La congestion des urgences ne date pas d’hier

Depuis près de 50 ans, la situation ressemble à un disque rayé. Les gens sont frustrés de la congestion dans les urgences québécoises, bien que leur fonctionnement se soit tout de même beaucoup amélioré. Petit cours d’histoire signé Alain Vadeboncœur.

Photo : iStockPhoto

191 % ! 236 % ! Et même 260 % ! Ce sont les taux d’occupation de certaines urgences ce matin. Le pourcentage représente le nombre de patients couchés sur le nombre de civières « permises ».  Bref, ça déborde (bien que certaines urgences soient parfois « trop petites ») de patients en attente d’un lit, parce qu’il manque de places dans l’hôpital pour recevoir des patients très malades.

Mais ce n’est pas nouveau, me direz-vous. Comme souvent, le mois de décembre a été rudement vécu dans les urgences, alors que plusieurs sont très congestionnées en raison de la montée de la grippe, et l’année commence en lion.

En fait, ce qui est le plus surprenant, c’est que chaque fois, tous les débuts de janvier, on paraît surpris. Pourtant, ce n’est pas d’hier que les urgences québécoises sont encombrées. On devrait plutôt être surpris de la persistance du problème, qui fait partie de notre petite histoire depuis… 60 ans !

Dès les années 1960

En effet, à la suite de la mise en place de l’assurance hospitalisation, en 1961, on constate déjà une affluence accrue dans les urgences. Ce qui n’est pas non plus surprenant : les examens de laboratoire et l’imagerie médicale sont alors couverts par l’assurance maladie dans les hôpitaux — mais les frais des médecins ne le sont pas encore. De sorte que les patients se présentent notamment à l’urgence pour passer des tests ou sont dirigés par leur médecin de famille à cette fin.

Après l’avènement de l’assurance maladie, en janvier 1971, il n’y a plus de frais pour les médecins non plus. Et ça va de mal en pis dans les urgences. Pour qui aimerait regarder un document visuel éloquent de l’époque, je suggère le film fort intéressant À votre santé, du cinéaste Georges Dufaux, qui montre les difficultés de la situation de l’urgence de l’hôpital du Sacré-Cœur au début des années 1970.

Image tirée du film À votre santé (Photo : site de l’ONF)

À l’autre bout de l’île de Montréal, l’urgence de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont fait d’ailleurs les manchettes. En 1971, comme on peut le lire dans l’excellent livre Histoire de la médecine au Québec 1800-2000, la situation y est jugée « dramatique ». Pour tenter de juguler le problème, on organise des campagnes « d’informations et de publicités afin de renseigner le public et de l’orienter vers une utilisation rationnelle et circonstancielle des services d’urgence ». Ce n’est donc pas d’hier qu’on lit des appels dans les médias, lancés pour essayer de rationaliser l’utilisation de l’urgence et orienter les patients vers la première ligne.

Autre exemple, l’hôpital du Sacré-Cœur de Hull connaît aussi une crise en décembre 1972. L’urgence « est à ce point bondée que les ambulanciers, faute de lits disponibles, sont contraints d’asseoir les patients dans des fauteuils roulants alors qu’ils devraient être étendus ». En 1973, on observe d’ailleurs de tels débordements des urgences partout au Québec.

Le problème de délais d’accès aux civières des urgences congestionnées est encore présent dans beaucoup d’urgences, ce qui pose des dangers certains, puisque des patients malades qui devraient être surveillés n’y ont pas accès.

Les solutions ne sont pas nouvelles !

En 1974, un comité est mis sur pied par le ministère des Affaires sociales du Québec afin d’étudier le « système de services d’urgence ». On y souligne notamment que « le rassemblement dans un même lieu des cas d’urgence réels, des cas d’urgence mineurs, des cas de consultations externes et des cas de “follow-up” engendre un engorgement et un mode de fonctionnement inefficace et peu rationnel des services d’urgence et des établissements. Cet état de fait provoque chez tout type d’usager un sentiment légitime de frustration, doublé d’un diagnostic sévère à l’égard du mode de dispense des soins. »

On dirait un disque rayé : les gens sont frustrés avec raison depuis longtemps de la situation dans les urgences. Ce qui est plus surprenant, c’est que 44 ans plus tard, on en soit à des constats similaires, bien que le fonctionnement des urgences se soit tout de même beaucoup amélioré !

