La miraculée d’Hochelaga

Bien sûr, il ne s’agit pas d’une miraculée. Mais je pense qu’elle a tout de même frôlé la mort du plus près qu’on puisse imaginer.

Photo : Getty Images
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C’est la fin du mois d’août. Il fait beau dehors et l’urgence est plutôt tranquille. Une femme souriante, dans la quarantaine, entre dans la salle d’examen, suivie de son mari, qui paraît un peu plus âgé. Elle s’assoit et ne dit mot pendant que je regarde la note de triage.

Blogue_mortElle consulte en raison d’une plaie au talon. Curieux motif pour venir à l’urgence de l’Institut de cardiologie.

« Bonjour, qu’est-ce que je peux faire pour vous ?
– C’est pour mon talon, ça ne veut pas guérir.
– Depuis quand avez-vous cette plaie ?
– Depuis que j’ai été hospitalisée. »

Je la regarde, perplexe, en ouvrant son dossier sur l’ordinateur du bureau.

« Et ça vous fait mal ?
– Pas tellement, mais on voudrait pas que ça s’infecte. Mon été a été assez compliqué comme ça. »

Je l’interroge du regard quand le dossier s’ouvre devant moi. Je le parcoure un instant, puis j’écarquille les yeux : je connais déjà son incroyable histoire.

« C’est… vous ?
– Je sais, je devrais pas être ici.»

Elle sourit à nouveau.

*

Deux mois auparavant, fin juin, un samedi matin, René s’éveille. Lorsqu’il se retourne pour embrasser sa femme, elle est déjà levée. Il l’appelle: « Sylvie ! » Il se lève et fait le tour des pièces, sans la trouver. Soudain, la porte avant s’ouvre : la voisine d’en face, une infirmière, tient Sylvie par les épaules.

« Vite ! Sylvie ne va pas bien ! Elle est venue sonner chez moi, j’ai appelé 911 et je… »

René jette un coup d’oeil à sa femme qui se tient la poitrine à deux mains, le visage pâle et le front couvert de sueur.

« Je l’amène à l’hôpital.
– Mais les secours s’en viennent !
– Pas le temps. »

Il empoigne sa femme et la soulève pratiquement du sol jusqu’à la voiture, dont il ouvre la porte. Il l’installe sur le siège avant, boucle la ceinture, bondit pour prendre le volant et démarre ensuite en trombe dans les rues d’Hochelaga-Maisonneuve.

En s’éloignant, il aperçoit dans le rétroviseur un camion de pompier qui tourne au coin, toutes lumières allumées. Les premiers répondants. Tant pis, plus vite sa femme sera arrivée à l’urgence, mieux ça vaudra. Les rues sont désertes et ce ne sont pas des lumières rouges qui vont l’arrêter, surtout que sa femme est sur le point de virer de l’oeil.

Il remonte Viau à toute allure et tourne sur Bélanger, puis de nouveau sur la rampe d’urgence de l’Institut, qu’il grimpe en quelques secondes pour se stationner à la porte de l’urgence. Il saisit une chaise roulante, place sa femme dessus et entre en courant. L’infirmière du triage les voit surgir, à 8h22 du matin.

« Qu’est-ce qui se passe ?
– J’ai… une douleur ici, et dans l’épaule…
– Depuis quand ?
– Ça va, ça vient… depuis hier… Mais là, ça vient de recommencer et…
– Est-ce que ça fait mal, quand on appuie là ? »

L’infirmière me racontera plus tard avoir lu dans les yeux de la patiente une angoisse extrême et inhabituelle.

Après avoir complété un bref questionnaire, elle dirige Sylvie vers la salle d’ECG. Le mari les suit anxieusement. À 8h25, juste avant de passer l’électrocardiogramme, Sylvie tombe dans un puits noir.

Il n’y a plus rien.

*

Lorsqu’elle rouvre les yeux, la lumière est tamisée, la salle d’attente a disparu et on dirait que c’est le soir. Elle est couchée sur un grand lit. Mis à part des voix assourdies et quelques bruits d’appareils médicaux, tout est calme autour. Son talon droit lui fait un peu mal, elle est très fatiguée, mais elle ne sent aucun autre malaise.

Elle essaie d’appeler, mais sa voix est trop faible. Après un moment, sa vision devient plus précise et elle aperçoit par la fenêtre de sa chambre son mari qui discute avec les infirmières au poste. De la main, elle fait un signe qui lui demande un effort. René lève alors les yeux, sursaute, puis se précipite à son chevet.

« Sylvie ! Sylvie ! Tu vas mieux ! »

Il entre dans la chambre, l’embrasse et la serre longuement dans ses bras. Mais, dans son grand lit d’hôpital, entourée d’appareils, elle n’a aucune idée de ce qui lui arrive. Elle se croirait au théâtre, comme si quelqu’un avait fermé la lumière, puis qu’on l’avait rallumée après un rapide changement de décor. Entre les deux scènes, c’est le vide. Aucun souvenir.

