J’aime le CHUM et ses équipes !

Pour les soins qu’on y prodigue, pour les gens qu’on y côtoie, pour les lieux où l’on séjourne, le CHUM est une réussite, selon Alain Vadeboncœur. Visite guidée.

Photo : Neuf Architectes

Arrivé au CHUM en même temps que l’ambulance, je suis entré aux soins intensifs juste au moment où cette patiente que je connais bien était amenée jusqu’à sa chambre. J’ai pu regarder l’équipe la recevoir, l’installer, prendre soin d’elle et la réconforter. Même si elle n’en savait rien, alors qu’elle était dans le coma, je la sentais en sécurité.

Mais je ne vous raconterai pas les détails de cette histoire médicale complexe dans laquelle ma famille a été plongée tout l’été, plutôt ce qui s’est passé autour, que j’ai pu observer et qui m’a inspiré tout au long de ce difficile épisode.

Parce que, malgré la gravité de la situation — trois semaines aux soins intensifs, puis un long séjour en neurologie —, j’ai été impressionné par ce que j’ai vu. C’est que je n’avais pas encore mis les pieds dans ce vaste hôpital situé au cœur du centre-ville, que j’ai donc découvert une fois de l’autre côté de la barrière.

La lumière partout

Bien sûr, tout le monde sait que mon cœur bat pour l’Institut de cardiologie de Montréal, aussi en reconstruction, où je pratique avec plaisir à l’urgence depuis près de 20 ans.

Mais je dois admettre avoir été charmé par ce que j’ai vu et vécu au CHUM — surtout que je ne m’y attendais pas tant. Et ravi par la luminosité des lieux, qui participe à l’impression générale. C’est que, dans les moments plus calmes, j’ai fait le tour de l’hôpital.

À l’entrée que j’utilisais le plus souvent, située rue Saint-Denis, on pénètre dans un hall où la lumière est partout présente, grâce à un immense pan de mur vitré. Si le décor, intégrant le clocher d’une église, reste sobre et monochrome, la lumière rachète tout.

Détail du hall d’entrée côté Saint-Denis. (Photo : André Vadeboncœur)

C’est par de larges corridors qu’on accède ensuite aux unités de soins. Au 10e étage se trouvent justement les soins intensifs, qui forment une vaste unité rectangulaire de 36 lits où on peut déambuler à sa guise (une seconde unité de 36 lits doit être ouverte ultérieurement).

Les chambres possèdent de grandes fenêtres offrant des panoramas de Montréal à couper le souffle. J’avoue que cela change pas mal des unités de soins des trois bâtiments d’origine (Notre-Dame, Saint-Luc, Hôtel-Dieu de Montréal) qui composaient l’ancien CHUM.

On ne se lasse pas d’admirer les perspectives offertes par la fenestration couvrant les murs des chambres et les espaces de circulation, donnant par exemple sur le pont Jacques-Cartier et le fleuve d’un côté, et de l’autre, sur le centre-ville, ce qui contribue à la qualité de l’expérience des patients et des proches — et sans doute aussi du personnel et des médecins.

Vue du 10e étage. (Photo : Alain Vadeboncœur)

Sur des téléviseurs placés un peu partout sur les murs, il est intéressant d’apprendre que les lieux sont technologiquement avancés, disposant par exemple d’un système de filtration de l’air qui permet de climatiser l’ensemble de l’hôpital (une bénédiction l’été dernier) et de profiter d’un air sain, de même que d’un système de robots qui, par des couloirs dissimulés, transportent une large partie du matériel. Bon, il y a bien eu une panne de système qui a retardé la livraison des repas, rien n’est parfait.

Des soins humains

Ces lieux semblent avoir un effet apaisant sur tout le monde, puisque nous avons eu constamment affaire à du personnel aimable, voué aux soins et attentif aux patients. Pour ce qui est des soins eux-mêmes, je n’ai rien eu à redire sur la qualité, bien au contraire : de toute évidence, ils sont de haut niveau.

