La face cachée de Google

« Don’t be evil » (ne soyez pas mauvais). C’est la devise de Google. De nombreux détracteurs de la société jugent pourtant qu’elle a violé ses propres principes.

Ainsi, Google a modifié la version chinoise de son moteur de recherche (www.google.cn) pour bloquer l’ac cès à des sites et à des images proscrits par Pékin, comme les photos du massacre de la place Tian’anmen. Une pratique vivement condamnée par Reporters sans frontières. On peut voir ici, côte à côte, les résultats d’une recherche d’image sur Google.com et Google.cn.

Le site Google News (Google Actualités, en version française), qui présente de façon automatisée les dépêches de divers groupes de presse, soulève aussi la controverse.

Lors d’un récent colloque de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Margaret Boribon, secrétaire générale de Copiepresse — la société de gestion de droits des éditeurs de presse quotidienne francophone et germanophone belge —, a qualifié Google de danger pour la démocratie. « Les groupes de médias se font régulièrement sermonner à propos de la concentration de la presse, mais peu dénoncent Google. Pourtant, où est le pluralisme quand un moteur de recherche affiche ses résultats dans la plus parfaite opacité de ses critères de sélection ? »

Copiepresse a poursuivi Google, en 2006, pour violation de droits d’auteur. Déboutée en cour, Google a retiré le contenu des éditeurs belges non seulement de Google News, mais aussi de son moteur de recherche.

« C’était un abus de position dominante », fulmine Margaret Boribon, secrétaire générale de Copiepresse. Google a depuis réintégré les membres de Copiepresse dans son moteur de recherche, mais la bataille se poursuit devant les tribunaux.

D’autres s’inquiètent du sort réservé aux renseignements personnels confiés à Google par ses millions d’utilisateurs (et en particulier par les internautes abonnés à l’un ou l’autre des services de la société). Google conserve en mémoire tous les résultats de recherche des internautes, qu’elle identifie à l’aide de leur adresse IP (attribuée par les fournisseurs Internet). Google promet de supprimer le lien entre les recherches et les utilisateurs après neuf mois, mais il faut se fier à la bonne foi de la société, qui reste par ailleurs libre de modifier à sa guise ses politiques de confidentialité.

Patrick Pichette soutient que son entreprise est « très proactive » en ce qui concerne la protection de la vie privée des gens. « Quand tu deviens gros, tout le monde t’observe de près et c’est normal. Mais Google évolue dans un marché extrêmement compétitif et a intérêt à protéger sa marque et ses principes. »

Utiliser Google pollue

Sujet tabou : impossible d’obtenir de l’information sur les nombreux parcs de serveurs de Google disséminés dans le monde. « On ne voudrait pas donner un avantage stratégique à nos compétiteurs », dit Patrick Pichette, chef de la direction financière.

Google évite ainsi d’attirer l’attention sur une facette méconnue et moins glamour de ses activités. Pour garantir aux internautes des résultats de recherche en un clin d’œil, la société indexe une copie de milliards de pages Web. Pour héberger cette avalanche d’informations, Google possède des millions de gros ordinateurs, appelés serveurs. Réunis par milliers dans des parcs situés partout sur la planète, ces serveurs dévorent énormément d’électricité. Or, aux États-Unis, 54 % de l’électricité provient de centrales au charbon, un combustible extrêmement polluant. Sans le savoir, les utilisateurs de Google contribuent donc au réchauffement de la planète…

Attirée par l’hydroélectricité « propre » du Québec, la société a failli ouvrir un parc de serveurs à Mirabel, il y a quelques années, mais les négociations avec les autorités gouvernementales ont échoué.

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