Jacek Malczewski, "Wiosna" (1909). Oeuvre choisie par Ianik Marcil. Domaine public.
Jacek Malczewski, « Wiosna » (1909). Oeuvre choisie par Ianik Marcil. Domaine public.

Ce soir-là, elle apprend avec étonnement, de la bouche de son mari, son étrange épopée des douze derniers jours, dont elle n’a pas eu connaissance.

Elle quittera quelques jours plus tard l’hôpital, assez en forme physiquement, sans aucune séquelle neurologique et sans plus de souvenirs de ce qui s’est passé juste après son arrivée à l’urgence. Elle est toujours un peu incommodée par cette petite plaie formée sous son talon, maintenant protégée par un pansement, mais ne s’en inquiète pas trop. Elle est bien contente de retourner chez elle.

*

Poussant Sylvie sur une chaise roulante, l’infirmière du triage est rapidement allée voir la technicienne pour obtenir un électrocardiogramme, avant de retourner s’occuper de ses autres patients. Mais, aussitôt l’infirmière retournée, la technicienne a poussé un cri :

« Vite, j’ai besoin d’aide ! »

Dans une urgence, un tel cri signifie souvent le pire : un arrêt cardiaque. Tout le monde se précipite : la patiente est maintenant effondrée sur le sol, immobile.

« Lancez le code ! »

Toute l’équipe se retrouve autour de la patiente, tandis que le mari est médusé. L’urgentologue se met à genoux et, après avoir constaté l’absence de pouls, elle commence un vigoureux massage cardiaque, qu’elle n’interrompra que plus tard, lorsqu’elle sera remplacée en salle de choc.

Le chariot de réanimation est immédiatement apporté; les infirmières appliquent les électrodes; on constate la présence d’une arythmie mortelle et on charge l’appareil de défibrillation.

« Clear ! »

Le massage est arrêté une seconde, le choc est donné, le corps se soulève et Sylvie pousse un cri rauque; elle s’éveille un peu et semble souffrante. Mais l’arythmie redémarre aussitôt. L’urgentologue reprend donc le massage tandis que les préposés approchent la civière afin de déplacer la patiente vers la salle de choc.

Un second choc est donné, celui-là d’intensité maximale; le corps sursaute à nouveau et la patiente pousse un autre cri. Mais l’arythmie reprend de nouveau ! Le mari, inquiet, observe l’enfoncement rapide et régulier du sternum sous les mains de l’urgentologue. Il est désemparé. A un moment, il lance :

« Qu’est-ce que je peux faire ? »

Le cardiologue s’approche de lui, pose sa main sur son épaule et lui dit:

« Restez fort. »

D’un mouvement coordonné, l’équipe soulève la patiente inanimée et la place sur la civière; elle est ensuite «roulée» en trombe en salle de choc. On se réorganise alors dans un environnement de travail plus fonctionnel. Le cardiologue participe à la réanimation et informe régulièrement le mari de l’évolution de la situation. Plusieurs médecins accourent, ce qui fait beaucoup de monde, mais chacun est à son affaire.

Comme souvent pour les patients plus jeunes, dont le cerveau reçoit beaucoup de sang durant le massage cardiaque, la patiente s’éveille de manière intermittente, même si son cœur ne bat pas spontanément. C’est toujours un peu troublant, mais il faut continuer pour assurer la survie.

Les infirmières ouvrent plusieurs voies veineuses, qu’elles utilisent pour donner les médicaments de soutien cardiaque et antiarythmiques. Il faut aussi assurer une oxygénation optimale en passant un tube dans sa trachée. Mais comme la patiente est à moitié consciente, le médecin injecte un curare et un sédatif avant de compléter la manœuvre cruciale.

À intervalles réguliers, un nouveau choc d’intensité maximale est répétée, à peu près sans succès, l’arythmie reprenant à chaque fois, obligeant l’équipe à continuer le massage cardiaque… et à chercher une solution !

On réfléchit donc rapidement, à voix haute. Il s’agit sûrement d’un infarctus en raison des symptômes et de l’arythmie, mais tant que le pouls n’est pas revenu, impossible de transférer la patiente en salle d’hémodynamie pour ouvrir par cathéter la coronaire coupable.

Si le pouls revient parfois, il demeure filant et ne tient pas longtemps, tandis que le cœur replonge incessamment en arythmie. L’urgentologue passe une sonde d’écho et on constate la faiblesse du muscle cardiaque, sans doute assommé par un infarctus massif, ce qui explique la persistance de l’arythmie mortelle et oblige l’équipe à redonner choc après choc.

