Japon: le spectre de l’accident nucléaire

Il est bien difficile pour l’instant d’évaluer le risque que représente la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi affectée par le séisme qui a frappé le Japon vendredi, même si les dernières nouvelles données par l’Agence internationale de l’énergie atomique semblent rassurantes.

Tous les liens de ce billet vous permettront de suivre – en anglais ou en français – ce que communiquent les organisations impliquées dans la gestion de cette crise.

La situation évolue d’heure en heure, alors que l’exploitant de la centrale  de Fukushima Daiichi, la compagnie TEPCO, tente d’empêcher la fonte du coeur de deux de ses réacteurs.

On sait en gros ce qui s’est passé dans la centrale conçue pour résister à un tsunami de 5,2 mètres, sur laquelle s’est abattue une vague d’environ 10 mètres de haut.

Dans le réacteur numéro 1, le pompage de l’eau qui sert à la fois à refroidir le coeur du réacteur pour contrôler la réaction de fission nucléaire et à alimenter les turbines qui produisent l’électricité s’est arrêté lors du passage du tsunami.

La baisse du niveau de l’eau a accru la température dans le réacteur et fait augmenter la pression. Pour faire baisser celle-ci et empêcher l’explosion du réacteur, les autorités ont procédé à un rejet contrôlé de vapeur dans l’atmosphère.

Les gaines des barres de combustible, qui n’étaient plus couvertes d’eau, ont réagi avec la vapeur pour produire, entre autres, de l’hydrogène.

Lors du rejet de vapeur, l’hydrogène a explosé en présence de l’oxygène de l’air extérieur, soufflant littéralement le haut de la batisse et produisant une épaisse fumée blanche (de la vapeur d’eau).

Selon le gouvernement japonais, l’enceinte de confinement n’a pas souffert lors de l’explosion. Quatre personnes ont été blessées.

Une fois ce problème résolu, tout restait à faire, puisque sans eau de refroidissement en quantité suffisante, la température dans le réacteur continue de monter. Le risque est alors on ne peut plus grave: c’est celui de l’emballement.

Pour refroidir le coeur du réacteur, les autorités ont donc décidé d’injecter dans l’enceinte de confinement de l’eau de mer additionnée d’acide borique, un produit qui absorbe les neutrons émis par la réaction en chaîne.

Une décision radicale, puisqu’il y a fort à parier qu’à cause des impuretés et de la salinité de l’eau, le réacteur soit bon pour la casse après cette opération. Quelques milliards de dollars sont sans doute déjà partis en fumée à ce stade.

À peu de choses près, la même séquence d’événements s’est produite dans l’unité 3, si ce n’est que – pour l’instant – il n’y a pas eu d’explosion due à l’hydrogène.

Dans le meilleur des cas, l’eau borée va progressivement refroidir le coeur du réacteur, une opération qui pourrait prendre des mois. Il faudra ensuite plusieurs années pour démanteler la centrale.

Dans l’environnement du réacteur numéro 1, les détecteurs ont repéré du césium et de l’iode, preuve que le coeur a – en partie – fondu.

Lors de l’explosion, le débit de dose aurait atteint 1 millisievert par heure à la limite du site de la centrale, selon l’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire français (pdf), avant de redescendre à 0,04 mSv/h. En comparaison, la radioactivité naturelle est de l’ordre de 0,0001 mSv/h.

L’évacuation de la population des alentours de la centrale  avant cet épisode, et les comprimés qui permettent de saturer la thyroïde en iode et empêchent d’absorber l’iode radioactive ont certainement permis de minimiser la contamination.

Jusqu’à présent, la Nuclear and Industrial Safety Agency a repéré neuf cas de contamination radioactive parmi un groupe de personnes évacuées par hélicoptère. Vous pouvez suivre quasiment en direct et en anglais le résultat des tests sur son site.

Cet accident est – pour l’instant – classé au niveau 4 sur l’échelle internationale des événements nucléaires, qui, comme l’échelle de Richter, est logarithmique (chaque niveau est 10 fois plus grave que le précédent).

Three Miles Island était de niveau 5, Tchernobyl de niveau 7.