Le problème, c’est que parallèlement, la population s’est accrue, qu’elle a vieilli, et qu’elle est surtout de plus en plus touchée par des maladies chroniques, pour lesquelles la première ligne est encore plus ou moins efficace. Il est donc probable que malgré des améliorations dans le fonctionnement de la première ligne, des urgences et des hôpitaux, on observe une stagnation des résultats (qui auraient été bien pires si rien n’avait été fait).

Une série d’actions

C’est en 1986 qu’est institué le premier plan majeur de décongestion des urgences, mis en place par la ministre Thérèse Lavoie-Roux. À partir de 1986, le Ministère consacre ainsi plus de 476 millions de dollars en quelques années pour la mise en œuvre d’un premier vaste « plan de désengorgement des urgences », très bien reçu et sur lequel on fonde beaucoup d’espoirs. Le Ministère conclut, en avril 1988, que « la plupart des mesures étaient implantées, et ce, en conformité avec le plan initial ».

Article de La Presse du 21 mars 1986 à propos du plan Lavoie-Roux (Source : www.banq.qc.ca)

Mais, ô surprise, le ministre Marc-Yvan Côté constate, en 1990, la persistance du problème et annonce à son tour un train de mesures, comprenant la création du Groupe tactique d’intervention (GTI), constitué d’experts du domaine et présidé par un urgentologue, le Dr Michel Tétrault.

Ce GTI a notamment pour mandat « de se rendre dans tous les services d’urgence présentant des problèmes d’engorgement, de mettre en lumière les problèmes d’organisation, de fonctionnement des urgences, d’étudier les politiques et procédures d’admission et de gestion des lits hospitaliers ».

Le GTI connaît un certain succès. Perçu comme une « police des urgences », il contraindra les hôpitaux à améliorer le fonctionnement de leurs urgences et à mettre en place un certain nombre de mesures, comme les coordonnateurs de soins, pour améliorer la situation. Mais il engendrera aussi son lot de résistances, en raison de son approche directive et du contexte des compressions, qui rendent difficile la résolution de problèmes complexes.

Un des grands intérêts des travaux du groupe tactique est également d’analyser, de formuler et de proposer une série d’améliorations basées sur les faits et les données pour améliorer les choses dans plusieurs milieux. Son intéressant bilan est déposé à la fin des années 1990.

Bilan du Groupe tactique d’intervention du MSSS.

Les années 2000

Après le virage ambulatoire du ministre Jean Rochon, qui concerne moins les urgences, c’est au tour de la ministre Pauline Marois de mettre en place, en octobre 1999, le premier Forum des urgences, qui regroupe plus d’une trentaine d’organisations et qui vise à relancer l’action.

On y élabore un plan d’action comprenant une mission des urgences, un triage universel, la création d’un comité d’experts chargé d’accompagner les établissements et la rédaction d’un guide de gestion des urgences, où seront regroupées les connaissances de gestion des urgences.

Plan d’action issu du Forum sur la situation dans les urgences d’octobre 1999. MSSS.

Mais dans les années 2000, l’affluence continue d’augmenter dans les urgences, de même que le vieillissement des patients qui consultent, et en conséquence, la durée des séjours sur civière, à ne pas confondre avec l’attente pour voir un médecin.

Le gouvernement libéral première mouture, avec les ministres Philippe Couillard puis Yves Bolduc, s’attaque lui aussi au problème, investissant par exemple régulièrement des sommes en hiver pour augmenter la capacité d’hospitalisation, en travaillant au regroupement des établissements et en concevant des outils d’analyse plus précis.

Il faudra attendre le ministre Gaétan Barrette pour voir un nouveau mouvement d’amélioration ces dernières années. Renouant avec une approche directive et un suivi, disons, très personnalisé de chaque hôpital, le ministre fait pression sur les établissements pour diminuer la durée des séjours sur civière, ainsi que sur les médecins, pour améliorer les temps de réponse aux consultations à l’urgence.

Conséquence, les durées de séjour finissent par s’améliorer, notamment par un partage salutaire de la pression du débordement dans tout l’hôpital, surtout en 2017. Cependant, la pression (du ministre) ayant été retirée à partir de 2018, quand le ministre s’est vu retirer le pouvoir d’application de ses lois 120 et 130, les chiffres de durée de séjour ont recommencé à monter légèrement.