À 8h55, plus d’une dizaine de chocs ont été donnés, sans effet soutenu. Va-t-elle survivre ? On commence à douter. Le cardiologue rend régulièrement compte de la situation au mari, atterré. À moins que…

Depuis quelques mois, on discutait, en réunion du service d’urgence, de l’utilisation potentielle d’un appareil des soins intensifs, l’ECMO (abréviation du terme anglais Extra Corporeal Membrane Oxygenation – oxygénation par membrane extra-corporelle). Ne pourrait-on pas faire comme un centre américain de Los Angeles et démarrer ce traitement avancé à l’urgence ?

L’ECMO ressemble un peu à celui utilisé en salle de chirurgie cardiaque, quand le cœur ne bat pas : il sert à pomper et oxygéner le sang. Adapté pour un usage externe, sans requérir de chirurgie, le sang est alors retiré du corps par un énorme cathéter fémoral, oxygéné à travers une membrane artificielle et retourné sous pression. À ma connaissance, il n’a jamais encore été utilisé dans une urgence au Québec.

En attendant, tout va de plus en plus mal et l’électrocardiogramme continu ne ment pas : lorsqu’elle est organisée, l’électricité cardiaque ne circule que très lentement dans le cœur qu’elle doit animer, et dont l’état alterne d’ailleurs entre une arythmie mortelle appelée fibrillation ventriculaire et un rythme lent.

Après discussion, l’équipe conclut que le seul traitement disponible est l’ECMO. On fait alors appeler l’équipe des soins intensifs de même qu’un perfusionniste, ce professionnel formé pour manœuvrer les appareils de circulation extra-corporelle au bloc opératoire ou aux soins intensifs.

Selon ce qu’on m’a dit, une perfusionniste en vacances passait par hasard, ce samedi matin, à l’hôpital. Elle se rend alors à l’urgence pour offrir son aide. Quant à la résidente des soins intensifs, elle arrive promptement. On convient d’installer l’appareil immédiatement, même si la salle de choc de l’urgence est plutôt exiguë.

La résidente installe les énormes cathéters artériels et veineux à l’aine, pendant que la perfusionniste termine la préparation de l’appareil, apporté des soins intensifs, et qu’on poursuit le massage cardiaque, les médicaments et la ventilation. Quand tout est complété, on démarre l’ECMO, à 9h28, soit une heure après l’arrivée de la patiente.

Et l’équipe assiste alors à un petit miracle : en moins de cinq minutes, le fonctionnement électrique du cœur se rétablit, les paramètres vitaux s’améliorent et la situation de la patiente se stabilise.

René, qui rongeait son frein durant ce temps, dans le couloir, en est informé et reprend un peu espoir. Mais la patiente est encore loin d’être au bout de ses peines. Pour la suite des choses (de même que pour les séquelles éventuelles), on ne peut encore se prononcer, d’autant plus que la patiente est toujours très instable.

Elle peut alors être transférée en hémodynamie, où le cardiologue insère un autre cathéter artériel, celui-là pour aller évaluer les artères coronaires qui nourrissent le muscle cardiaque.

Sans surprise, il trouve l’artère principale complètement bouchée, ce qui explique à la fois les douleurs et l’arythmie incessante; il y insère son ballonnet afin de rétablir la circulation.

Durant la manœuvre, une sonde d’échographie est simultanément placée dans l’œsophage, afin d’évaluer le cœur en continu. On constate alors l’étendue des dommages : la pompe cardiaque, qui chasse en situation normale environ 60% du sang à chaque battement, n’arrive plus qu’à en sortir de 15 à 20%. C’est ce qu’on appelle une situation de choc cardiogénique de grade 4, le plus grave.

Après discussion avec l’équipe, le cardiologue installe un second outil pour maintenir la circulation, appelé ballon intra-aortique : durant la contraction cardiaque, il se relâche, facilitant l’expulsion du sang, alors que durant la relaxation du cœur, il se dilate, bloquant ainsi l’aorte distale et dirigeant sous pression le sang vers les artères essentielles, les coronaires. Ainsi, il repose et nourrit le cœur à la fois.

L’artère ayant causé l’infarctus est dorénavant ouverte; étant soutenue par de puissants médicaments appelés inotropes – dont l’adrénaline en perfusion continue – et par deux outils d’assistance circulatoire (ECMO et ballon-intra-aortique), la patiente est dirigée vers les soins intensifs, où elle est prise en charge par l’équipe multidisciplinaire en place.

Durant les premières heures, on continue de stabiliser son état cardiaque, tandis que le sang est refroidi de quelques degrés, afin de protéger le cerveau, menacé par les complications de l’arrêt cardiaque. La patiente est aussi maintenue dans un profond coma artificiel, afin de diminuer sa consommation d’oxygène.