Le Japon a déjà connu un «incident» (le terme consacré dans l’industrie) de niveau 4 à la centrale de Tokaimura en 1999, causé par une erreur humaine. Officiellement, 119 personnes avaient alors reçu une dose radioactive de plus de 1 mSv, deux sont décédées.

Un accident nucléaire n’est jamais drôle, mais il faut voir l’ampleur de la catastrophe qui touche le Japon.

Le nombre de victimes et les dommages environnementaux causés par le séisme et le tsunami vont être considérables. La vague colossale a sûrement transporté des quantités astronomiques de produits nocifs en tout genre. L’eau potable manque. Les épidémies sont toujours à craindre dans ce genre de catastrophes. Et il faudra des années à la population pour panser ses plaies.

Avec ses 55 centrales nucléaires, le Japon joue depuis longtemps avec le feu. Le séisme et le tsunami qu’il vient de connaître sont bien au delà de ce que l’on pensait probable dans cette région du monde.

Les Japonais auraient-ils dû y construire des centrales nucléaires encore plus résistantes ? Oublier cette technologie qui ne donne pas droit à l’erreur? Ou se tenir prêt à accepter la fatalité de ce genre d’accident qu’on ne pourra jamais prévenir à 100% ?

MISE À JOUR – 14 mars, 6h45

Une seconde explosion, probablement due à l’hydrogène, est survenue dans le réacteur numéro 3 de la centrale Fukushima Daiichi.

D’après l’exploitant TEPCO, l’enceinte de confinement n’a pas été endommagée. Six travailleurs ont été blessés.

La radioactivité mesurée à proximité du site après l’explosion était stable à 0,02 mSv/h.

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Le Japon est de loin, très loin, la nation la plus évoluée sur terre en terme de prévention et de calcul des risques environnementaux et des catastrophes naturelles.

Votre article me laisse perplexe, car le pays que vous décrivez est un pays du tiers monde.

»L’eau potable manque »
»Les épidémies sont toujours à craindre dans ce genre de catastrophes »
»Le Japon joue depuis longtemps avec le feu »

Je me demande si votre article aurait eu ce ton alarmiste si la catastrophe avait eu lieu en Suède, en France ou en Allemagne.

Il y a dans votre présentation des faits une certaine condescendence envers les Nippons.

Depuis votre article le réacteur n°3 a explosé (Pourquoi une double détonation???) et le n°2 risque a sont tour de le faire…

Le nucléaire comporte des risques, mais en période calme on semble l’oublier… Il est si facile d’appuyer sur les interrupteur et d’avoir de l’électricité à foison…

http://beautifulgreen.wordpress.com/

@Alexandre: Je ne pense pas qu’il soit condescendant de souligner l’ampleur des dégâts. Cela ne concerne pas seulement le Japon mais le monde entier. Cette catastrophe fait en sorte que la perception des gens en ce qui concerne la sécurité du nucléaire ne sera plus jamais pareille.

Article très intéressant. J’ai juste quelques interrogations par rapport à ce que vous rapportez :

– première question :

« Dans le réacteur numéro 1, le pompage de l’eau qui sert à la fois à refroidir le coeur du réacteur pour contrôler la réaction de fission nucléaire et à alimenter les turbines qui produisent l’électricité s’est arrêté lors du passage du tsunami. »
L’eau qui sert au refroidissement est pompée puis injecter soit dans le circuit primaire, soit dans le secondaire…Par contre, il me semble que les turbines qui produisent l’électricité sont quand à elle alimentées par la vapeur d’eau produite à partir de la chaleur du circuit secondaire…

– seconde question :
Il me semblait que les circuits primaires étaient en circuits fermés…Je ne comprends pas comment le niveau a pu baisser sans « trou » dans le coeur…

– troisième question :
Comment l’hydrogène peut elle exploser au contact de l’oxygène? il faut un élément qui « allume » cette explosion (flamme, étincelle, très grosse chaleur…).

– quatrième question : qu’est ce qui a explosé ? le coeur, on nous dit que non! le circuit de refroidissement ? Si oui, comment est refroidi le coeur ?

Si vous avez des éléments de réponses, ce serait très intéressant.
En tout cas, encore bravo pour cette article!

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