne regardait pas bien.

J’avais cherché au dossier la feuille des niveaux de soins, qu’on remplit durant l’hospitalisation pour statuer sur l’intensité des soins à donner, mais je n’en avais pas trouvé. Malgré tous ses problèmes de santé, ça faisait longtemps que nous l’avions pas hospitalisé.

C’était sans doute un petit infarctus, avais-je pensé, du genre qui ne cause pas trop de problèmes, parce que son coeur ne pourrait survivre à un gros infarctus. Nous discuterions peut-être avec la famille pour offrir des soins de confort. Mais bon, il fallait d’abord évaluer le patient.

J’ai entendu l’ambulance arriver à vive allure, ses gyrophares illuminant la rue plongée dans l’obscurité en raison d’une panne des lampadaires. Pendant qu’ils reculaient vers la porte, je me suis avancé, restant toutefois à l’intérieur parce qu’un vent glacial soufflait. Les paramédics ont débarqué le patient et franchi les portes automatisées, suivis par une bourrée de neige poudreuse.

«La route était bonne?
– Pas vraiment, mais mieux que lui, il va pas bien.
– Avez-vous l’électro ?»

L’homme respirait rapidement, me fixant de ses yeux vifs et sombres. Il était amaigri, mais semblait alerte pour son âge. La paramédic m’a tendu le papier rose de l’électrocardiogramme, où j’ai constaté que ça n’allait effectivement pas bien : un énorme infarctus antérieur, du genre à terrasser n’importe qui en trois minutes. Étonnant que ce vieillard puisse l’affronter sans encore trop de dommages.

«OK, on le passe en réa.»

Dominique s’est approchée de moi.

«Pis, on confirme?
– Infarctus massif.
– On fait quoi ?
– On réfléchit deux secondes.»

La situation n’avait rien d’évident. J’ai commencé à interroger le patient tout en l’examinant, alors que les infirmières lui retiraient son pyjama pour effectuer des prélèvements et installer un soluté.

«Monsieur Grenier, je suis le docteur Vadeboncoeur.
– Pardon? J’ai de quoi de pas bon à mon coeur ?»

Le fils est entré dans la salle à ce moment.

«Il est un peu dur d’oreille.
– Vous êtes son fils ?
– Oui, il habite au-dessus de chez moi.
– Il fait ses choses lui-même ?
– Il entretient son logement seul et sort de temps en temps, mais il est toujours pas mal essoufflé.
– OK. Il fait un infarctus en ce moment, un gros.»

Je me suis retourné vers le patient, prenant soin de mieux me faire comprendre.

«Monsieur Grenier, comment ça va ?
– Ç’a déjà été mieux !
– Vous avez mal ?
– Si j’ai quoi ?
– Des douleurs !?
– Oui, ça me pèse là, à l’estomac.
– C’est un gros infarctus que vous avez là.
– C’est pas juste un gros rhume ?»

Il a souri. Il avait visiblement toute sa tête. Mais la sueur lui perlait au front. Je l’auscultais rapidement. Ses poumons paraissaient être en oedème – un signe de défaillance cardiaque – et sa valve aortique transmettait le souffle d’une sévère sténose. Il respirait vite. Chacun lui rendait son charmant sourire. Il allait mourir bientôt si on ne faisait rien maintenant.

« Pis, mon coeur ?
– Ça regarde pas trop bien. »

Le traitement de l’infarctus est simple : après stabilisation et administration de quelques médicaments, on achemine le patient en salle d’hémodynamie, où un cardiologue spécialisé ponctionne l’artère radiale (au poignet), remonte au coeur un cathéter pour colorer les artères coronaires puis les débloque, après quoi il insère un treillis appelé STENT pour terminer l’ouvrage. Une affaire de moins d’une heure.

J’ai fait un signe discret de la main à la cardiologue de garde à l’urgence, entrée à son tour dans la salle. Nous sommes sortis ensemble en dehors de la salle de choc pour discuter.

«Gros infarctus, maladie valvulaire sévère, poumons fibrotiques… On fait quoi à ton avis ?»