Au quatrième jour, alors que tout était jusque-là demeuré incertain, l’état de Sylvie s’améliore suffisamment pour permettre d’envisager l’arrêt graduel de l’ECMO (qu’on doit utiliser le moins longtemps possible compte tenu du risque de complications), ce qui est fait dans la journée.

Le même soir, vers 19h30, l’intensiviste constate que la patiente est bien stable malgré l’arrêt de l’ECMO. Il planifie alors de la sevrer aussi du ballon intra-aortique.

Physiquement, la patiente continue de s’améliorer; mentalement, c’est plus difficile de se prononcer. La phase d’éveil déterminera si elle souffre ou non de séquelles neurologiques. Mais le sixième jour, la patiente commence à s’éveiller ! Le jour suivant, on lui retire même le tube trachéal, qui supportait l’oxygénation des poumons; dorénavant, elle respire par elle-même, et peut parler, même si sa voix est enrouée à la suite de l’intubation.

Elle demeure cependant un peu « perdue », comme elle me le décrira elle-même ensuite, ce qui est normal et fréquent après un épisode aussi grave. Le dixième jour, ayant tenté de sortir de son lit pour retourner chez elle, elle chute, mais elle n’est pas blessée.

Le neurologue constate alors que les fonctions du cerveau ne sont pas encore toutes rétablies. Par contre, au SCAN, aucune complication n’est notée. Dans les jours qui suivent, l’état de conscience s’améliore encore. Et le douzième jour, lorsqu’elle s’éveille, elle aperçoit son mari par la fenêtre de sa chambre.

Elle ne gardera finalement aucune séquelle neurologique ! Même son cœur ira mieux. Une échographie cardiaque réalisée plus tard montrera que la fonction de la précieuse pompe a grandement récupéré.

Et la jambe droite ? Durant tout le temps où l’ECMO était en place, on l’a surveillé attentivement. La grosse sonde artérielle prend beaucoup de place et la jambe était un peu pâle. Il est d’ailleurs fréquent que ces cathéters compromettent la circulation artérielle du membre utilisé. Mais dès le retrait de l’ECMO, la perfusion s’est améliorée et il n’y avait plus de crainte pour la jambe, même si une petite plaie s’était formée sous le talon.

*

Le matin où Sylvie vient me montrer sa plaie, je prends un peu de temps pour écouter son histoire renversante, racontée à la fois par son mari ému et par cette patiente consciente d’avoir frôlé la mort.

L’ECMO salvateur lui a donc laissé une sorte de stigmate. La plaie semble tout de même en processus de guérison; il n’y a pas de signe d’infection et la circulation de la jambe est bien adéquate.

Je consulte une infirmière spécialisée dans le suivi des plaies, et nous décidons d’utiliser des pansements spéciaux pour en assurer la guérison complète.

Deux semaines plus tard, quand je revois Sylvie pendant un autre de mes quarts de travail, la guérison est quasi complétée. Je lui donne congé, non sans lui avoir demandé la permission de publier son étonnante histoire.

*

Malgré le drame, Sylvie a tout de même été chanceuse : elle fait partie des rares patients qui survivent à un arrêt cardiaque même s’ils n’ont pas répondu aux traitements initiaux. Dans son cas, des approches inhabituelles ont donné des résultats. Mais, au-delà de tout ce que nous avons fait pour elle, son arrivée rapide à l’urgence a été la clé de sa survie. Je m’explique.

Normalement, transporter une patiente instable en automobile n’est absolument pas conseillé. Par exemple, si Sylvie avait fait son arrêt cardiaque dans l’auto, la situation aurait pu être autrement plus dramatique. Mais dans ce cas précis, je pense que le transport immédiat lui a sauvé la vie.

D’après Google, le couple demeure à 4.9 km de l’hôpital. L’auto est arrivée chez nous en moins de trois minutes, apparemment. Ayant subi une arythmie mortelle peu de temps après son arrivée, elle a pu être prise en charge immédiatement et dans des conditions optimales.

Si elle était restée à domicile ou dans la rue, alors que les pompiers apparaissaient dans le rétroviseur de la voiture de René, ils auraient été à son chevet environ une minute plus tard. Ne pouvant transporter la patiente, ils lui auraient administré de l’oxygène tout en attendant les paramédics et en préparant leur propre défibrillateur externe.

L’ambulance serait arrivée quelques minutes plus tard – le temps de réponse à Montréal est d’environ sept minutes pour les appels de priorité I. Dans l’intervalle, ou bien tout de suite après l’arrivée des paramédics, la patiente aurait été terrassée par l’arythmie cardiaque. Les paramédics auraient alors donné un choc, qui est généralement efficace… mais dans ce cas, il n’aurait pas fonctionné – pas plus qu’à l’urgence.

