La dépopulation a déjà commencé

La science-fiction nous avait prédit des voitures volantes et des chaussures qui se laceraient toutes seules, mais voilà que l’on vit plutôt une crise climatique et le début du déclin de la population mondiale.

Photo : Antoine Bordeleau pour L'actualité

Je trouve toujours fascinant de comparer entre elles et au monde actuel des œuvres de science-fiction du XXe siècle qui imaginaient le futur de nos sociétés. Dans Retour vers le futur 2, Marty McFly quitte son présent de 1985 pour voyager 30 ans plus tard. Dans la Hill Valley de 2015, on trouve des voitures volantes sur des autoroutes dans le ciel, des robots serveurs au restaurant et des chaussures qui se lacent automatiquement. Cette vision ressemble peu à notre réalité, mais elle comportait un certain optimisme pour l’humanité. 

À l’autre bout du spectre, Soleil vert, un film de 1973. Dans un New York en 2022, une multinationale a la mainmise sur les ressources alimentaires, épuisées par le réchauffement climatique et l’extinction de nombreux animaux. La pauvreté et la misère règnent, seule une petite classe de riches peut s’offrir le luxe de la vraie nourriture, de l’eau potable et de la climatisation. Nous apprenons que la multinationale produit ses aliments non pas avec du plancton, comme elle l’affirme, mais avec des cadavres humains.

Bien qu’elle soit évidemment exagérée, la dystopie de Soleil vert ressemble davantage à notre réalité que la vision proposée dans Retour vers le futur 2. Dégradation environnementale et extinctions sont déjà bien entamées. Les canicules estivales s’enchaînent, entraînant avec elles sécheresses et feux de forêt de plus en plus violents. Les écarts de richesse ne font que se creuser : le 1 % des plus riches a capté 27 % de la croissance du revenu mondial ​​de 1980 à 2016, soit plus du double de la part captée par les 50 % des plus pauvres, selon le Laboratoire sur les inégalités mondiales. Nous avons d’ailleurs observé un brin de l’avenir qui nous attend lors de l’intense canicule de l’ouest du continent à l’été 2021 : au moment où le mercure dépassait les 50 °C par endroits, le prix des chambres d’hôtel climatisées a explosé, ce qui les a rendues accessibles uniquement aux plus nantis. Chaleur étouffante et meurtrière pour le peuple, chambres climatisées pour les riches. Le futur est ici.

Or, le phénomène de surpopulation, omniprésent dans les représentations cyberpunks du futur, ne semble toutefois pas sur le point de se matérialiser. En effet, une étude démographique récente ainsi que la thèse centrale de l’essai Empty Planet : The Shock of Global Population Decline, de Darrell Bricker (PDG d’Ipsos Canada) et John Ibbitson (journaliste au Globe and Mail), laissent plutôt penser que la population humaine pourrait dépasser les huit milliards d’ici quelques années, puis commencer à descendre, et ce, pour le reste du siècle actuel.

L’urbanisation, l’accès à l’éducation pour les femmes et les combats pour l’égalité des sexes partout sur la planète expliquent en grande partie pourquoi les taux de fécondité dans beaucoup de pays sont en baisse constante. Au Canada, l’indice synthétique de fécondité (ISF), qui permet d’estimer le nombre moyen d’enfants que les femmes auront au cours de leur vie, est passé de 3,94 en 1959 à seulement 1,47 en 2019, selon Statistique Canada. Durant la même période, le pourcentage de femmes sur le marché du travail a connu une progression fulgurante : de 22 % en 1950 à 84 % en 2019. 

De plus, l’ISF au Canada s’est maintenu sous le seuil critique de 2,1 naissances par femme (soit le nombre de bébés à naître pour que la population se remplace) au fil des 50 dernières années. Et rien ne nous indique que cette tendance pourra être renversée à court ou moyen terme.

La baisse de natalité ne s’observe pas qu’ici. La Chine, le pays le plus populeux du monde, avec près de 1,4 milliard d’habitants, a vu sa population diminuer en 2020, une première en un demi-siècle. Avec un ISF avoisinant 1,3 (nettement sous le seuil de remplacement de 2,1), cette dépopulation du géant de l’Asie pourrait se poursuivre pendant plusieurs décennies, voire le reste du XXIe siècle. Les États-Unis ainsi que divers pays d’Europe et du sud de l’Asie observent déjà des tendances similaires. En fait, les pays industrialisés qui parviennent actuellement à augmenter leurs populations le font par l’immigration, et non grâce à la fécondité de leurs citoyens. De plus, bien que les taux de natalité soient toujours élevés dans de nombreux pays d’Afrique, plusieurs ont récemment noté des chutes rapides de la fécondité. Au Kenya, par exemple, l’ISF est passé de 8 enfants par femme en 1970 à seulement 3,3 en 2019. 

