La crise sanitaire en dictons

« L’avenir n’est plus ce qu’il était », disait le célèbre baseballeur Yogi Berra. En ces temps incertains, on ne manque pas de dictons pour rigoler… ou se réconforter.

Photo : La Presse canadienne

C’est une vieille habitude : quand ça va mal, je me construis toujours un petit arsenal de dictons, de proverbes, d’aphorismes et de pensées, que je me sers à la cuillère comme un sirop de sagesse populaire.

Cela me vient spontanément. Dès la première conférence de presse de François Legault, j’ai tout de suite pensé à Winston Churchill, grand spécialiste des crises, qui n’avait à promettre aux Britanniques que « du sang, du labeur, de la sueur et des larmes ». Horacio Arruda y verrait sans doute une surdose de « produits biologiques » — autre citation mémorable qui a de bonnes chances d’être incluse dans le Bye Bye 2020, si nous réussissons à nous en sortir.

Il faut dire que les crises suscitent toutes sortes d’aphorismes, comme cette pensée « posthume » de Marie-Antoinette : « En temps de crise, il ne faut jamais perdre la tête. » Mais cachez ces faussetés que je ne saurais voir ! Le grand Chateaubriand, lui, a bien écrit : « Les moments de crise produisent un redoublement de vie chez les hommes. »

La crise comme occasion est un thème récurrent, qui a inspiré beaucoup de beaux esprits. Desmond Tutu, archevêque anglican d’Afrique du Sud et Prix Nobel de la paix en 1984, a dit : « En temps de crise, l’heure n’est pas seulement à l’inquiétude et aux angoisses. La crise est une occasion, une chance de choisir, en bien ou en mal. »

Ainsi, il ne faut pas s’étonner si les motivologues du monde entier puisent constamment dans ce motif, sans être trop regardants sur l’exactitude des citations. On attribue souvent à Churchill, à tort d’ailleurs, la paternité de ce vieux dicton anglais : « Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise ». Les variantes sur le thème sont légion. Parfois, l’erreur vient d’une mauvaise traduction : John F. Kennedy a bien dit qu’en mandarin, le mot pour « crise » est composé de deux caractères, l’un signifiant danger et l’autre, occasion. Sauf que sa remarque se basait sur une mauvaise interprétation de l’écriture chinoise. Les Chinois, qui ont le dos large en matière de dictons, ont d’ailleurs un proverbe qui veut que chaque crise soit « une occasion chevauchant un vent dangereux ».

Quoi qu’il en soit, la crise est toujours un appel à l’action, et les pages roses du Petit Larousse reviennent souvent sur cette idée. Nous savons tous qu’« il faut battre le fer pendant qu’il est chaud ». Et que même si on reste assis sur son steak, « à quelque chose malheur est bon ». Mais pourquoi attendre, justement ? « Aide-toi, le ciel t’aidera », conseillait ce bon La Fontaine dans la fable du Chartier embourbé

Mais que faire ?

On vante beaucoup la gestion de crise de François Legault, qui s’inscrit dans la veine de Lucien Bouchard. Leur secret émane en droite ligne des pensées de Will Rogers, un acteur-aviateur-aventurier américain très populaire dans les années 1930, qui disait : « En temps de crise, les gens veulent savoir que vous vous souciez d’eux davantage qu’ils ne se soucient de ce que vous savez. »

Le fait est qu’il est difficile d’y voir clair : c’est le propre d’une bonne crise. Quand on est pris « entre l’arbre et l’écorce », « les arbres cachent la forêt ». Nous savons tous qu’« après la pluie, le beau temps » et qu’« on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ». Mais quels œufs ? Le gros bon sens nous dit qu’il vaut mieux « aller au boulanger qu’au médecin », pour ne pas « tomber de Charybde en Scylla ».

En ces jours incertains, la seule certitude est justement que ce sera long. C’est ce qu’il faut comprendre quand François Legault affirme qu’il envisage de garder les écoles fermées jusqu’en mai. « Ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le commencement de la fin. Mais c’est peut-être la fin du commencement », disait Churchill. En fait, en temps de crise, nous avons tous un peu le nez dans le guidon. Aussi faut-il s’en remettre au grand maître des lapalissades, Yogi Berra, pour qui « l’avenir n’est plus ce qu’il était » ! Ce receveur au baseball et gérant des Yankees de New York est devenu célébrissime pour ses nombreux aphorismes, dont le plus célèbre est bien sûr : « C’est pas fini tant que c’est pas fini. » À méditer.

Mais à quoi bon broyer du noir ? Le trio de choc Legault-McCann-Arruda nous a tous convaincus qu’entre deux maux, ils ont choisi le moindre. Et dans l’appel à la solidarité de ces trois mousquetaires, on perçoit l’écho de la devise d’Alexandre Dumas : « Tous pour un ! Un pour tous ! »

Si l’épidémie frappe tant nos imaginaires, c’est parce qu’elle est la matérialisation de la fatalité. « Le sort en est jeté », « advienne que pourra » et « inch Allah ».

Mais les actions sont porteuses d’espoir, comme l’écrivait Edmond Rostand dans un vers magnifique : « C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière. » Espérons que, comme Shakespeare, on pourra dire : « Tout est bien qui finit bien. » Et cultivons l’optimisme d’un H.G. Wells, pour qui « la crise d’hier est la blague de demain ».

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