La petite urgence #6: la mauvaise porte

Le téléphone rouge sonne à 14h34. Tout le monde se tait.

Urgences-Santé: « Patient en infarctus aigu, 62 ans, douleur depuis deux heures, tension artérielle limite, sur place dans 6 minutes ».

OK.

L’urgence s’éveille d’un coup. Jusqu’ici, la journée était tranquille.

L’équipe s’active, prépare les médicaments, on avise la salle d’hémodynamie où sera dirigé le patient, certains passent des gants. Et on attend.

Je revise mentalement les prochaines minutes: confirmation diagnostique, stabilisation, voies veineuses, médicaments urgents puis transfert rapide en hémodynamie pour dilater l’artère bouchée. Sans débarquer de la civière des paramédics. Cinq minutes. Le temps, c’est du coeur. Tout délai aggrave les séquelles.

On entend déjà la sirène. Puis, l’ambulance monte rapidement la rampe d’accès courbée. Enfin, les feux rouges et blancs se reflètent sur nos murs.

Je cours jusqu’à l’entrée, ouvre le sas de l’urgence et me place au point prévisible d’arrêt. L’ambulance s’immobilise à reculons à six pouces de ma jambe.

D’un geste sec, j’ouvre la porte arrière. Nous y sommes.

« Bonjour, vous avez un… »

La civière est vide.

Les deux paramédics, assis à l’avant, se retournent lentement.

« Vous faites quoi, là, docteur Vadeboncoeur?
– Heu… L’infarctus?
– Un infarctus?
– Y est où?
– Je sais pas. On vient pour le transfert.
– Mais vos sirènes?
– Quelles sirènes?
– Et les… »

Je recule d’un pas. C’est vrai que les lumières blanches de marche arrière et les freins rouges donnent le change. Avec un peu d’imagination.

« Ah ben… Excusez
– Vous avez un transfert?
– Dans le C22. Pour le CHUM.
– OK. »

Je referme et retourne dans l’urgence. Devant la salle de choc, l’infirmière m’interroge du regard.

« Rien…
– Comment rien?
– Ben je sais pas. Y avait pas de patient.
– Trompés d’hôpital?
– Je vais vérif… »

J’aperçois du coin de l’oeil une ambulance gyrophares ouverts qui gravit la rampe.

Je cours, ouvre le sas, m’approche, saisis la poignée de la porte jaune et d’un geste sec, j’ouvre.

L’homme est couvert de sueur.

« Bonjour… »



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