Il aurait fallu continuer le massage cardiaque, intuber la patiente sur place, l’installer sur la civière dans l’ambulance, puis rouler jusqu’à l’Institut. On sait qu’il est difficile de bien ventiler et de bien masser en roulant. Un second choc aurait aussi été tenté… mais il n’aurait pas davantage fonctionné.

Même s’il est à peu près toujours préférable d’attendre l’ambulance pour recevoir les soins de stabilisation des paramédics et être ensuite transporté de manière sécuritaire à l’urgence, dans la vie, il y a parfois des exceptions.

Le cas de Sylvie, rétrospectivement, était une exception. Un mari téméraire mais décidé; une arythmie survenue après l’arrivée à l’hôpital; une équipe d’urgence prête à réagir au quart de tour; le choix inhabituel d’utiliser l’ECMO à l’urgence; la présence de la perfusionniste; une résidente habituée d’installer les cathéters; et bien sûr, un hôpital où il est possible d’effectuer presque immédiatement un examen des artères coronariennes. Chacun de ces éléments était probablement essentiel à sa survie.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’une miraculée. Mais je pense qu’elle a tout de même frôlé la mort du plus près qu’on puisse imaginer.

Tout cela explique pourquoi j’avais devant moi cette jeune patiente qui n’aurait pas dû se trouver là, comme elle le disait elle-même, et à qui j’allais bientôt donner congé, après les soins mineurs d’une plaie. J’étais bien ému d’avoir pu la rencontrer.

* * *

Note 30 septembre, 11h20. Puisqu’on me pose la question, l’ECMO n’est pas non plus un traitement « miracle ». Il ne peut s’appliquer quand dans certaines situations bien précises, plutôt rares, où les chances de survie existent, généralement pour des patients qui arrivent avec un pouls à l’hôpital mais présentent un état instable qu’il est difficile d’avancer dans les soins sans un tel support circulatoire. De plus, son efficacité dans une situation comme celle décrite, assez nouvelle, reste encore à établir scientifiquement.

À propos d’Alain Vadeboncœur

Le docteur Alain Vadeboncœur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal. Professeur agrégé de clinique à l’Université de Montréal, où il enseigne, il participe aussi à des recherches sur le système de santé. Auteur, il a publié Privé de soins en 2012 et Les acteurs ne savent pas mourir en 2014. On peut le suivre sur Facebook et sur Twitter :@Vadeboncoeur_Al.

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20 commentaires
Les commentaires sont fermés.

bravo a toute cette equipe lire de ces histoires nous fait mieux comprendre ce merveilleux travail bravo

Merci. C’est toujours assez mystérieux notre travail pour les gens qui ne sont pas du milieu. Tant mieux si ça vous aide à comprendre.

Bien voilà une histoire qui ne m’est pas inconnue. A la différence que je n’ai pas appelé les secours me disant que je gagnerai du temps si je me rendais par moi-même aux urgences. Je sais, il n’est pas très malin de conduire avec un cœur qui flanche mais cela m’a sauvé la vie. Une foie arrivé aux urgences, trou noir. Je me suis réveillé dans un autre hôpital avec des tuyaux un peu partout et une belle cicatrice au niveau du sternum et de la jambe.
Comme moi, cette dame a eu de la chance. Il faut aussi retenir la présence d’esprit de son mari et l’extrême compétence du personnel soignant, à tous les niveaux.

Ouf! Je présume que vous étiez en infarctus et que vous avez eu des pontages d’urgence. Vous l’avez échappé belle. Ceci dit, je ne recommanderais jamais à la personne qui éprouve des malaises de prendre le volant. Mais bon, il y a des exceptions à tout…

J’ai pleuré en vous lisant… j’imaginais mon conjoint dans cette situation. J’aurais tellement eu peur de le perdre…

Merci. C’est ce qu’éprouvait le conjoint de la dame. En fait, c’est universel, et évidemment très humain, cette peur. D’où l’importance de prendre le temps d’informer et de rassurer (si c’est indiqué), dans ces cas.

bravo à toute l,équipe ,infermières ,médecins,cela fait du bien d,entendre des histoires comme ça,je n,ai jamais douter de la compétence des gens qui travail dans les hôpitaux même si parfois se n,est pas toujours facile,il faut travailler dans le domaine hôspitalier pour comprendre,Bravo à vous tous

Il y a des côtés difficiles, c’est vrai. En même temps, c’est un travail très gratifiant, où de temps en temps, on a l’impression de vraiment faire une différence.