Des leçons à en tirer ?

Quand on regarde avec cette perspective historique le phénomène de la congestion des urgences, on constate d’abord la persistance du problème. Au fil des ans, certaines réflexions ont permis de mieux baliser le problème et les solutions à apporter, qui ne sont toutefois pas toujours évidentes à mettre en pratique, surtout dans les périodes où il y a parallèlement des compressions qui empêchent d’investir.

On a parfois mis l’accent sur l’aval (les capacités d’hospitalisation, les ressources externes, les soins prolongés, les soins à domicile), parfois sur l’amont (la coordination de la première ligne, l’accès aux médecins de famille, etc.), et parfois dans les urgences elles-mêmes (accès aux consultants, aux tests diagnostiques, fonctionnement des urgences, etc.), selon les ministres des diverses époques.

Au moins à deux reprises dans l’histoire, soit au moment des interventions des années 1990 du GTI et de celles du ministre Gaétan Barrette, on a agi de manière très directive avec les hôpitaux pour qu’ils donnent la priorité à l’amélioration de la situation à l’urgence.

Dans ces deux cas, on a pu constater certains résultats, transitoires, mais aussi des effets secondaires liés à ces méthodes de gestion. On peut parier que donner des outils aux gestionnaires, bien financer le réseau, s’inspirer des meilleurs modèles est tout aussi important que de mettre de la pression sur le système, bien qu’il semble difficile de jouer plutôt de ce côté.

Force est de constater que la congestion des urgences perdure, ce qui n’est pas surprenant, étant elle-même le résultat des problèmes de l’ensemble du système, notamment les difficultés d’accès et d’intégration de la première ligne et le manque de lits d’hospitalisation, problèmes que j’ai abordés dans un billet récent.

Comme régler le problème des urgences requiert d’agir sur le système en entier, il est assez probable que lorsque je prendrai ma retraite de la médecine d’urgence, le problème ne sera toujours pas résolu.

En attendant, la ministre Danielle McCann doit faire comme chaque année : investir maintenant pour ouvrir des lits d’hôpitaux supplémentaires et dégager certaines capacités d’accueil dans les ressources de rechange à l’hospitalisation.

À long terme, il reste à travailler fort pour tenter d’améliorer les choses, et surtout, à continuer de faire de notre mieux pour bien soigner dans un environnement où la congestion fait partie des meubles.

Bon courage ! Tant aux patients qu’au personnel et aux médecins, d’ailleurs !

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33 commentaires
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Il y a surtout un refus catégorique de la population à comprendre le rôle des urgences, à savoir pour des soins d’urgence !!!! Beaucoup de personnes viennent pour des urgences non urgentes, là où un médecin dans une clinique sans rendez-vous prodiguerait un soin approprié. Donc, commençons par utiliser notre bon sens s’il vous plait et aller à l’hôpital lorsque vraiment nécessaire ! Mais on le sait, changer une habitude n’est pas facile.

Votre solution est désormais impossible dans plusieurs endroits. Le ministre Barrette a forcé la note pour que plus de Québécois aient un médecin de famille. Résultat: il est à peu près impossible de voir un médecin sans rendez-vous, les médecins ayant réduit, voire arrêté d’en faire gduz sans rendez-vous). Les 3 cliniques où j’allais ont un numéro où il faut prendre rendez-vous pour voir un médecin sans rendez-vous (sic!) mais il est virtuellement impossible d’y arriver. je suis doublement pénalisé: je n’ai pas encore de médecin de famille et ne peux consulter sans rendez-vous. La Santé est une grosse machine et tout changement peut avoir des effets pervers parfois difficiles à prévoir.

C’est une partie de la question (qui concerne l’attente), mais quand on parle de congestion, on parle de patients malades sur civière, en attente d’un lit d’hospitalisation. L’accès à la première ligne (sauf pour prévention/vaccination) ne peut pas régler cette partie du problème. Merci pour le commentaire.

Je trouve l’analyse intéressante et éclairante. Je demeure convaincu cependant que le problème restera récurant tant que les citoyens ne seront pas conscients qu’ils contribuent eux mêmes en grande partie à l’engorgement des urgences des hôpitaux en s’y rendant sans en avoir vraiment besoin. Quant on souligne le % d’engorgement des hôpitaux, j’aimerais bien que les journalistes indiquent aussi le % des citoyens qui encombrent ces urgences inutilement.