Une des choses qui m’ont le plus frappé est l’attitude du personnel envers les familles et la volonté de les intégrer dans les processus de soins. Alors qu’ailleurs les heures de visite sont restreintes, c’est tout le contraire ici.

La présence de la famille est non seulement permise, mais encouragée. Les heures de visite connaissent peu de restrictions, de même que le nombre de personnes, sauf dans les moments où l’on doit exécuter des techniques de soin. Même quand ça brasse un peu, la famille peut rester.

Aux soins intensifs, les proches assistent s’ils le veulent aux rencontres des médecins avec les malades, aux discussions de cas, au travail d’équipe entre les infirmières, les préposés, les inhalothérapeutes et les intensivistes. Bref, nous nous sommes trouvés au cœur des processus de soins, une avancée que j’ai trouvée tout à fait intéressante et qui répond aux nouveaux modèles d’intégration des familles.

Tout juste ai-je pu susciter certaines réserves du personnel pour qui la présence constante des familles — une nouveauté pour plusieurs — est parfois un défi, notamment lorsqu’il s’agit de demeurer concentré et au service du patient.

Du reste, je ne vois pas tout en rose, parce qu’on m’a aussi mentionné qu’il manque de personnel dans divers secteurs, qu’on a vécu certaines difficultés d’arrimage dans la fusion des anciennes unités de soins (provenant de plusieurs hôpitaux), et qu’on a même dû engager beaucoup de personnel externe pour combler les départs à la suite du déménagement.

Passage réussi en neurologie

Après les soins intensifs, place à l’unité de neurologie, au 13e. Toutes les chambres y sont individuelles, largement fenêtrées, lumineuses et bien équipées. On y encourage encore une fois la présence de la famille, en particulier pour stimuler les patients aux prises avec des AVC. Même les petits-enfants, source majeure de stimulation, de réjouissance et d’espoir, trouvent leur place.

Les soins sont dirigés par un neurologue, entouré de son équipe de résidents, et par du personnel qualifié. On parle de faire bouger les patients, de langage, de déglutition, de nutrition et de soins. On côtoie donc physiothérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes, nutritionnistes et, bien entendu, l’infirmière traitante, qui demeure le pivot, coordonnant tout ce monde.

Au cœur même de l’unité, on trouve un vaste gymnase qui dispose de tous les appareils requis pour permettre aux patients de retrouver leur mobilité : réapprentissage de la marche, travail d’équilibre, montée d’escalier, augmentation du tonus musculaire, etc. Bref, tout ce qui est nécessaire pour aider ces personnes dont l’objectif est d’abord de redevenir autonomes.

Gymnase de l’unité de neurologie. (Photo : Alain Vadeboncœur)

Oui, c’est bien un PPP…

Il vous semble peut-être curieux de lire une chronique positive à la suite d’un épisode de soins qui, je dois l’admettre, était plutôt difficile à vivre. Mais je voulais simplement témoigner et reconnaître la qualité des soins, des lieux et des gens que j’ai pu côtoyer lors de cette épreuve, durant laquelle j’ai même dû terminer sur place mon prochain livre.

L’auteur à l’œuvre au poste d’accueil de l’unité des soins intensifs.

D’abord, parce qu’on parle trop rarement de la qualité des soins auxquels nous avons accès dans notre système de santé. Ensuite, parce que j’ai critiqué avec bien d’autres le mode de partenariat public-privé (PPP) du CHUM — envers lequel j’ai encore beaucoup de réserves et qui est en perte de vitesse un peu partout —, mais que je sais reconnaître une réussite (sur certains aspects) quand j’en vois une.

Évidemment, on a rapporté certains problèmes de construction et d’organisation. Et le CHUM n’est pas encore terminé, puisque le chantier se poursuit sur les lieux de l’ancien Hôpital Saint-Luc, dont on achevait la démolition pendant notre séjour.

