La colère de Gaïa ?

C’est seulement lorsque nous laissons de côté les contes de fées et la mythologie primitive que nous pouvons espérer faire progresser la science et la qualité de vie des humains.

Photo : Antoine Bordeleau pour L'actualité

La personnification de la Terre comme une divinité protectrice et bienveillante mais revancharde constitue un des points communs de virtuellement toutes les civilisations de l’Antiquité. D’Athènes à Rome en passant par Tenochtitlán, toutes ont créé de complexes associations entre événements terrestres et êtres suprêmes aux pouvoirs surnaturels, mais aux traits de personnalité bien humains. Une canicule ruine les récoltes et entraîne une famine ? C’est la colère de Déméter. Une tempête inonde un village entier ? Sans doute une saute d’humeur de Poséidon. Une tribu rivale prend un palais d’assaut ? C’est à cause de Mars, de Nergal, d’Arès… bref, choisissez votre dieu de la guerre.

L’origine de tous ces mythes et croyances provient du désir profond de l’humain de comprendre et d’expliquer la nature. Car l’être humain se pose des questions sur le monde depuis plus longtemps qu’il n’est capable d’y trouver des réponses. Après tout, la préhistoire se serait terminée il y a près de 6 000 ans, mais la méthode scientifique, elle, a moins de 400 ans. Quand on ne sait pas comment trouver des réponses, on en invente.

La pandémie de COVID-19 a certainement été une riche source d’inspiration pour les partisans de Gaïa et de la théorie infondée selon laquelle la Terre possède son propre système autorégulateur. Combien de fois avons-nous lu la phrase « La nature guérit, nous sommes le virus », d’abord écrite sérieusement, puis maintes fois parodiée ? Nous apprécions ce concept, rempli de charme et de candeur, que la Terre (ou la Nature) veille sur nous et se révolte lorsque nous abusons d’elle. Toutefois, cette vision simpliste, quoique poétique, de la nature ne peut tout simplement pas être prise au sérieux par la communauté scientifique pour trouver des solutions aux défis que nous devons affronter.

Les glaciers des pôles fondent à une vitesse record, la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère n’a jamais grimpé à de tels niveaux depuis au moins 800 000 ans, selon la NASA, et nous nous désolons en regardant ces images de récifs coralliens anéantis par la montée de l’acidité des océans. Oh, et nous vivons présentement la pire pandémie des 100 dernières années. « Gaïa est en colère et elle aura, d’une façon ou d’une autre, le dernier mot ! » diront certains. Or, c’est seulement lorsque nous laissons de côté les contes de fées et la mythologie primitive que nous pouvons espérer faire progresser la science et la qualité de vie des humains, car, oui, il est bel et bien vrai que ces tristes constats — les glaciers, le CO2, les coraux, la pandémie actuelle — sont liés.

Les épidémies du VIH, du virus Zika et des virus du SRAS, de l’Ebola et de la COVID-19 partagent toutes une origine commune : ces virus ont été transmis aux êtres humains à partir d’animaux sauvages qui habitent des forêts humides et tropicales, dont certaines si denses qu’elles n’avaient probablement jamais été explorées par l’humain avant les dernières décennies. Ces agents pathogènes qui nous infectent sont donc un produit direct de la déforestation intense qui est justifiée par l’augmentation de l’élevage ainsi que de la production d’huile de palme et d’autres produits agricoles. Donc, en plus d’anéantir ces puits de carbone nécessaires pour nous sortir de la crise climatique, la destruction massive de ces forêts humides nous met en contact avec des animaux et des insectes susceptibles de nous transmettre des agents infectieux méconnus.

Il serait facile de simplement blâmer le capitalisme sauvage, mais les gouvernements possèdent de nombreux outils législatifs pour en contrer les effets néfastes : l’universalité de la couverture des soins de santé, l’accessibilité à l’éducation et divers autres filets sociaux sont des freins au capitalisme créés pour protéger la justice sociale et améliorer la qualité de vie de tous. Or, les scientifiques ont déjà établi un lien direct entre la protection de l’environnement et la santé de la population. Il serait grand temps pour les gouvernements de les rejoindre au XXIe siècle.

Lors du sommet du G7 de 2019 en France, les pays membres se sont engagés à trouver des solutions concrètes pour le climat et à « lutter contre les pressions majeures sur la biodiversité », y compris la déforestation. Reste à savoir si cette déclaration commune des pays du G7 aura une suite concrète pour augmenter la pression de quelques crans sur les États récalcitrants, ou si ce n’était que de belles paroles.

Alors que la priorité de 2020 partout autour du globe aura été de soigner les personnes atteintes de la COVID-19 et de prévenir la propagation du coronavirus, peut-être que le reste de la décennie sera axée sur la prévention de nouvelles épidémies, dont la déforestation et le saccage environnemental — et non « la colère de Gaïa » — sont en grande partie responsables.