Oh la la, en lisant ceci, j’ai fait tout un retour en arrière… et les émotions sont remontées pas à peu près…

Moi aussi, j’ai sauvé mon mari en l’amenant directement à l’hôpital par moi-même au lieu d’attendre Urgences-Santé qui aurait pris plus de temps que moi car ils doivent remplir des formulaires, poser des questions, etc. etc.
À l’époque, l’urgentologue nous a confirmé qu’il serait mort si j’avais attendu…

Mon mari disait qu’il avait très mal au ventre et même qu’il ressentait une sensation de brûlure autour de son corps – son teint devenait gris/vert et avait de la difficulté à se tenir sur ses jambes et à bien respirer…

Diagnostic : éclatement d’un anévrisme de l’aorte abdominale – RAAA

J’ai vécu un épisode d’enfer, d’inquiétude, de stress, d’angoisse, etc. et ce, pendant 27 jours (coma, soins intensifs et hospitalisation).
J’ai été entourée par une équipe du tonnerre pour me supporter dans cette épreuve.

Donc, aujourd’hui, son médecin et les spécialistes qui l’entourent actuellement lui disent tous qu’il a été chanceux et qu’il est « un miraculé »

P.S. son cardiologue est le docteur Jean-Claude Tardif

Merci

Bonjour. Merci pour votre témoignage. Tant mieux pour vous et votre mari. Mais retenons tout de même quand dans la vaste majorité des cas, mieux vaut attendre l’ambulance que de prendre soi-même une voiture, surtout lorsqu’on est affolé.

Ouf, j’ai retenu ma respiration durant la lecture. Je suis infirmière retraitée . J’ai compris , encore une fois! à quel point la recherche est importante. Que le professionnalisme du personnel et leur audace de tenter le tout pour le tout, ont été la clé de la survie de cette personne. Bravo et longue vie à vous ! Que tout ce que vous faites vous soit un jour rendu au centuple !!!!!!

Merci à vous. Vous savez, je ne fais que mon métier, comme les autres médecins d’urgence, les infirmières, et tout le personnel. C’est un métier un peu étrange et souvent intense, mais ce n’est pas sans doute pas plus difficile qu’un autre métier en santé.

Non seulement vous sauvez des vies mais vous écrivez très bien. Merci.

Merci à vous. C’est un défi mais aussi un plaisir de tenter de traduire mon univers professionnel pour les gens. Ceci dit, dans le cas présent, je n’ai fait que soigner son pied.

Il faudrait voire à ne pas occulter les responsabilités légales et civiques fondamentales
Il faut tenir compte du Premium Non Nocere
… si vous causez un accident en panique pour l’hôpital
On est d’accord que le résultat finale est, lui, garantie plus catastrophique que la somme des symptômes initiaux
Pire que le pire scénario envisagé et raison initiale de panique
(Et panique, entendons-nous, exagéré et injustifié, dans la très grande totalité des cas)

Pour ma part, je dois admettre qu’il ne me vient pas en tête beaucoup de ces accidents de la (dé)route d’urgence
Il est tout à fait possible que mon expérience ne couvre pas un échantillonnage assez large de cet épiphénomène ???
Reste que j’ai eu à répondre à plus d’accidents d’Ambulances que d’accident de patient/famille paniqué
… exclusivement, en ce qui me concerne des maries paniquer par et avec leurs femmes péri-parturientes
Une situation un peu triste pour mourir dans un accident tout à fait évitable
Et pourtant, un de ces tel cas correspond à un des rares faits d’armes du service de Médecins Préhosp. d’Urgences Santé
Impliquant une C-sarienne de bord de route d’une patiente trop pressée !

Dans les faits
Ne pas attendre l’ambulance en Traumato est scientifiquement justifié
(Par contre il fau voire à transporté à un centre de Trauma, cela aussi c’est bien scientifiquement expliqué))
En pédiatrie sans doute aussi on serait justifié (Encore, de grâce, aller à un hôpital pédiatrique si possible)
Si vous êtes un ancien premier ministre vénéré
… à l’heure de pointe sur l’ile des sœurs… pas la plus mauvaise des idées d’utiliser un véhicule privé qui fait toutes ces lumières
Et qui arrive à l’Hôpital bien avant l’Ambulance (20=30 minutes au moins !?)
Lady Die serait peut-être vivante si un farfelu français l’eu décidé ainsi aussi !!!