La dépopulation de la Terre a déjà commencé. Des économistes y verront une catastrophe, mais cela pourrait-il permettre à nos écosystèmes de se régénérer ? Le sujet est vaste. On en reparle au prochain numéro.

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Merci d’aborder le sujet de dépopulation parfois tabou dans notre passé judéo-chrétien. Je n’ose imaginer la qualité de vie qu’on aurait, autant pour nous que les écosystèmes autours de nous, si on était par exemple une population de seulement un milliard d’habitant plutôt que huit !

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Quand une espèce devient en surnombre au point d’altérer son environnement comme nous le faisons, elle devient une menace pour sa propre survie à long terme. En fait, ce n’est pas seulement notre nombre qui cause la détérioration des écosystèmes, mais notre mode de consommation effréné: grosse voiture, grosse maison, gaspillage alimentaire, gaspillage vestimentaire, voyages planétaires, gaspillage énergétique, etc. Si nous comblions nos besoins de base de façon plus modeste à partir d’une économie circulaire (recyclage-réutilisation) et non linéaire (exploitation des ressources naturelles-fabrication-pollution par nos déchets), notre futur et celui de la planète seraient plus encourageants, plus sains et plus beaux. Mais la nature de l’homme moderne s’est beaucoup éloignée de celle de l’homme de la nature. Le déni et l’inertie, plus que notre ignorance pourrait causer ce déclin. Car nous savons et nous pouvons.

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Il y a quelques sujets qui m’intéresse et que j’aime en faire savoir aux politiciens, organismes communautaires, et quelques personnes.

Je pose des questions à eux à propos de ces sujets qui me tiennent à coeur, pour essayer d’avancer.
Merci

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Il existerait encore des économistes qui croient que la croissance économique à l’infini est chose possible? Comment arrivent-ils à entretenir une telle idée? Il faut qu’ils ignorent entièrement l’aspect écologique de l’équation. S’il y avait eu depuis quelques décennies un consensus de la science économique (parallèle au consensus actuel de la science climatologique) disant que notre modèle économique nous menait à la catastrophe, notre environnement planétaire ne serait peut-être pas en si piteux état aujourd’hui. Mais il semble que la plupart des économistes préfèrent pratiquer l’aveuglement volontaire.

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J’ai de gros doutes sur cette affirmation d’une dépopulation en cours alors que l’ONU prévoit une population mondiale de 10,9 milliards en 2100. Un ralentissement de la croissance peut-être mais une baisse nette de la population d’ici la fin du siècle ???
De plus, si l’éducation et l’amélioration de la condition féminine permettent de croire à une baisse du taux de natalité elles s’accompagnent aussi d’une amélioration du niveau de vie et donc d’un niveau de consommation plus élevé par habitant. Alors mon optimisme est nettement moins affirmé que le vôtre.

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J’aurais tendance à penser un peu comme vous aussi. L’Afrique compte plus d’un milliard d’habitants, autant que la Chine ou l’Inde, et même avec un taux de natalité de 3,3 enfants par femme, c’est une croissance assurée de sa population.
Et même si la planète était capable de faire vivre 10 milliards d’individus en éliminant le gaspillage, en décroissant l’économie et en appliquant les 3 R (récupérer, réutiliser, recycler), il n’en demeure pas moins que, quand on regarde la situation géopolitique mondiale, la planète est au bord du gouffre, au bord de l’éclatement avec toutes les querelles, les mouvements de population, les catastrophes climatologiques etc etc.
Il y a trop de monde sur la boule, mais, évidemment, personne ne veut donner sa place. Alors, advienne que pourra, ¨Alea jacta es¨.

C’est surprenant mais quand on y pense c’est fort probable, surtout si on ajoute l’équation des changements climatiques. En effet, ces changements vont avoir un impact important sur les populations qui vont en souffrir énormément. La chaleur extrême tue les gens, même ici en Colombie-Britannique lors de la canicule du début de l’été.

Mais ce n’est pas tout, ces désastres naturels vont aussi entraîner des mouvements de population et cela aussi va contribuer à la décroissance de la population car ces mouvements ne se font pas sans heurts et peuvent aussi causer des conflits meurtriers.

Comme nous ne sommes pas aussi intelligents qu’on pourrait le croire, il va nous arriver la même chose qu’aux lemmings qui se jettent en bas d’une falaise dans une espèce de suicide collectif ou encore les grandes hardes de caribous qui comptaient plus de un million d’individus il y a quelques décennies et qui sont maintenant en danger alors qu’ils ont brouté à peu près tout ce qui pouvait se brouter et causé une famine généralisée.

Pendant ce temps là, le jet set international prend l’avion et se réunit à Glasgow dans une mission impossible où les plus grands pollueurs vont en masse dans leurs jets privés… Et la montagne accoucha d’une souris!

«Quand nous aurons conquis le monde, nous descendrons dans le cercueil où se trouvent assemblés les rois et les mendiants.» Ivan Bounine, «Le village», Russie, XXe siècle.

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