Le dilemme était le suivant – et c’est un des plus difficiles de la médecine : quand doit-on s’arrêter ? Quand les soins deviennent-ils futiles ? La frontière n’est jamais facile à définir. Et le choix est souvent irréversible, comme dans ce cas : si on ne faisait rien, le patient mourrait dans les prochaines heures. On pourrait tout de même le soulager.

En même temps, des coronarographies, on en fait 40 par jour, sans compter celles qui s’ajoutent de manière urgente. C’est une technique presque routinière, on ne parle pas d’une chirurgie à coeur ouvert ou encore d’un geste qui coûte une fortune. C’est vite fait. Nous sommes retournés au chevet de l’homme, maintenant un peu plus calme après avoir reçu une dose d’analgésique.

«Monsieur Grenier, votre coeur va vraiment pas bien, une grosse artère est bloquée.
– Vous me l’avez déjà dit.
– Si on fait rien, vous passerez pas la nuit.
– Vous allez me sauver ?
– On va essayer.»

La cardiologue a pris le relais.

«On pourrait ouvrir l’artère, mais il y a des risques. Vous en pensez quoi, vous ?
– Je pense que j’aimerais ça me rendre jusqu’à 100 ans.»

Elle a souri.

«C’est quand votre fête ?
– Dans trois semaines.
– On devrait pouvoir arranger ça.»

Elle s’est retournée vers l’équipe.

«OK, si tout le monde est d’accord, on va le monter en hémo.»

Le fils de monsieur Grenier a acquiescé de la tête.

«C’est un survivor, mon père. Il va passer à travers.»

Je lui ai souri, pendant que l’équipe s’apprêtait à sortir mon patient de la salle.

«Monsieur Grenier ?
– Oui docteur ?
– Je vais vous appeler le jour de votre fête, OK ?»

En fin de soirée, j’ai contacté le cardiologue-hémodynamicien qui avait procédé à l’intervention. La suite des choses avait été houleuse ; les artères des patients très âgés sont souvent fragiles. Le tronc commun, artère principale qui irrigue une grande partie du muscle cardiaque, avait éclaté, ce qui est très grave. Mais le cardiologue avait réussi à insérer un stent à l’intérieur, colmatant par miracle cette brèche, puis avait ouvert l’artère bouchée, responsable de l’infarctus.

Le coeur du patient, qui jusque là n’avait pas trop souffert parce que l’intervention avait été rapide, s’était stabilisé. Le lendemain, profitant d’une accalmie, j’ai passé un coup de fil à l’unité coronarienne. Je m’attendais au pire.

«Monsieur Grenier ?
– Oui, il va comment ?
– Il est assis à sa fenêtre.
– OK dites-lui bonjour de ma part.
– Il fait dire que la tempête est moins pire que celle de 1971.»

Quelques jours plus tard, j’avais appris qu’il avait reçu son congé. Je n’en revenais pas.

***

Il y avait eu un moment de silence sur la ligne pendant ma conversation avec le fils.

«Êtes-vous toujours là ?
– Oui, docteur.
– Votre père doit se reposer, j’imagine ? Vous lui transmettrez mes souhaits.
– Non, ça ne sera pas possible, il est mort.»

J’ai eu un pincement au coeur.

« Oh !
– C’est comme ça.
– Je suis désolé, vraiment. Vous avez toutes mes sympathies. Je peux vous demander ce qui s’est passé ?
– Quelques jours après son infarctus, il allait quand même bien, mais il a commencé à faire de la fièvre.
– Ses poumons ?
– Une infection, ils ont débuté des antibiotiques, il a pris du mieux. Mais a un moment donné, on aurait dit que ça lui tentait plus.
– De…?
– Vivre. Il se disait trop fatigué. Après en avoir discuté avec lui, les médecins ont arrêté tous les médicaments et ils l’ont transféré dans un centre de soins palliatifs. C’était bien correct.
– Il n’a pas trop souffert ?
– Pas du tout, il s’est éteint tout doucement.»

Je l’ai salué une dernière fois, puis raccroché. Je suis resté pensif. Est-ce que la bonne décision avait été prise ? Est-ce qu’on aurait pu simplement le laisser aller?