La démolition pierre par pierre de l’Hôpital Saint-Luc, aujourd’hui terminée. (Photo : Alain Vadeboncœur)

Mon expérience a un peu changé ma vision des choses. Comme je l’écrivais dans une chronique récente, nous avons acquis une perception négative de notre système de santé.

On peut souhaiter que de telles expériences contrebalancent cette idée reçue que tout dans notre système va de travers et qu’il est impossible d’y obtenir de bons soins. Bien sûr, les lieux ont un effet non négligeable. Mais on voit que les philosophies de soins évoluent aussi.

Le clocher intégré à l’entrée de la rue Saint-Denis. (Photo : André Vadeboncœur)

Les soirs où je sortais du CHUM et les matins où j’y entrais, je dois admettre qu’en examinant cette énorme structure au cœur de la ville qui m’a vu naître, j’ai éprouvé un sentiment de fierté, sinon d’attachement, qui a contribué à faciliter ces semaines difficiles où j’étais par ailleurs — en théorie — en vacances. Parce que, pour les soins qu’on y prodigue, pour les gens qu’on y côtoie, pour les lieux où l’on séjourne, cet établissement est une réussite.

Et je dois surtout dire un immense merci à tous ceux et celles qui ont travaillé aussi fort et si humainement pour offrir les meilleurs soins à la patiente et un soutien grandement apprécié à toute la famille.

***

Non, je ne vous ai pas parlé des élections. Disons qu’on en a passablement fait le tour. Alors, bon vote lundi ! Mais le nouveau gouvernement ne perd rien pour attendre, puisque tout le monde pourra lire dès le 3 octobre mon texte décrivant les défis du prochain (ou de la prochaine) ministre de la Santé, jusque-là réservé aux abonnés de L’actualité.

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13 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Je suis bien d’accord avec vous , il commence à être temps de parler des choses positives de nos excellents services . Et pour être allé au CHUM , et en regardant nos installations en revenant dans nos belles Laurentides et ses 610 000 habitants , j’ai aussi très hâte de pouvoir contempler des hôpitaux lumineux et
Moderne . Car je suis de ceux qui croient que l’environnement physique rend aussi plus lumineux le moral de ceux qui y travaillent

Jean-François -Foisy
Pdg cisss des Laurentides

Le personnel est habituellement louangé peu importe les lieux. Placez ce personnel en nombre suffisant (ce qui n’est pas le cas en tout temps au CHUM comme ailleurs) et mettez à sa disposition des lieux modernes et adaptés, voilà une bonne recette pour une expérience de soins humaine et conviviale. Merci pour le commentaire.

Commentaire partial.
J’avoue que c’est « moins pire » mais pas mieux ..
Aviez vous consommé ou consumé du Cana..bis avant vitre voyage ???

Partial de quel point de vue? Parce que je travaille dans le réseau de la santé? Pour le reste, j’étais parfaitement à jeun. Du reste, cette expérience était partagée par d’autres familles. Par ailleurs, si c’est moins pire, c’est mieux. Et franchement, dans ce cas, c’était mieux que moins pire. Bonne journée.

Au moins une personne parmi tant qui dénigre notre système de santé alors que chose qui n’est pas tout à fait vrai et comme il l’a ci bien dit plus haut dans son article notre système de santé a connue de progrès et tout n’est pas négatif
J’aurais bien aimé que cette personne passe sur les ondes de 98.5fm et plus précisément à l’émission de Paul Arcand pour donner une fois son témoignage sur les côtés positifs de notre système de santé et avec un nombre de journalistes hypocrites qui ne font que chercher les pépites matin ,midi,et soir pour dénigrer la santé et le premier ministre car moi même je suis un travailleur de la santé et je sais ce qui se passe et quel progrès monsieur Barrette a fait pour rétablir ce milieu qui était jadis pourrie!!

Je pense que c’est bien le travail des journalistes de débusquer les problèmes et de les rendre publics. Ce qui ne veut pas dire que d’autres points de vue ne peuvent pas prévaloir de temps en temps. Pour ce qui est de défendre le système de santé sur les ondes, je l’ai fait bien souvent, et à toutes les antennes. Merci pour le commentaire.