Je suis médecin. Ma fille est en visite chez moi avec son bébé. Elle me réveille la nuit: le bébé a fait une convulsion fébrile. Son inquiétude est tel qu’elle m’oblige à aller à l’urgence. Même si je sais que ce n’est pas nécessaire.
Quand l’état a prit la responsabilité de prodiguer les soins d’urgence, ça incluait les cas ou l’anxiété semble
le motif de l’urgence.
Je ne crois pas que les personnes qui vont à l’urgence « pour rien» sont responsables de l’encombrement.
C’est inconfortable et rare.

Entièrement d’ avec vous! Dans les médias c’est classement comme au hockey alors que tout le monde trouve cela exagéré et non crédible! Les vrais urgences n’attendent pas! Un «engorgeur » qui parlait l’autre jour à la télé; ça faisait 13 heures qu’il attendait. Pensez-vous sincèrement que c’était une urgence?????

C’est une partie de la question (qui concerne l’attente), mais quand on parle de congestion, on parle de patients malades sur civière, en attente d’un lit d’hospitalisation. L’accès à la première ligne (sauf pour prévention/vaccination) ne peut pas régler cette partie du problème. Merci pour le commentaire.

Et si quelqu’un quelque part dans le système faisait en sorte de SORTIR tous ceux et celles qui n’ont absolument pas d’affaire à l’urgence. Le nom le dit URGENCE tabarouette, si tu peux perdre ton temps assis sur une chaise ou bien installer dans un passage sur une civière il y a de bonne chance que tu aurais pu aller ailleurs pour faire soigné ton bobo. Il n’y a pas si longtemps on avait des centres de proximités comme les CLSC et plusieurs ouvert 7/24 pour desservir cette clientèle qui ne requiert pas une urgence d’hôpital. Imaginer le bordel avec la centralisation des docteurs Couillard et Barrette toute une tâche devant la nouvelle ministre et ses collègues.

Voir mes réponses plus haut. Par contre, déplacer des patients hospitalisés en attente de ressources intermédiaires est important pour régler la congestion. Mais ça prend des ressources ou du maintien à domicile solide. Merci du commentaire.

La triste vérité est que, tous gouvernements confondus, les soins de santé, au sens large, sont rationnes.
On a fermé des hôpitaux, mis des médecins et infirmières à la retraite et réduit les admissions dans les facultés de médecine entre autres très bonnes idées de nos différents gouvernements.
Ensuite on s’étonne de manquer de lits, de médecins, d’infirmières etc…

Certainement. Les systèmes comme le nôtre, basés sur l’État, limitent les hôpitaux (et leur personnel) et les médecins pour contrôler les coûts… qui sont déjà élevés.

Je ne souhaite pas sous-estimer ce problème, mais avec un budget annuel de 42B$, il m’apparait difficile d’imaginer qu’il n’y pas de solution relativement possible à mettre en place sur une période raisonnable. Je ne veux pas revenir sur l’exemple Amazon, mais en grande partie on parle d’un problème de logistique. Lors de la période des Fêtes, on entendait une surcharge des urgences pour cause des grippes … comme si la meilleure place d’intervention pour une grippe soit à l’urgence … évidemment si les bureaux de médecins et les cliniques ne sont pas disponibles … pour cause de gestion des congés … La technologie doit être mise à contribution … et ça presse …. la technologie des fax c’est dépassé …et depuis longtemps !!! Aussi, j’espère que la Ministre réussira le décloisonnement des responsabilités des médecins vers d’autres expertises, voir infirmières, pharmaciens, … En 2019, à l’ère de l’intelligence artificielle, on devrait pouvoir y arriver …. avec un peu d’ouverture dans la grosse machine … Souhaitons-le ! Merci Dr de vos excellents articles.

Encore, on ne parle que d’une partie de la question. Mais ça ne règle pas le problème des patients malades hospitalisés en attente d’un lit, qui est au coeur de la congestion de l’urgence, surtout en hiver.

