La fibrillation auriculaire: une arythmie aux conséquences graves

Si la fibrillation auriculaire touche environ une personne sur 100, elle cause surtout jusqu’à 20 % des AVC.

L’arythmie est un désordre électrique du cœur, notre formidable pompe qui fonctionne justement à l’électricité. Or, parmi toutes les arythmies, la fibrillation auriculaire est la plus fréquente, surtout chez les patients plus âgés. Le problème, c’est qu’elle peut avoir des conséquences graves.

Si la fibrillation auriculaire touche environ une personne sur 100, soit 350 000 au Canada ou 80 000 au Québec, elle cause surtout jusqu’à 20 % des AVC, ce qui fait de cette «épidémie» électrique un problème majeur de santé publique.

Des oreillettes malades

Mais qu’est-ce qui se passe dans le cœur, en cas de fibrillation auriculaire? Il faut voir que cette arythmie affecte la partie supérieure du cœur, soit nos deux oreillettes, qui pompent le sang vers les deux ventricules.

Les deux oreillettes et les deux ventricules du coeur tels que vus en échographie cardiaque (Collection de l'auteur).
Les deux oreillettes et les deux ventricules du cœur tels que vus en échographie cardiaque. (Collection de l’auteur)

Or, quand ces oreillettes deviennent malades, avec le temps ou à la suite de différents problèmes cardiaques, l’électricité s’y désorganise et devient ainsi chaotique, ce qui se traduit ensuite par un rythme cardiaque irrégulier et rapide, les oreillettes entraînant en partie les ventricules dans leur danse folle. La fibrillation peut démarrer puis repartir au bout de quelques secondes, ou bien persister quelques heures ou encore à long terme.

Parfois, elle survient aussi chez les personnes plus jeunes, dont le cœur est apparemment normal, mis à part ce trouble électrique.

Des palpitations inquiétantes

Lors d’un épisode d’arythmie, les patients ressentent un symptôme bien particulier et souvent inquiétant: des palpitations rapides, c’est-à-dire une sensation de pulsation anormale et irrégulière du cœur.

Or, comme le cœur est alors beaucoup plus rapide qu’à la normale, la personne ressent parfois de l’essoufflement et une certaine gêne dans la poitrine, mais rarement des douleurs importantes. Dans certains cas, parce que la pression est plus basse, elle souffrira aussi d’étourdissements. Si ces symptômes sont nouveaux et persistants, c’est sûrement le temps d’aller faire une visite à l’urgence, surtout s’il y a des symptômes associés.

À l’arrivée, on vous fera passer un électrocardiogramme, afin de vérifier l’existence d’une arythmie, visible seulement si elle est encore présente au moment du test. Dans le cas contraire, on ne voit habituellement rien de spécial sur l’électrocardiogramme.

Électrocardiogramme d'un patient en fibrillation auriculaire. Chaque ligne représente un battement et l'électrocardiogramme représente 10 secondes. On note l'irrégularité du rythme. (Collection de l'auteur).
Électrocardiogramme d’un patient en fibrillation auriculaire. Chaque ligne représente un battement et l’électrocardiogramme représente 10 secondes. On note l’irrégularité du rythme. (Collection de l’auteur)

 

En comparaison, électrocardiogramme d'un rythme normal. On note que chaque complexe est placé régulièrement sur la bande. (Collection de l'auteur).
En comparaison, électrocardiogramme d’un rythme normal. On note que chaque complexe est placé régulièrement sur la bande. (Collection de l’auteur)

On procédera souvent à d’autres examens, comme un Holter — un enregistrement du cœur de 24 à 48 heures à la maison —, pour mettre en évidence une arythmie inconstante.

Prévenir la formation de caillots

Lorsque l’on constate la présence d’une fibrillation auriculaire, certains traitements seront amorcés, d’abord pour stabiliser la vitesse du cœur et ainsi maîtriser les symptômes, mais surtout pour prévenir la complication la plus grave de la fibrillation auriculaire, soit la formation d’un caillot, qui pourrait éventuellement causer un AVC.

Mais pourquoi des caillots se forment-ils en cas de fibrillation auriculaire? Parce que quand les oreillettes battent irrégulièrement, cela cause un peu de stagnation du sang dans un petit appendice de l’oreillette, suffisante pour le faire coaguler. Si un tel caillot tapi au fond de l’oreillette ne donne aucun symptôme particulier, les dommages qui surviennent s’il est expulsé du cœur peuvent être très graves.

