La mélodie de l’antidouleur

La musique adoucit les mœurs, dit le proverbe, mais elle aurait aussi la capacité de soulager la douleur. 

Delmaine Donson / Getty images

La musique serait tout aussi efficace que les analgésiques et anti-inflammatoires pour soulager la douleur chronique. « La musique réduirait de 10 % à 20 % le niveau de douleur, ce qui donne à peu près le même effet », souligne Mathieu Roy, professeur et chercheur à l’Université McGill, qui publiera les résultats d’une deuxième étude sur le sujet au cours de la prochaine année. Il a voulu savoir si tous les styles de musique avaient des effets équivalents, et s’il fallait y consacrer toute son attention pour que ça fonctionne.

Le recours à la musique pour soulager la douleur n’est pas récent. Déjà, dans la Grèce antique, les savants avaient constaté son influence thérapeutique sur le corps et l’esprit. Les scientifiques modernes, eux, s’intéressent au sujet plus sérieusement depuis la fin des années 1980. Plusieurs études reconnaissent aujourd’hui les bienfaits de la musique pour gérer certains maux, lors de l’accouchement, par exemple. (Ceux qui font des migraines savent qu’une dose de musique est contre-indiquée : les sons deviennent insupportables !)

À McGill, Mathieu Roy est parvenu à estimer le pourcentage de diminution de la douleur dès 2008, en appliquant une stimulation thermique de quelques secondes sur l’avant-bras de 18 participants. Cette douleur, tolérable et sans danger, se compare à l’effet d’un café chaud sur la peau. Les chercheurs se sont rendu compte que les volontaires qui écoutaient de la musique agréable à leurs oreilles pendant l’exercice souffraient moins que ceux qui écoutaient des pièces déplaisantes ou qui subissaient l’expérience en silence. L’effet antidouleur serait encore plus prononcé lorsque le participant choisit lui-même sa musique favorite, qu’elle soit heavy metal ou contemporaine. « Par contre, il y a un piège à écouter notre musique préférée pendant qu’on a mal. À la longue, on pourrait perdre le plaisir qu’elle nous procure et ce serait dommage de ne plus l’aimer à cause de cette association », dit le spécialiste de la douleur. 

Mathieu Roy a voulu savoir si une personne devait porter toute son attention sur la musique pour bénéficier de ses effets analgésiques. Par exemple, peut-on soulager un mal de dos au son d’une musique apaisante tout en continuant à travailler ? Ou doit-on absolument se concentrer sur la musique sans distraction ? Ce sont ces résultats qu’il publiera plus tard cette année. « Il semble que les effets soient en partie indépendants de l’attention que l’on donne à la musique », note le chercheur. 

Évidemment, la musique n’est pas un remède miracle, mais elle peut s’intégrer de pair avec des solutions antidouleur. « L’ajout de la musique peut améliorer le traitement de la douleur ou permettre de diminuer les doses de certains médicaments », précise Mathieu Roy. Par exemple, en écouter lors d’une opération dentaire peut bloquer une partie de la douleur. En soins palliatifs, à Paris, une violoncelliste vient jouer près du lit d’une personne en fin de vie pour soulager les maux qui persistent malgré les médicaments. Des initiatives semblables ont été mises sur pied à Québec et à Montréal pour apaiser ces patients.

Les méandres du cerveau

Les chercheurs constatent que la musique a un effet antidouleur, mais ils ignorent pourquoi. Le Montréalais Mathieu Roy souhaite découvrir ce qui se passe exactement dans le cerveau en s’inspirant de précédents travaux de Robert Zatorre, neuroscientifique et codirecteur du Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS). Robert Zatorre et ses collaborateurs savaient que la dopamine, appelée l’hormone du bonheur, était sécrétée chez une personne en train d’écouter de la musique. Ils ont observé que les antagonistes, des substances qui bloquent la production de dopamine, réduisaient l’appréciation de la musique. « Est-ce que les antagonistes peuvent aussi bloquer son effet antidouleur ? » se demande Mathieu Roy. Si oui, cela signifierait qu’ils ont un rôle à jouer dans l’action analgésique de la musique. « Cela nous permettrait de déterminer le circuit neurologique à l’origine de cet effet. »

Les autres bienfaits de la musique

Pendant la pandémie, isolé entre quatre murs, écouter de la musique peut devenir une source de réconfort. En effet, la musique a un effet antistress. Elle diminue la sécrétion de cortisol, une hormone présente en plus grande quantité sous l’effet du stress. Lors d’une conférence organisée par le BRAMS sur la musique et le bien-être, Robert Zatorre a dévoilé les résultats d’une étude en prépublication (en attente de révision par les pairs) selon laquelle, depuis les débuts de la pandémie, les gens choisissent souvent la musique pour faire face à la détresse psychologique. Le neuroscientifique a souligné que les résultats d’un questionnaire envoyé à des milliers de participants montraient que la musique est ce qui aide le plus à pallier les symptômes de la dépression pendant le confinement (20 %), suivie de l’activité physique et de la télévision (tous les deux à 16 %). 

Et pour ceux qui préfèrent chanter plutôt que d’écouter de la musique, Sonia Lupien, chercheuse en neurosciences et spécialiste des effets du stress sur le cerveau, affirme que cet exercice contribue aussi à freiner le stress. En chantant, on met en branle la respiration diaphragmatique, à l’image de ce qui se produit pendant une période de méditation.

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