Je suis inf. depuis 34 ans. J’ai pratiqué en urgence 27 ans. Jamais, nous avons ressenti une amélioration concernant la congestion de l’urgence. On a augmenté le nombre de md. de garde par quart de service, le personnel en place se devait de faire du taux supplémentaire obligatoire faute de personnel infirmier, et ouvrir une unité « tampon » pour décongestionner l’urgence, demande du personnel en surplus, ce qui n’est pas évident à trouver… Autre chose, la population est vieillissante certes, mais maintenant, les mamans au travail qui doivent confier leur petits aux CPE « doivent les faire soigner au plus vite » car les CPE ne peuvent prendre la garde d’un enfant malade pour une fièvre ou un rhume, faute de contamination de virus vs que l’enfant évidemment devrait se trouver chez lui sous les soins de sa mère ou de son père. Seulement, maman ou papa, ne peut manquer le boulot pour soigner bb ou enfant… C’est comme si un enfant, ne peut être malade… le service de garde ne peut le recevoir, et maman ou papa, ne peuvent manquer un jour ou deux de travail… Donc, on va à l’urgence vite vite, dès que symptômes apparaissent. On a des GMF qui acceptent des patients mais nous devons appeler dans des délais proposés par les cliniques. On peut passer bcp de temps à avoir la ligne téléphonique, sans pour autant obtenir un R-V pour le lendemain… Donc, l’urgence demeure l’unique solution à défaut d’avoir un R-V au sans R-V. Parlons des civières occupées. Des examens à n’en plus finir. On ne soigne plus cliniquement, mais avec plusieurs examens dont l’attente des résultats se font attendre… Labo et radiologie débordent eux aussi! Bref! Une roue sans fin! Et les civières s’occupent graduellement… Je ne pense pas que l’on soit plus malade qu’avant. Je pense que l’urgence vient de l’urgence de notre société où il n’y plus de place à la maladie, où dès les premières apparitions de symptômes bénins, on doit vite être rétabli. Solution: le docteur! On a un 24 hres de début de rhume, on consulte parce qu’on ne peut se permettre d’attendre de prendre le temps de se prendre en mains ou de manquer le travail. Les employeurs demandent des billets médicaux pour les absences du travail… Les CHSLD, ne soignent plus, on envoie les gens aux urgences. Malheureusement, je crois que le problème découle d’un problème de société. On a maintenant la chirurgie d’un jour qui a fait baisser un temps d’attente important pour être opéré. Mais que dire des chirurgies dont les pts se retrouvent aux urgences parce qu’une sonde est bloquée, un pansement qui coulent, un pt non soulagé par ses calmants? Reconsultations, qui finissent en observation ad le lendemain, et augmentent le taux d’occupations de civières. Vous me direz que ces pts auront l’opportunité d’une inf. de garde pour les SAD post-op… En pratique, difficile d’obtenir de l’aide… Bref, le débat pourrait continuer longuement. L’urgence, demeure la seule possibilité d’obtenir réponse pour celui ou celle qui se sent dépourvu, ou entre deux chaise vs travail/famille, douleurs, questionnements, et soins. La médecine a énormément évoluée a/n des traitements. Mais les soins, pour répondre aux contraintes familiales, gériatriques et combiner le travail avec la disponibilité familiale, il manque une marche pour « courir tous à la même vitesse »… Je suis à l’aube de ma retraite, et je demeure encore dépassée par la demande de soins, même si je vois qu’on a fait de chemin pour améliorer l’accès aux soins. C’est une histoire sans fin… Ce n’est pas que le système de santé n’a pas fait preuve d’effort pour augmenter l’accès aux soins. Mais, le travail, les employeurs ont une emprise sur leurs sujets de sortes, que peu de ressources familiales sont permissives. Il va s’en dire également que de voir son md. de famille, est chose presque rarissime dans la semaine où on en aurait recours… Donc, on se retourne vers les urgences. Ceci étant dit, je ne parle nullement des cas où l’urgence d’être soigné, ex: trauma, neurologie, cardiopathie, et j’en passe. Je parle ici de cas où peut être il y aurait lieu de consulter ailleurs que dans une urgence… avoir accès facilement, c’est difficile à l’ère où l’on vit à cent à l’heure…. Je doute de la résolution du problème. Je crois plutôt qu’il ne fait qu’augmenter… Et ce n’est pas demain la veille où nous verrons les salles d’urgences occupées que d’urgences réelles en stat!