Répondre au commentaire de Uparathi

Il fut un temps où la terre était percue comme la mère qui nous enfante, nous donne à manger et qui possède ce pouvoir de répondre à nos demandes ou nous punir. Ce que je trouve interessant dans cette idée est qu’elle contient la notion de fragilite; il m’arrive de penser que nous avons oublié notre fragilité, notre passage éphémère sur cette petite boule bleue. La terre que nous habitons est elle-même vulnérable, elle ne nous doit rien, toutes les espèces qui y habitent sont à la merci de son état de santé. Il m’arrive d’imaginer que si l’intelligence humaine représente une valeure supérieure dans l’évolution, elle devrait nous permettre de nous transformer en jardinier de ce monde. Et, si ce n’est pas le cas, et que nous continuons à en abuser comme nous le faisons maintenant, en quoi contribue-t-elle a l’évolution de la vie?

Répondre

Mais, la science n’est pas la panacée non plus. Elle nous a permis de couper les arbres plus vite, de creuser plus creux, de forer plus loin. Elle a créé le plastique, et les herbicides, etc. Comme il est écrit dans un dialogue de la saga de Dune, il ne faudrait pas faire un mythe de la science. Ni la science, ni la religion, ni quoi que ce soit ne pourra nous sauver de nous-mêmes. On ne peut amputer la psyché humaine de sa capacité de raisonner, des mythes qu’elle s’invente. Il m’apparaît qu’il importe d’intégrer tout ça plutôt que de les opposer en croyant que ça fera de nous une espèce plus apte à survivre à elle-meme.

Répondre

Tout à fait d’accord avec votre commentaire. D’ailleurs l’hypthèse GaÏa tel qu’énoncée par Lovelock et Margulis en 1970 était tout à fait scientifique. Rien à voir avec une déesse revancharde. En tant qu’humain nous avons cru que nous étions au dessus de la nature alors que nous en faisons parti intégrante comme toutes les formes de vie sur cette planète. C’est à cause de cette prétention que nous courons à notre perte.

J’établis une distinction entre le mythe, la lecture que nous en faisons, la compréhension et l’interprétation. Le narcissisme attribué aux uns ou aux autres en est un exemple assez proéminent dans lequel se côtoient la forme mythologique initiale, la définition des sciences de l’esprit pour décrire une forme de psychose et le recyclage populaire de l’un et de l’autre. Bref un « joyeux » chaos !

La relation qui existe entre l’homme et la religion est assez semblable à celle du mythe. Ce qui est compris de quelques textes considérés comme sacrés et ce que contiennent réellement les livres sacrés constitue un abîme qui permet pratiquement l’émergence de toutes les formes de conflits et l’affirmation de tous les menteurs.

Pourtant les œuvres de René Descartes établissent honnêtement et méthodologiquement l’existence de ce que certaines personnes appellent Dieu. Les philosophes déjà tournés vers les sciences physiques, biologiques et mathématiques contemporains d’Aristote et de Platon établissent une corrélation entre le monde des idées, la connaissance et une forme supérieure qui n’est pas purement d’essence humaine.

Il existe bel et bien une dialectique entre le monde visible dans lequel nous vivons et un ensemble de forces que nous ne voyons pas, lesquelles cependant ne nous ignorent pas forcément. Qu’est-ce qui est à l’origine du développement d’une pensée scientifique ? Et surtout qu’est-ce qui en résulte ?

Déjà Gaston Bachelard, voici près de 80 ans décrivait dans « La formation de l’esprit scientifique », ce concept de l’obstacle épistémologique qui met dans l’erreur l’esprit scientifique dans sa quête de connaissance, peu importe qu’il y ait une méthodologie. De nombreuses études scientifiques biaisées sont publiées en fonction du résultat recherché et non au regard des faits.

Nous ne pouvons pas faire progresser la science si nous ne pouvons pas faire progresser l’ensemble de l’humanité. La science elle-même devient matière à toutes formes d’interprétations, sert de faire valoir à ceux qui la professent, se substitue à toutes formes de mythes et de religions.

Il me semble de mémoire que c’est Homère qui dit entre autre que les dieux rendent fous les hommes qu’ils veulent détruire. Rien n’indique que Gaïa soit l’amie de tous les humains. À tout le moins nous met-elle en garde si nous cessons d’obéir à ses lois.

Répondre

Oui mais qu’est-ce qu’on fait demain matin?
Le problème est la pollution créé par l’homme qui exacerbe les GES qui nous a entraîné dans ce trou toxique.
Quand on est sérieux à propos de trouver une solution, on commence par régler le problème par le bon bout. Nous savons d’où vient la plus grande partie de cette pollution et nous avons les solutions aujourd’hui.