Il faut voire à ajouter à la problématique le manque de disponibilité d’ambulances au Québec
Phénomène Médiatiquement longtemps et bien documenté,
Qui devrait finir d’effacer les quelques hésitations que certains plus téméraires auraient encore en réserve

On parle ici de scenarios urbains
Qui s’avèrent malheureusement encore plus vraie en région rurale
Il y’a des miracles dans nos campagnes
Mais jamais, au grand jamais, celui-ci
(Noter, en passant qu’au Québec on a choisi de se dispenser d’Hélicoptère Medevac)

Mais revoyons ce scenario dans l’éventualité où le Mari aurait accepté d’attendre l’Ambulance
Notre petite dame aurait Codé devant les premiers répondants
Et défibriller automatiquement
Et entendons nous que la défibrillation immédiate à un tôt miraculeux de réanimation (90% ?)
Évidemment le Cœur et ces chances de Réa se foutent complètement de qui opéra le défibrillateur
Et les premiers répondants sont ceux qui offrent la défibrillation la plus immédiate de la nombreuse cohorte d’arrêts cardiaques préhospitaliers
Il l’aurait re-défibriller
Maximum permis, semble-t-il de trois(3) fois !!!
Notons que notre patiente aurait eu un excellent massage cardiaque (Les pompiers, normalement les meilleurs… demandez juste à N. Lester)

Notre dame aurait aussi très bien pus attendre l’arrivé des ambulanciers pour Coder
(Ou même, grâce juste à la détermination humaine, attendre l’arrivé à l’Hôpital pour flancher… difficile à croire vue la pathologie du jour)
Mais essentiellement le même scenario de défibrillation immédiate ce serait offert à elle
Et de bon massage cardiaque SIM
La patiente n’aurait pas reçu de médicaments IV de Réa
Pas particulièrement utile dans l’époustouflante majorité des cas
Elle aurait-été Combituber sans sédation évidemment
Avec des résultats catastrophique que l’on peut-imaginer
Outre l’excellent service de massage de nos pompiers
Certains services ont des compresseurs cardiaques mécaniques (Veste ou « plunger »)
Bel appareil $ophi$$tiqué qui assure une constance et qualité de compression
Mais pas d’avantages réanimatoires claires

Et…
Ils auraient été obligés par protocole de transporter à l’Hôpital le plus proche (Fail classique des systèmes non-Paramedic – BLS)
La mort annoncé à Santa-Cabrini (Ou tout autre hôpital normal)
Ou le miracle de la rue Viau (ICM)

De plus et ceci est très, très significatif dans ce cas-ci
C’est que la patiente à Codée devant l’équipe de soins (40 ans)
Très dure à perdre, et une plus grande charge émotionnelle
Qu’une patiente (40 ans) qui (peut-être) avec les délais normal préhospitalier
Se serait présenté en Arrêt Cardiaque complet
Admettons le, Il n’y a pas beaucoup d’histoire motivante de Réa de Pt en Code entré par ambulance
Et je ne compte NÉGATIVEMENT les patients qui se sont payées une vie/mort neuro-végétatives grâce à tous nos efforts
Au contraire ces cas décourage plus qu’encourage les décisions de cessation de Réa
Dans un Hôpital ordinaire, s’en aurait été certainement fait de notre patiente
Ce qui la sauvé, et l’aurait sauvé indépendamment de son mode de transport
Complètement à cause de l’heure et l’hôpital de destination

Tant qu’à être partis pour cela
Ajoutons à l’analyse, l’absence de VRAIEs paramédiques (de soins avancés)… 12 pour la province du Québec

Les paramédiques de soins avancés (ou médecins Préhosp.) ne s’en serait pas tirés beaucoup mieux dans ce cas particulier
Il faut comprendre que toute la science indique que la réanimation cardiaque se règle exactement ou cela se passe
Que le transport d’un arrêt cardiaque équivaut à la mort fonctionnelle
Donc l’approche « Stay and Play » est tout à fait normal et scientifiquement justifié d’entreprendre une réanimation complète (La même qu’en sale d’Urgence) Et comme en salle d’urgence, devant une réanimation persistante… de rejoindre l’équipe spécialisée
(Difficile si il n’y en as pas une dans l’hôpital ou vous vous trouvez)

Alors en ce qui concerne les Paramedics de Soins Avancés (PSA)
Oui ! Elle aurait eu des médicaments ACLS
Oui ! Elle aurait été intubé (Endotrachéale)
Et sédationé
OUI ! Un ECG aurait été effectué et très facilement lue Infarctus Massif – Femme de 40 ans sans ATCD)
Et aurait transporté, ce patient pas encore mort, à un Hôpital approprié avec un préavis de poids suffisamment
pour gégérer une réponse équivalente de l’équipe de soins
Et
Oui ! , au final, Médecin ou Paramedic préhosp, auraient retardé le transport (1 heure pour Lady Die)
Retard délétère dans ce cas-ci mais pas dans la Presque totalité des cas

Même je peux facilement affirmer que les Paramedics auraient perdue moins de temps qu’un médecin
Car, dans leurs protocoles ce scenario est normalement couvert et mène à une directive de transport rapide
L’acharnement n’est pas un acte médicale déléguable(.)