Étrangement, c’est toujours le citoyen qui est blâmé, et encore plus s’il est malade… Mais pourquoi est-il malade celui-là. On serait si bien dans nos hôpitaux sans ces mautadines de malades.

Dites, M. Vadeboncoeur, pourquoi en France une attente de 2 heures aux urgences cela fait un psychodrame national, passe à la Une des journaux, les chaînes de nouvelles/actualités/télévisons se déchaînent, et que généralement les ministres responsables démissionnent… Le même scénario se produit dans les pays « scandinaves », en Allemagne… et même à Tawaïn.

Ici, c’est simple… c’est la faute aux citoyens malades.

Pour y avoir accompagné ma mère âgée dans les dernières semaines, ce qui me frappe et que je ne m’explique guère, c’est pourquoi les établissements ont fait le choix d’ajouter des civières dans les corridors, des lieux complètement innappropriés, oū il n’y a plus aucune intimité et dignité. Il s’agit d’un fonctionnement accepté par le Ministère depuis toujours j’imagine et qui est assez révoltant. Pourquoi ne pas avoir cherché d’autres solutions pour l’ajout de civières ? Pourquoi ne pas avoir investi dans l’aménagement de salles temporaires par exemple ?

Les CLSC ouverts 24h proposés par Québec solidaire me semble une bonne façon de solutionner au moins une partie du problème.

Il est vrai que beaucoup de personnes se rendent à l’urgence pour des malaises qui pourraient être traiter ailleurs. Par exemple pourquoi ne pas donner aux pharmaciens le droit de prescrire certains médicaments pour soulager la fièvre, les maux de gorge et le rhume, ce qui encombre les urgences ce temps-ci.
Un cas nous a été présenté hier, un monsieur qui a attendu 30hrs. à l’urgence pour un mal de gorge et qui est retourné chez lui sans avoir vu de médecin. En avait-il vraiment besoin???

Ces médicaments se trouvent déjà sur les tablettes et ne nécessitent même pas de prescription. Certains sont inutiles (DM, la plupart des sirops contre la « toux ») mais ils sont disponibles pour ceux qui en veulent absolument.

Je lisais ce matin que dans 2 hôpitaux de ma région la situation est catastrophique voire dramatique, hôpitaux de Granby et Cowansville. Une patiente entre autres avec un enfant fiévreux y est depuis 24 heures. Pourquoi s’y rendre? Un enfant fiévreux serait mieux dans son lit avec Tylenol tout en gardant un lien avec la ligne santé si l’enfant ne présente pas de maladies respiratoires reconnues. J’ai eu le privilège d’avoir un pédiatre au petit soin avec mes deux garçons qui me disait que si la fièvre perdure après 3 jours de le contacter. Si on fait le bilan des usagers de l’urgence, je crois que pour des cas mineurs ne nécessitant pas de soins particuliers, la circulation y serait fluide et les cas plus exigeants seraient pris en compte plus rapidement. Je crois qu’on est là recherche de la pilule 24 heures. La vie quotidienne est exigeante où la performance règne. Ex: un enfant fiévreux ou un rhume, on recommande de le garder à la maison pour éviter de propager à la garderie ou l’école, ça bouleverse l’horaire des deux parents qui travaillent et dans certains cas, des employeurs non compréhensifs sur l’absence du parent au travail. En conclusion, la société ne nous permet pas de prendre le temps de se soigner, ce n’est pas à l’urgence que ça se trouve.

À Saint-Jérôme le problème est chronique, la population a explosée, l’hôpital a besoin d’un agrandissement de 400 millions, on en accordé 200, un projet qui prendra 5 ans, en attendant vite une super clinique pour dégager l’urgence et répondre aux besoins de la population. Actuellement les malades doivent consulter au privé, se rendre à Montréal et même à Hawkesbury pour obtenir des services. Je m’y suis rendu en août dernier, 50% des autos dans le stationnement de l’hôpital étaient immatriculées au Québec.

Il y a quand même un fort pourcentage de gens qui s’y présentent avec raison, il y aura toujours des débordements, toujours une attente très logue pour voir le médecin, dans mon coin du Lac, pourquoi il y a t’il toujours qu’un seul médecin…là est la question..quand ça déborde, ne pouvez vous pas faire appel à un deuxième médecin..Allez au GMF, si le bon docteur prescrit des examens de labo, radio, allons à l’hôpital et attendons encore pour avoir les résultats etc etc..ça finit plus.