Le gros morceau du problème est situé dans l’énergie et la mobilité sales du fossile.

Il faut cesser de se faire enfumer avec l’idée de rendre plus efficace ces deux saloperies (des contre-sens comme la capture du CO2 ou le diésel propre c’est vraiment de prendre les gens pour des imbéciles).
On améliore pas le sort des victimes en tuant avec 10 coups de couteau au lieu de 15.

L’amélioration de l’efficacité d’un système problématique comme le fossile ne mène qu’à l’effet de rebond et amplifie le problème (paradoxe de Jevons)

L’objectif est le ZÉRO-ÉMISSION dans 3 domaines.
Cet objectif a été atteint avec la mobilité électrique (VE),
Cet objectif a été atteint avec les énergies renouvelables (ENR) mer vent soleil et les réseaux électriques peuvent être alimentés par les ENR maintenant et ça coûte moins cher.
Si un fournisseur d’électricité donne de l’énergie sale, c’est là où est le problème à régler et non pas les utilisateurs. 
Attention aux colporteurs de propagande du fossile qui mettent sur le dos des VE le problème des fournisseurs d’énergie sale. Le VE est un utilisateur comme vous et moi, ce que nous avons besoin est de l’énergie électrique pas de la pollution.
Cet objectif n’a pas été atteint dans le domaine de l’extraction des minéraux et les mines canadiennes sont parmi les pires au monde dans le respect des normes de santé et d’environnement. 
Attention aux colporteurs de propagande du fossile qui mettent sur le dos des VE let des ENR le problème d’extracteurs d’énergie et de minéraux sales.
S’il y a un problème avec l’extraction c’est sur les épaules des mines que repose la responsabilité d’améliorer leur pratiques pcq les VE, les ENR, vous et moi, les hôpitaux qui sauvent des vies ont tous besoins de minéraux.
Il ne faut pas se laisser enfumer par ces menteurs professionnels qui blâment les utilisateurs quand le problème vient des fournisseurs.

Qu’y a t-il de si bon dans le fossile quand elle ne peut rien faire sans les subventions grotesques de nos taxes.
Le fossile est une industrie qui fausse les principes de bases de la libre entreprise et de la démocratie.
SI les ENR étaient subventionnées autant que le fossile ça ferait longtemps que nous serions sortie des griffes du pétrole.
Demain matin cessons de subventionner les pollueurs qui enfoncent nos taxes dans ce trou toxique.
Gaïa se fout bien de nous, elle peut vivre sans humanité pour quelques millions d’années, comme les autres planètes qui n’ont pas l’air de souffrir sans nous.

Un déversement d’énergie solaire, ça s’appel une belle journée et c’est plein de vitamine D.

Répondre

Vous avez raison mais on voit bien le caractère « impérialiste » de certains scientifiques! D’abord, vous écrivez « mais la méthode scientifique, elle, a moins de 400 ans »… Oh boy! C’est la méthode européenne car il est notoire que plusieurs civilisations anciennes connaissaient des méthodes scientifiques qui donnaient des résultats étonnants. Par exemple, les Mayas étaient de fieffés astronomes et avaient un calendrier basé sur la planète Vénus « scientifiquement » exact. On peut probablement en dire autant des avancées scientifiques des Chinois, des Égyptiens et autres grandes civilisations. Alors si la méthode scientifique européenne a 400 ans, la méthode scientifique tout court est bien plus ancienne.

Deuxio, vous dites à peu près la même chose que ceux qui pensent que Gaïa ou la Terre-mère nous protège et pourrait nous punir pour nos actes inconsidérés qui tendent à la détruire. Vous le dites de la manière scientifique, ils le disent selon une image plus folklorique mais qui arrive au même résultat. Comme quoi il arrive que la science soit quand même proche du mythe. Je ne parle pas ici des divinités anciennes mais des croyances dans le fait que nous sommes issus de la planète Terre et que c’est celle-ci qui nous régit. Quel que soit le destin de la Terre-mère, notre espèce dépend d’elle et tout ce que l’on fait pour la détruire aura un impact sur notre avenir en tant qu’espèce.

Ce qui est triste toutefois, c’est que nous savons que nous détruisons notre planète et comme on ne fait rien pour y remédier nous sommes conscients que les prochaines générations en paieront le prix alors que le reste des espèces sont victimes de notre égoïsme et de notre cupidité sans pouvoir rien faire pour se sauver.

Répondre

Les scientifiques sont des être humains et ne sont pas aussi impartial et objectifs qu’on voudrait nous le faire croire. La science a aussi ses dogmes et ceux qui osent les transgresser risquent de voir leur carrière sérieusement compromise.

Répondre