C’est plus facile de répondre après coup que dans le feu de l’action, quand on dispose de quelques minutes pour bien choisir. Je me suis replongé dans cette soirée plutôt occupée. Au moment de prendre la décision, la coronarographie était bien sa seule chance. Tout le monde était d’accord pour la tenter. Surtout le patient, monsieur Grenier. Est-ce que c’était un geste de trop ? Des soins futiles ?

Il n’y a pas de réponses absolues à ce genre de questions. Les soins ayant le potentiel d’améliorer la situation doivent être considérés. La coronarographie pouvait réussir, ça avait été le cas, d’ailleurs. Le patient souhaitait recevoir ces soins : il voulait se rendre jusqu’à 100 ans.

Mais les complications l’ont emporté un matin d’hiver, en paix et sans souffrance, entouré des siens. Cinq jours avant mon appel. J’avais rempli ma promesse à cet homme étonnant, ce survivor. Je ne lui avais cependant pas promis qu’il serait centenaire.

Dans la même catégorie
25 commentaires
Laisser un commentaire

Quel belle histoire que celle-ci, histoire qui ressemble à plusieurs autres d’ailleurs.

Mais en ces temps ou l’on parle de surpopulation, temps ou certain parle de cesser de faire dé bébés. Peut-être devrions nous seulement mettre une date de péremption sur les vieux au lieu de cesser de procréer. Ça me semble plus logique et humain en ces temps dures que traverse l’humanité.

Richard Gere 69 ans qui devient père avec sa blonde de 35 ans. N’est-ce pas merveilleux pour l’avenir de notre humanité. Dire qu’il y en a qui voudrait priver Richard de se faire plaisir d’être popa.

Répondre

« Peut-être devrions nous seulement mettre une date de péremption sur les vieux au lieu de cesser de procréer. » Vraiment? Cela dit, il y a tout de même plus de sensibilité qu’avant à l’idée de ne pas traiter futilement des personnes très malades. Mais pas assez. Pour ce qui est d’une « date de péremption », votre concept est inquiétant et probablement impossible à appliquer. Vous feriez cela comment?

M.Vadeboncoeur

Qu’est-ce qui coûte le plus cher sur la planète sinon le contrôle de la fin de vie par la médecine.

Qu’est-ce qui cause le plus d’inégalité sur la planète sinon l’accumulation de richesse par une classe de privilégiés qui n’en ont jamais assez.

Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour changer la tendance en attendant qu’un sapien plus brillant que ses prédécesseurs change le système capitaliste qui conduit en enfer sur terre sinon mettre une date de péremption sur la tête de chaque sapiens.

Imaginé qu’on décide tous ensemble que le chiffre magique c’est 70 ans, beau, bon, laid, riche ou pauvre ça fini à 70 pour tous le monde. Donc quel serait la motivation des gens à partir de la naissance sinon en profiter au maximum car ils connaissent tous la date de fin et ça, ça peut pas changer pour parsonne.

Donc peut-être, je dis bien peut-être, y aurait-il moins de «Greedy» ou glouton en frança qui vivraient seulement pour accumuler des richesses. Ceux-là qui vivent seulement pour ça continueraient mais en consommant comme des malades au lieu d’accumuler donc cela aurait pour effet secondaire de faire travailler plus de monde qui eux aussi consommeraient de façon tout aussi nauséabond jusqu’à ce que ce «sapien» brillant là arrive su’à terre et change la recette économique des comiques qui l’ont inventé.

Au moins, l’humanité dépenserait pas une fortune à faire vivre ces défoncés de la consommation passé 70 ans. Pis on entendrait pas ces insipidités au sujet de la procréation contrôlé qui conduirait inévitablement au contrôle des naissances «par classe sociale» et ça on veut pas aller là.