On peut donner plus de responsabilités aux infirmières, comme prescrire un Rayon X lorsqu’une fracture est évidente, et bien d’autres examens semblables. De plus un tri plus efficace est nécessaire.

On sait qu’il y a un lien entre des urgences vides et les finales de Coupe Stanley ou de la Voix le dimanche soir. Est-ce que le lien inverse existe entre les urgences qui débordent pendant les Fêtes et l’ensemble des travailleurs en vacances pendant ces Fêtes?

Dans ce dossier, on parle beaucoup de traffic de patients, de tri, de disponibilité de lits, de coupures, etc… mais on ne mentionne jamais (ou presque) le contingentement permanent de la profession médicale, la pénurie de médecins (de famille, entre autre), à l’évidence pour créer de la rareté, donc des conditions de travail et de traitement exceptionnel (principe économique primaire: plus l’offre est restreinte, plus la demande accroît, et plus haut le salaire). Avec le passage de Barrette à La Santé, ce principe a été royalement gavé – et de main de maître – durant ses mandats. J’ai eu à démarcher récemment pour trouver un médecin de famille. De bons amis emphatiques à ma condition débilitante (19 ans d’invalidité / SFC / fibromyalgie) m’ont recommandé auprès du leur médecin qui m’a « accepté »… à contre-coeur. Lors de notre première rencontre, il ma bougonné, marmonné, et bien fait sentir qu’il ne prenait pas de nouveaux patients, mais vu que j’étais là… Bref, sois reconnaissant et écrase devant un acte médical aussi généreux. Si ce zélé de la profession se permettait de m’insulter, et me traiter ainsi, c’est tout simplement parce qu’il le POUVAIT. Il va s’en dire que cette attitude n’est pas la norme dans le réseau de la Santé, et que j’ai eu de nombreuses occasions d’en apprécier le personnel, les soins… et malheureusement aussi la bêtise de ce genre: cette attitude – et les médecins concernés – existent BEL ET BIEN. Il est certain que la pénurie programmée des médecins contribue à ce portrait des lieux que vous venez de brosser, docteur…

La situation dans les urgences est pire que celle des hostelleries au Moyen-âge. L’été passé, je me suis rendu à l’urgence et au bout d’un certain à passer d’un docteur à l’autre, j’ai vu une médecin spécialiste qui est entrée dans la pièce ou j’étais, accompagnée d’un stagiaire, cette femme m’a déclarée qu’il me restait 2 ans à vivre et est ressortie de la pièce, le tout en 5 minutes.

L’histoire c’est qu’elle ne s’est jamais souciée de me référer à quelqu’un et que je n’avais ni médecin de famille, ni spécialiste qui me suivait et j’étais rendu en fin de parcours dans cette urgence, plus personne n’est venu me voir. Je suis donc ressorti de l’urgence de (St -F d’Assisses), incrédule et je suis rentré chez moi.

Au Moyen-âge ou en Inde, j’aurais eu la chance de possiblement rencontrer quelqu’un, voire un religieux ou une religieuse, pour compatir un peu avec mon malheur du moins..

il faudrait former des super pharmaciens capable de détecter des gastros et des grippes sans passer par les urgences.

Une partie de la solution = ticket modérateur.

Comme dans tout système « gratiss », les gens se gavent à outrance. Chargez leur un « cover charge » et vous verrez le nombre de profiteurs diminuer de beacoup.

En Outaouais, j’ai constaté une nette amélioration de l’accès aux services de santé grâce aux initiatives de Gaëtan Barette. J’espère qu’elles seront poursuivies par le gouvernement actuel.

Et si la solution était la prévention? L’activité physique et une meilleure alimentation ne sont pas des panacées, mais en favorisant la santé et non le traitement, nous aurions peut-être une meilleure piste de solution.

Dr Vadeboncoeur, vous semblez dire par certains de vos réponses, que la stratégie de la Ministre d’ajouter des heures « cliniques d’hiver » n’adressera pas la problématique du débordement des urgences ? Notre capacité d’hôpitaux ne serait alors pas suffisant ? Si on compare avec ailleurs, ça ne semble pas ressortir ainsi.