NON elle n’aurait pas eu d’ECMO en préhosp
Parce qu’il n’y en à pas en Préhosp
… il est même extrêmement rarement utiliser en milieu hospitalier pour des cas semblables
(À noter, justement le Miracle est moins que la patient ait survécu, qu’elle ait reçu l’ECMO)

Charles Brault
PS j’aurait transporté sans attendre l’ambulance cette patiente à l’ICM

Merci de me rappeler le travail extraordinaire que vous faites. Cette histoire m’a fait revivre les moments passés avec l’équipe de l’urgence, de la salle d’hémodynamie et des soins intensifs. J’ai que de bons souvenirs de l’ambiance, de la montée d’adrénaline, de la sensation d’avoir fait le bon choix dans ma vie en participant à sauver des vies!

1 er mars 2012, je magasine rue Ste Catherine et je suis soudainement prise de ce que je pense être une grosse crise d’asthme. J’entre à la Place Dupuis et dès entrée je »m’écrase sur le sol incapable de faire un pas de plus. Les gens passent et je pense qu’ils me prennent pour une itinérante car personne n’arrête et moi je suis trop à cour de souffle pour appeler à l’aide. Heureusement un tout jeune homme appellera l’ambulance. Dans la salle de choc de l’Hôtel Dieu, je mourrais 2 fois. Infarctus touchant la circulation pulmonaire d’ou le perte de respiration. Je me souviens d’un ciel bleu extrêmement lumineux, une sorte de salle d’opération (salle d’hémodynamie) dans un grand flou, puis les soins encore très flou. Si ce jeune homme avait agit comme le dizaine de personnes qui sont passés, m’ont regardé du coin de l’oeil puis se sont éloignés me prenant peut-être pour une itinérante, (et même si cela avait été le cas?), je ne serais plus ici et ne pourrais plus voir mes 3 fils adultes responsables vivre leur vies. J’aurais aimé pouvoir dire merci à ce jeune homme. Merci aussi à l’urgentologue qui m’a reçu et à toute l’équipe d’urgence de l’Hôtel Dieu.

Une histoire qui finit bien et racontée de façon telle par le Dr Alain qu’il nous maintient en haleine. Je dis bravo! à ces équipes expérimentées qui trop souvent travaillent dans l’ombre et ne reçoivent pas des familles l’appréciation auquelle ils ont droit. Félicitations à tous vous êtes nos anges gardiens ! Merci!

Quand je lis ce genre d’histoire, il m’en vient une autre à l’esprit. C’est une histoire vraie. Une jeune femme se présente à l’urgence du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUL), sa vie est en danger. Après quelques heures d’observation, elle est retournée chez elle. Dans l’heure qui suit, elle meurt. Elle souffrait de dépression sévère et était suicidaire. En sortant de l’hôpital, elle s’est dirigée vers le pont de Québec d’où elle s’est jetée dans le fleuve.
Votre histoire illustre parfaitement une terrible réalité : un problème de santé qui se soigne avec de la technologie et des machines est pris en haute considération, alors que les maladies psychiques, peu « rentables », sont négligées, sinon méprisées.
D’un côté, il y a la médecine qui fait les unes des journaux : nouvelles molécules, nouvelles prothèses, cœur artificiel, implants rétiniens, pacemakers, découvertes génétiques, etc. Vive la technologie.
De l’autre, et c’est le revers de la médaille, il y a la médecine qui laisse en plan les principales souffrances qui frappent l’humanité, comme si ce n’était pas son problème.
Selon un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) paru le 14 mai 2014, la dépression est aujourd’hui la principale maladie affectant les adolescents dans le monde entier. Viennent ensuite les maladies et problèmes de santé liés au tabac, à la drogue, à l’alcool, le sida, la nutrition, la violence et l’automutilation (!). Les suicides représentent la troisième cause de mortalité chez les jeunes à l’échelle mondiale.
Je vous pose donc cette question : pour un malade sauvé grâce à un luxe de technologie, combien de malades psychiques sont laissés en plan? Vous avez combien de psychiatres à la disposition des malades qui se présentent à votre urgence?
La Semaine de sensibilisation aux maladies mentales vient de se terminer. J’espère que vous en avez entendu parler dans votre urgence…

Encore un travail acharné de la part de l’institut et de ses grands spécialistes Bravo à vous tous !!!! j’ai eu moi même l’expérience de cette salle de choc à quelques reprises et mon défibrillateur m’a bien servi aussi (20 fois), cela n’effacera pas ma cardiopathie arythmogène du ventricule droit mais me fait respirer du bon air merci à vous tous, spécialement la technicienne en ecg Josée Cornellier qui grâce à sa grande compétence a permis au Dr Léna Rivard de pouvoir repéré ma maladie qui jusque là diagnostiqué en tant que tachycardie ventriculaire après plus de 7 mois d’investigation. Après plusieurs ablations et un acharnement de la part du Dr Léna Rivard me voilà en meilleurs forme. Bonne continuité et merci!!