Répondre

Sérieux? Vraiment? Quel ramassis de « pas rapport ». Mais où dans cette histoire humaine parle-t-on de consommation ou d’accumulation de richesse d’une classe de privilégiers. Tellement pas rapport.
Indépendamment de sa richesse, son statut ou autre références, chaque personne devrait pouvoir terminer ses jours en dignité et en étant serein. Malgré que malheureusement M Grenier n’a pu se rendre à 100 ans, comme souhaité, l’équipe médicale lui a permis de retourner à la maison quelques jours, revoir ses proches (peut-être pour les saluer une dernière fois), revoir son « espace de vie » qu’il a connu probablement depuis longtemps (il semblait encore autonome, avec toute sa tête et il est rare de déménager souvent à cette âge s’il n’y a pas d’obligations) et de faire la paix avec son départ ultime prochain. Ceci a certainement rien à voir avec l’accumulation de biens matériels, mais bien plus avec la possibilité de « partir » en étant serein. Félicitations Doc Vadeboncoeur.
Mon père est parti il y a 14 ans un peu dans le même scénario, à 81 ans. Entre d’urgence à l’hôpital, ça va pas bien. On le stabilise, le médecin suggère l’admission aux soins palliatifs, mais mon père n’est pas prêt et veux retourner chez lui (il est stable, mais… il n’y aura pas de miracle). Il est retourné chez lui une semaine seulement et pendant ce temps, il a pu voir ses amis et proches une dernière fois ailleurs que dans un lit des soins palliatifs en jaquette d’hôpital. À la fin de la semaine, une autre crise et cette ma mère lui dit qu’il faut retourner à l’urgence (il sait que cette fois, il ne reverra pas sont « chez soi », mais il est en paix, il est prêt et serein, il n’y aura pas de surprise). 3 jours plus tard, dans l’aile des soins palliatifs, il est parti tout doucement, entouré des ses proches. Un 3 jours où il a pu dire un dernier au revoir à tout le monde en toute tranquillité et il s’est éteint. Pas de longueurs, mais juste assez de temps pour pouvoir dire au revoir. Merci Dr Vadeboncoeur. Je suis convaincu que les 2 dernières semaines de M Grenier ont été grandement appréciées et lui ont permis de dire un dernier au revoir tout en étant serein face à l’inévitable.

Au sujet des inégalités, le gouvernement Legault de la CAQ a promis d’aller chercher plus de $1 Milliard dans les poches des médecins et collègues de M. Vadeboncoeur pour le redistribuer plus équitablement.

J’imagine que vous remercierez bientôt nos bons docteurs pour leur générosité et leur charitable contribution à égaliser nos différences.

Ah…pis… je commence tout de suite: Transmettez nos remerciement à tous vos collègues M. Vadeboncoeur.

«Imaginé qu’on décide tous ensemble que le chiffre magique c’est 70 ans, beau, bon, laid, riche ou pauvre ça fini à 70 pour tous le monde. »

«Au moins, l’humanité dépenserait pas une fortune à faire vivre ces défoncés de la consommation passé 70 ans. Pis on entendrait pas ces insipidités au sujet de la procréation contrôlé qui conduirait inévitablement au contrôle des naissances «par classe sociale» et ça on veut pas aller là.»

Heureusement, et doublement !

Vous n’êtes pas médecin urgentologue !

Et vous étiez bien au chaud chez vous, ce soir-là !

À parfaire votre orthographe, sûrement ; et votre français !

Imaginé …, non imaginez !

Bravo Doc pour cette belle histoire. A 75ans et toujours au boulot je compte bien me rendre à 100 et diriger sous vos soins au cas où …

Répondre

Le travail (ou en tout cas se tenir occuper et faire des activités qu’on aime) est un des déterminants de la longévité. Alors bonne route!

Cher Dr. Vadeboncoeur, vous êtes un docteur intègre et plein de compassion. J’ai un frère de 67 ans avec un passé cardiaque qui ne présente plus de problèmes aujourd’hui. Il souffre de fibrose idiopathique pulmonaire. Et il dépérit mais les urgentologues, spécialistes des poumons et autres travaillent de concert et il se peut que mon frère en vienne à recevoir une greffe des poumons. (Toronto) Il n’a pas de date de péremption comme le mentionne certaines personnes, sauf celle que la vie ou la science décidera, selon les options et l’évolution de la maladie. Vous n’êtes pas infaillible et vous ne pouvez pas prédire le futur. La décision que vous avez prise était la bonne. Si vous aviez pris une autre décision, elle aurait également été la bonne. Merci de votre compassion et respect de la dignité des patients.