C’est qu’à sa sortie du cœur, ce caillot se retrouve dans la crosse de l’aorte, sur laquelle s’abouchent justement les deux carotides, énormes artères nourrissant à haut débit le cerveau, mais aussi à même d’amener le caillot coupable dans n’importe quelle région du cerveau. Un vaisseau cérébral de taille variable se bouchera donc au moins temporairement, interrompant la circulation du sang et privant ainsi le cerveau d’oxygène. Cela conduit souvent à un AVC, qui causera plus ou moins de symptômes en fonction de la zone atteinte.

Afin d’éviter une telle catastrophe, les soins les plus importants viseront à prescrire, le cas échéant, un anticoagulant (aux effets bien plus forts que ceux de l’aspirine, par exemple), qui éclaircira le sang et préviendra la formation de caillots, malgré la présence d’une fibrillation auriculaire.

La plupart du temps, surtout si la personne est âgée de plus de 65 ans ou souffre d’autres maladies, elle devra prendre cet anticoagulant pour le restant de ses jours. Compte tenu des risques (mineurs, mais réels) de complication hémorragique suivant la prise d’un anticoagulant, la décision de recourir à un tel médicament doit être mûrement réfléchie.

Il faut voir que le risque annuel de souffrir d’un AVC en cas de fibrillation auriculaire est lié à un certain nombre de facteurs de risque, qui, s’additionnant entre eux, élèvent le risque. On mesure ce risque annuel à l’aide de certains scores, comme le «CHADS2-VASC», qui représente les différents facteurs de risque.

Score CHADS-VASC, utilisé pour mesurer le risque annuel d'AVC. Sur le tableau, en bleu, on voit le risque annuel d'AVC en fonction du score. En rouge, le risque (abaissé) suite à la prise d'anticoagulants. À partir d'un score de 2, la diminution du risque d'AVC est assez importante pour que la prise d'anticoagulant vaille la peine. (Tableau réalisé par l'auteur).
Score CHADS2-VASC, utilisé pour mesurer le risque annuel d’AVC. Sur le tableau, en bleu, on voit le risque annuel d’AVC en fonction du score. En rouge, le risque (abaissé) à la suite de la prise d’anticoagulants. Au Canada, on considère qu’un score de 1 basé sur d’autres facteurs que le sexe ou «MVAS/MCAS» est suffisant pour prendre un anticoagulant, et que tout score de 2 ou plus mérite un anticoagulant. (Tableau réalisé par l’auteur) Légende: AVC: accident vasculaire cérébral. AIT: accident ischémique cérébral (menace d’AVC). MVAS: maladie vasculaire périphérique. MCAS: maladie cardiaque athérosclérotique (angine). FA: fibrillation auriculaire. Flutter: autre arythmie pouvant causer des caillots. ACO: anticoagulant oral. 

Maîtriser les symptômes

Mais si la diminution du risque d’AVC est l’aspect le plus important des soins apportés aux patients souffrant de fibrillation auriculaire, il demeure que le patient, ayant surtout consulté pour des symptômes, veut d’abord être soulagé de ses palpitations!

Pour ceux qui sentent fortement leurs palpitations, deux stratégies équivalentes du point de vue du risque de mortalité, d’AVC et de la qualité de vie peuvent être tentées. On peut choisir de traiter l’arythmie, ou bien de ralentir la réponse du cœur (sa vitesse) en laissant l’arythmie en place.

Bien souvent, surtout chez les patients plus âgés et ceux qui sentent peu leurs symptômes, un médicament sera donné (en plus de l’anticoagulant) pour ralentir les ventricules, même si les oreillettes demeurent en fibrillation. Si le cœur bat à moins de 100 battements par minute au repos et 110 à la marche et que le patient n’a plus de symptômes, la cible de contrôle est atteinte.

Terminer l’arythmie

Pour les patients plus jeunes ou les plus symptomatiques, on choisit plus souvent de renverser l’arythmie elle-même, afin que la personne retrouve un rythme cardiaque normal. On procède alors par cardioversion, qui peut être chimique ou électrique.