Tant d’éloquence!

J’y suis suivie en orthopédie et n’ai jamais jusque là été aussi ravie de me rendre à mes rendez-vous! C’est vous dire.

Ce qui est tout même assez impressionnant et change l’expérience des patients. Bonne suite de soins.

L’environnement fait aussi toute la différence. Des lieux d’une beauté magnifique sont très rassurant et pour les patients et surtout pour le personnel qui y travaillent à tous les jours !

La luminosité, l’environnement, les nouvelles technologies influencent le bien-être de tous; patients, travailleurs et professionnels. Par contre, ce bénéfice sera bien éphémère en pénurie de personnel. Employée de l’Hôpital Notre-Dame pendant 38 ans, j’ai connu les équipes volantes. Formées de personne détentrice d’un poste ayant comme objectif de combler les absences ponctuelles des unités de soins. Ces personnes étaient assignées à chaque jour au département concerné par une absence ou envoyées en surplus pour soulager le personnel en surcroît de travail inattendu. Certaines étaient formées pour les unités spécialisées. Suite aux nombreuses restructurations, ces postes ont été abolis. Alors sont apparus, le temps supplémentaire obligatoire et l’accroissement de l’épuisement professionnel. Au cours de toutes ces années, j’ai vu s’installer un climat de plus en plus individualiste. Entre autre, des gens qui n’avaient aucune envie de partager un peu de leur temps libre avec leurs collègues. Fatigués et désillusionnés, ils n’ont plus d’intérêt pour les échanges, les soupers de gang et les loisirs qui solidifient tant les équipes de travail, symptôme du non-appartenance au groupe et à l’établissement. Sans appartenance, moins de support, de compassion et d’engagement personnel. Je ne crois pas que les équipes volantes soient la seule solution mais leur réintégration pourrait être un début.

Bonjour, pour avoir passé tout le mois d’aout et septembre aux soins intensifs de l’hôpital Général de Montréal avec mon fils, je peux vous confirmer que malgré des locaux peu accueillants, le personnel est incroyablement compétent, humain et accueillant. Ils prennent tout le temps qu’il faut pour les patients et aussi pour la famille. Je suis heureuse de voir qu’il en est de même pour le CHUM avec en plus des lieux conviaux. Votre article est parfait.

Wow quel beau texte que j’ai eu la chance de lire! Je suis tellement de votre avis pour avoir été moi-même patiente à cette institution. J’ai séjourné aux soins intensifs plus d’une semaine et ensuite transférée au 17ème étage en cardiologie. Tout comme vous, je ressens de la fierté lorsque je vois cet édifice et encore plus, un sentiment d’appartenance. Les gens ont tendance à critiquer notre système de santé sans vraiment le comprendre. Ils se font souvent manipuler par les médias sans pousser davantage leurs recherches. Je peux vous confirmer que mon expérience personnelle au CHUM a changé ma perception sur notre système de santé et je ne vis plus dans l’ignorance. Les professionnels de la santé ici sont dévoués dans ce qu’ils font, je n’ai que des éloges pour ces gens et cet hôpital. Je serai toujours reconnaissante auprès de ces personnes qui m’ont prodigué les soins, des docteurs au préposés. Merci pour votre article, vous m’enlevez les mots de la bouche!

Fin janvier 2018 j’ai été opéré au pour un anévrisme de l’aorte ascendente. Ma conjointe est soignée au CHUM pour un cancer de l’œsophage et opéré après avoir suivi 23 traitements de radiothérapie et 4 de chimiothérapie.Complications par la suite chylotorax colmater lors de la troisième reprise. Pneumothorax suivi d’une bronchoscopie ce matin aux soins intensifs. Les soins donnés sont remarquables. J’ai été un des principaux artisants qui ont fait que le site choisi pour le CHUM soit celui de Saint-Luc