Répondre

Dr Vadeboncoeur,
Bravo pour votre interrogation et cheminement sur la prolongation de la vie.
J’aurai 67 ans bientôt.
Un 67 ans « qui a du vécu » et moyennement usé.
Il y a tellement d’impondérables et en 2019, la société veut-elle vraiment que les « baby-boomers » survivent?
Notre génération a-t-elle de la valeur pour celles qui nous suivent?
Des commentaires venant des générations plus jeunes: « À mort les boomers, coûtent trop cher »!
Donc, nous vivons plus vieux, plus médicamentés, en demeurant à la maison.
Les CHSLD sont nos mouroirs.
La question « qui tue »: « Quelle est notre qualité de vie »?
Comme dirait ma Chérie: « Il nous reste trois belles années à vivre, profitons-en ».
Ce que nous faisons…
Parce qu’après, la « machine » va s’enrayer de plus en plus, comme une vieille bagnole, de façon exponentielle.
J’ai prévu le coup: dans mon testament notarié, l’article sur « pas d’acharnement médical » est coché.
Pourquoi tant vouloir « rester en vie », car j’évite le mot « vivre »?
Pour voir nos enfants, petits-enfants et les ami qui nous restent, deux ou trois fois par année?
Fait longtemps qu’ils ont coupé le cordon et devenus indépendants.
Non, bien trop occupés pour visiter les vieux parents, avec une vie professionnelle et sociale trépidante qui n’arrête jamais.
Si vous désirez connaître la vie folle et actualisée de notre progéniture, allez sur Facebook, Instagram, Skype, Twitter.
À l’occasion, vous recevrez un texto, une vidéo, un courriel.
En ce qui me concerne, je suis très à l’aise avec l’informatique, cellulaire intelligent et tablette. Chanceux.
Je ne veux absolument pas être au crochet de ma famille et de l’État.
Quand la démence, la mobilité réduite et autres maladies seront mon quotidien et par respect pour moi, « tirez la plug » de grâce.
La non-qualité de vie passera par l’aide médicale à mourir.
Quand « c’est fini, c’est fini ».
Merci et longue vie en santé.

Répondre

À chacun sa manière de voir cette période de la vie. Mais la meilleure approche, c’est comme vous avez fait: indiquer vos souhaits à l’avance quant aux niveaux de soins. Et informer vos proches. Merci du commentaire.

J’apprécie vraiment les témoignages de vos expériences de travail.Je suis conscient de l’amélioration de nos services de santé depuis quelques années et on voit dans ce cas qu’il y a des limites.
Je suis content de lire cet article,car, contrairement a ce qui est véhiculé, nous avons l’un des meilleurs service de santé pour tous nos citoyens.

Répondre

Merci à vous. Je pense aussi que sauf pour les problèmes d’accès, nos soins sont d’excellents niveau. Et nous (comme société) sommes de plus en plus sensibles aux choix importants de fin de vie. Merci du commentaire.

C’est un immense plaisir de vous lire., je me sens durant la lecture comme étant présent, à vos cotés dans cette salle où les décisions sont importantes. J’ai hâte à prochaine publication. Merci de m’instruire.

Répondre

Merci du commentaire. J’essaie de rendre cela le plus réaliste possible. Tant mieux si ça fonctionne.

Historia touchante, Bravo a tous ceux qui travaillent sans notre systheme de sante, ils meritent Tours, une palme d’Or et nos remerciements.
Bravo!

Répondre

Comme médecin (mais je ne travaille pas à l’urgence), je crois que j’aurais fait pareil. L’homme était relativement autonome (un exploit pour 99.9 ans!), il consentait à l’intervention, et pouvait potentiellement retrouver une qualité de vie acceptable.

Je me souviens, une fois, en stage de chirurgie, que ce qui nous avait décidé à faire une opération risquée sur un grand vieillard, c’est qu’il avait planter lui-même ses patates dans son jardin ce printemps-là!

