La Chine va-t-elle sauver la planète ?

Énergies renouvelables, transports électriques, technologies vertes… Tous ces secteurs vont être bouleversés par les plans hyper-ambitieux de l’Empire du Milieu, explique Valérie Borde.

Photo: AFP/Getty Images
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À grands renforts de réformes, la Chine s’attaque à son lourd passif environnemental et a déclaré la guerre à la pollution, comme vous pourrez le lire dans mon grand reportage publié dans le numéro de L’actualité présentement en kiosque et offert dans ses différentes versions tablettes (IOS et Androïd).
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La planète entière en voit déjà les premières conséquences. Énergies renouvelables, transports électriques, technologies vertes… Tous ces secteurs vont être bouleversés par les plans hyper-ambitieux de l’Empire du Milieu.

La lutte contre les changements climatiques pourrait elle aussi bénéficier beaucoup des initiatives de la Chine, qui s’est décidée non seulement à mettre fin à la croissance de sa consommation de charbon, mais qui veut aussi plafonner ses émissions.

Pour y parvenir, elle met le paquet, investissant des milliards pour encourager la recherche, la mise au point et la commercialisation des technologies propres, attirer les entreprises étrangères qui maîtrisent celles dont elle a besoin et, au final, rendre son économie plus faible en carbone et moins avide de ressources naturelles.

J’ai vu en Chine des choses qui seraient impensables ici : des immeubles construits à coup de trois étages par jour — et dont la construction a engendré six fois moins d’émissions de gaz à effet de serre (GES) et 100 fois moins de déchets que celles des immeubles ordinaires ; une ville, Shenzhen, où circulent des centaines d’autobus et de taxis électriques ; des transports en commun hyper-efficaces et confortables ; des chauffe-eau solaires sur le toit de toutes les maisons… et des chercheurs qui n’ont qu’à claquer des doigts pour décrocher des millions de dollars de subventions afin de mettre au point de nouvelles techniques de décontamination !

J’ai aussi vu des militants écologistes ravis des initiatives du gouvernement central, même s’ils en voudraient bien plus.

Corruption

Évidemment, la Chine part de très, très loin. La pollution y est tout simplement ahurissante. L’eau n’est plus potable nulle part, le smog est irrespirable, et bien des aliments sont contaminés aux pesticides ou aux métaux lourds. Des régions entières sont dévastées par les mines de charbon.

Si la Chine agit maintenant, c’est parce qu’elle n’a plus le choix ; parce que la pollution la met au bord de la révolte populaire depuis que la population, plus éduquée, a pris conscience des risques terribles qu’un environnement aussi toxique représente pour sa santé.

Le plus grand défi actuel, pour les autorités centrales, consiste à forcer les industriels et les autorités locales à suivre son plan et ses nouveaux règlements environnementaux, dans un pays où la corruption est omniprésente et où les compagnies les plus en vue sont loin d’être des modèles de vertu.

Depuis sa nomination, en 2012, le président Xi Jinping, considéré comme l’un des dirigeants chinois les plus puissants des dernières décennies, mène une lutte sanglante contre la corruption dans les rangs du Parti communiste chinois.

En 2014, ce grand ménage a particulièrement visé les dirigeants de grands groupes industriels du charbon, du pétrole et des mines.

En février dernier, Liu Han — un milliardaire de l’industrie minière, qui présidait le groupe Hanlong — a été exécuté après avoir été accusé d’avoir organisé un gang mafieux et commis des meurtres.

Cette semaine, c’est au tour de Liao Yongyuan, vice-président de la compagnie pétrolière CNPC (Petro China), d’être mis sous enquête (avec des dizaines d’autres employés) pour «sérieuse violation de la discipline» — l’expression consacrée pour désigner la corruption.

Liao est surnommé «le Tigre du nord-ouest» pour avoir ouvert des champs pétrolifères dans les régions désertiques du nord-ouest du pays… un genre de far west où les lois environnementales sont allègrement bafouées, comme me l’ont raconté des représentants de Greenpeace en Chine.

Under the Dome

Ces accusations surviennent alors que le documentaire Under The Dome, vu par 155 millions de Chinois dans les 24 heures suivant sa sortie, a été interdit par les autorités.

Réalisé par la journaliste Chai Jing, il dénonce l’inaction des autorités dans la lutte contre l’«airpocalypse» et les malversations des compagnies comme CNPC et Sinopec, qui trafiqueraient allègrement les normes sur l’essence. À voir.

Le nouveau ministre de l’Environnement — l’universitaire Chen Jining, dont la nomination au début du mois de mars a été saluée par les environnementalistes — avait pourtant dit beaucoup de bien de ce documentaire, qu’il avait comparé à The Silent Spring, ajoutant qu’il espérait que ce film encouragerait les gens à faire des efforts pour améliorer la qualité de l’air.

Under the Dome se trouve toujours sur YouTube, mais il reste inaccessible depuis la Chine. C’était sans doute une trop grosse bouchée à avaler pour les dirigeants.

Mais chose certaine, ça brasse très, très fort en ce moment dans ce pays, où les questions d’environnement font la une des quotidiens tous les jours et sont en train de devenir la préoccupation numéro un de 1,4 milliard de personnes.

Pendant qu’Ottawa se met la tête dans le sable, la Chine se réveille.

C’est une excellente nouvelle pour la planète, mais ça risque de faire très mal à l’économie canadienne, voire québécoise, si nos gouvernements ne mettent pas dès aujourd’hui les bouchées doubles pour encourager — par tous les moyens — une économie sobre en carbone.

Le Canada pourrait pourtant devenir un leader de la lutte contre les changements climatiques s’il écoutait les scientifiques comme Catherine Potvin

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Le numéro de L’actualité qui présente le dossier «Le virage vert de la Chine» est présentement en kiosque.

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À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

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Faudra-t-il, nous aussi, attendre de devoir tous porter des masques anti-pollutions dans nos rues pour exiger des mesures fermes de nos dirigeants ?

Actuellement nous préférons nous plaindre du coût plus élevé de l’énergie produite par les éoliennes… Nous préférons qualifier de terroristes les groupes écologistes qui dénoncent les entreprises qui trouvent plus rentable de nier le problème environnementale que d’investir dans le durable.

Ce sont les méthodes de production qui sont la plus grande cause de pollution, pas ce que nous consommons et comment nous le consommons. C’est le gaspillage et le jetable de ce qui est produit et offert qui détruit les ressources et l’environnement … Pas les consommateurs qui n’ont pas tellement d’alternative et qu’on aimerait bien rendre coupable afin qu’ils refusent d’appuyer toutes solutions menaçantes pour leur habitudes.

Cela permettant, bien sûr, de distraire des VÉRITABLES causes une majorité de gens qui vivront des conséquences désastreuses de leur condition de vie et de celle de leurs enfants…. Pendant que nos iront se mettre à l’abri dans leur paradis fiscaux…

Pendant ce temps, nous on encourage le pétrole albertain en offrant notre pipeline pour qu’il passe sur notre territoire. Et nos redevances?

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