Pour effectuer une cardioversion chimique, il suffit de donner à l’urgence un antiarythmique, par voie intraveineuse ou orale, afin de mettre fin à l’arythmie, un traitement bien souvent efficace et plutôt simple à réaliser. Ensuite, on pourra choisir ou non de prescrire un antiarythmique si on veut aider le cœur à rester loin de son arythmie.

Dans d’autres cas, par exemple si l’antiarythmique ne fonctionne pas, on peut aussi procéder à une cardioversion électrique pour mettre fin à l’arythmie. Dans ce cas, on injecte un médicament pour engendrer une mini-anesthésie, puis on applique une décharge électrique sur le thorax (qui est très sécuritaire), le tout étant très efficace et ne prenant qu’une minute ou deux à réaliser.

Dans certains cas, par exemple si la personne ne prend pas d’anticoagulant malgré une fibrillation présente depuis plus de 24 ou 48 heures, on devra effectuer une échographie spéciale appelée endoœsophagienne, pendant laquelle une sonde miniaturisée passe par l’œsophage afin d’observer de très près les oreillettes, pour s’assurer de l’absence de caillots avant de procéder à une décharge électrique.

D’autres patients qui sont effectivement en fibrillation ne ressentent strictement rien. Ce sont souvent des personnes plus âgées et moins actives. Mais comme il n’existe aucun lien entre les symptômes de palpitations et le risque d’AVC, le problème est que ces personnes ne consultent pas, ayant peu ou pas de symptômes, tout en étant aussi exposés que les autres aux risques d’un AVC.

Ablatir l’arythmie

Enfin, si le patient présente des symptômes majeurs malgré les médicaments, si l’arythmie récidive malgré l’usage d’antiarythmiques ou s’il est important pour toute autre raison de garder le cœur en rythme normal, sans arythmie, on peut consulter un cardiologue-életrophysiologiste dans un centre spécialisé, qui procèdera au besoin à ce qu’on appelle une ablation.

Pour réaliser cette technique étonnante, des cathéters sont introduits dans le cœur, pour littéralement isoler certaines zones étant à l’origine de la fibrillation auriculaire, soit à l’aide de radiofréquences qui brûlent délicatement les tissus intracardiaques, soit grâce à la technique plus récente de la cryoablation, soit une ablation par le froid. Ces techniques permettent de réduire de 60 à 75 % les épisodes d’arythmie.

La salle d'électrophysiologie de l'Institut de cardiologie de Montréal. Souquer (Source: https://www.icm-mhi.org/fr/electrophysiologie)
Une des salles d’électrophysiologie de l’Institut de cardiologie de Montréal. (Source: Institut de cardiologie de Montréal)

Vu l’ampleur croissante du problème, notamment en raison du vieillissement de la population, on espère surtout que les chercheurs vont réussir à mettre au point de nouveaux moyens de prévention, afin d’éloigner la fibrillation auriculaire, et surtout, sa complication majeure, l’AVC.

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6 commentaires
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Bonjour je fais de la fibrilation auriculaire depuis 2 ans a peu pres ,on m’a prescrit des anticoagulants mais de ce temps ci je saigne souvent du nez,est ce que je pourrais arreter mes anticoagulant pour quelque temps ont m’a montrer comment gerer mes saignements mais je trouve ca tres agacant .

J’aurais aimé savoir si le docteur Vadebonceur trouve fiable le détecteur d’arythmie dans les tensiomètres vendus en pharmacie.

Explications très pertinentes. Vulgarisation adéquate permettant de bien comprendre le problème, de réagir avec prudence sans dramatiser. Merci!

Très intéressant! Est-ce que ce qu’on nomme bloc de branche gauche est le même phénomène? merci!

Très intéressant. Sujet complexe certes, mais très bien décrit et nul besoin d’être cardiologue pour saisir le contenu. Merci.
Question : est-ce que le stimulateur cardiaque ( pacemaker) peut être une solution dans certains cas d’arythmie ?

Le 6 mars 1914, j’ai eu un accident assez grave (avec meme capotage0) sur la 640 a cause de fibrillation auriculaire . Je vous en prie , consulter le plus tot possible. Depuis , je me dois de prendre des anticoagulants en plus du pace-maker et je vais merveillement bien depuis ce temps. Soyez aux aguets1