L’autonomie et la qualité de vie sont selon moi de meilleurs juges que l’âge seul pour établir la futilité ou non des soins.

Pour les coûts financiers, là on est dans un tout autre débat, un débat sans fond (ou fonds), mais je crois que nous ne sommes pas dans les extrêmes, avec une angioplastie. Il y a de bien pires dépenses, pouvant être considérées comme futiles, dans le système de santé québécois.

Répondre

Vous avez des questions sur vos décisions, J’en ai eu, en psy, ai décroché un pendu avec son drap. Il est sorti 2 mois plus tard, semblant de retour sereinement vers la vie. Il est sorti et le soir de son retour chez lui, il s,est répondu. Que de questions que l’équipe s’est posée…
La vie a ses mystères dont on ne peut répondre.
Mais que de questions sur la précarité de cette belle vie!

Répondre

Après avoir lu ce beau récit, je crois sincèrement que vous ( et vos collègues ) l’avez effectivement « laissé aller »… de la bonne façon, en lui laissant manifestement toutes les chances d’aller plus loin… Jusqu’où? Dieu seul le sait! Comment prévoir l’imprévisible… et néanmoins inévitable destin qui est le nôtre à tous… Quand est-ce que cela doit arriver? Qui sait?… et comment le savoir? Cela ne veut pas dire qu’on doive « baisser les bras », même lorsque l’âge, les statistiques, diverses circonstances… semblent nous « condamner d’avance », à l’échec, à la pire destinée, à une mort prochaine… Voilà précisément pourquoi, à mon humble avis, autant pour les sociétés, les mouvements sociaux ou politiques, que pour les individus qui les composent… « le suicide n’est pas une solution valable »… et « se laisser mourir », cela demande dans chaque cas… de très très sérieuses raisons — comme la conviction que « tout a été essayé », sans succès… et qu’il n’y a « plus aucun espoir »…. J’écris ça et j’en frémis, tellement ce n’est pas comme ça que je vois la vie — que j’ai eu l’incroyable chance de recevoir… Merci, de me donner la chance de réfléchir aujourd’hui à cette curieuse destinée… qui me concerne, curieusement, de si près, moi aussi…

Répondre

Vous faites tout un métier! À chaque jour presque, vous devenez des héros sur un champs de bataille! Bravo! Continuez votre beau travail! ?

Répondre

Bonjour Dr Vadeboncoeur,
Cet article témoigne de la grandeur d’âme que des médecins comme vous démontrez. L’empathie envers vos patients se reflète dans cet article et me touche profondément, d’autant plus que le cas de monsieur Grenier ressemble énormément à celui de ma mère qui est décédée il y a quelques jours. Une semaine de plus et on fêtait ses 100 ans !
Oui, il est légitime de se questionner sur les interventions que l’on peut faire ou ne pas faire auprès des personnes âgées, mais l’essentiel reste de leur apporter le bien-être dont elles ont tant besoin et d’honorer, du mieux que l’on peut, leur volonté de vivre ou de mourir.
Ces personnes on fait tant pour nous et méritent toute notre considération.
Serge Gauthier, Sherbrooke

Répondre

Le problème selon moi c’est que vous n’êtes pas appelé à évaluer les coûts -bénéfices de cette intervention.
Combien ça a coûté? Pour quel résultat? Rien en bout de ligne selon moi. Ces soins mal évalués chez nos grands malades et grands aînés sont responsables des coûts astronomiques de notre système de santé.

Répondre

C’est une question qui se pose en effet. Mais un cathétérisme reste une intervention tout de même limitée dans le temps et qui ne représente pas des sommes astronomiques. Par ailleurs, je pense que c’était un choix raisonnable du point de vue de son efficacité pour le patient. Mais la question difficile, surtout en urgence c’est: comment prendre une décision en fonction de ces coûts? Ce qui revient à se demander si on laisse mourir le patient ou bien si on effectue les soins. Vraiment pas évident ni facilement applicable en situation d’urgence. Merci pour le commentaire.