La nouvelle nature du Québec

Poussées par les changements climatiques, des dizaines d’espèces quitteront nos latitudes d’ici quelques décennies, alors que d’autres s’y installeront. Le biologiste Dominique Berteaux a tracé la carte de ce grand dérangement.

Photo © Design Pics / Alamy
Photo © Design Pics / Alamy

Effet direct des changements climatiques, la nature du Québec se transformera rapidement dans les prochaines décennies. Des dizaines de nouvelles espèces venues du Sud coloniseront le territoire, tandis que d’autres en disparaîtront. Certains écosystèmes seront bouleversés. En 2080, la population des rives du Lac-Saint-Jean et peut-être celle de Baie-Comeau jouiront du climat qui règne actuellement à Montréal, alors que les conditions dans la métropole se rapprocheront de celles que connaissent aujourd’hui Philadelphie ou Washington.

Depuis 2007, le biologiste Dominique Berteaux, professeur à l’Université du Québec à Rimouski, pilote une étude de grande envergure, CC-Bio, qui a permis d’établir un premier pronostic sur ce qui attend la biodiversité du Québec. L’étude réunit une quarantaine de scientifiques, ainsi que des gestionnaires de la faune et des associations de naturalistes.

Ces spécialistes ont d’abord compilé les données existantes sur 1 000 espèces d’animaux et de plantes vivant au Québec ou au sud de sa frontière. Puis, ils ont établi la niche écologique de 765 d’entre elles, c’est-à-dire le territoire dans lequel chacune trouve les conditions favorables à son épanouissement. En combinant ces données à diverses hypothèses sur les changements climatiques, ils ont examiné comment les niches écologiques se déplaceront. Le résultat est saisissant.

Leur travail de moine a donné lieu à la publication d’un ouvrage pour grand public, Changements climatiques et biodiversité du Québec : Vers un nouveau patrimoine naturel, et à la création d’un site Internet contenant des milliers de cartes sur les répartitions actuelles et futures des espèces.

Vous entrevoyez des changements majeurs dans la biodiversité. Pourquoi ?

Notre étude montre qu’avec la hausse des températures les niches écologiques des espèces se déplaceront vers le nord à la vitesse stupéfiante d’au moins 45 km par décennie. Ce grand dérangement est sans précédent ! Mais ce n’est pas l’entièreté de la faune et de la flore du Montréal d’aujourd’hui qu’on retrouvera au Lac-Saint-Jean à la fin du siècle, car toutes les espèces ne pourront pas suivre de la même manière le déplacement de leur niche écologique. Des oiseaux et des papillons, par exemple, ont déjà commencé à coloniser des territoires plus nordiques. Ce sera beaucoup plus long pour les arbres. Il faut aussi tenir compte des obstacles naturels, comme le fleuve Saint-Laurent. Cette nouvelle répartition des espèces aura des répercussions majeures sur les écosystèmes.

Mais l’augmentation des températures profitera à beaucoup d’espèces. Pourquoi devrait-on s’en inquiéter ?

On verra arriver de nouvelles espèces indésirables — comme la tique qui transmet la maladie de Lyme —, ainsi que des envahisseurs qui peuvent provoquer la disparition d’espèces indigènes et réduire la biodiversité globale. Mais surtout, ce qui est inquiétant, c’est le changement de paradigme que représente le passage d’écosystèmes statiques à des écosystèmes en évolution accélérée. On ne sait pas comment protéger cette nature en constante redéfinition ni comment l’exploiter durablement. Les nombreux services que les écosystèmes rendent à l’humain, pour l’exploitation forestière, le tourisme ou l’épuration des eaux, par exemple, seront touchés. Comment ? C’est un saut dans l’inconnu.

Peut-on s’y préparer ?

Il faut poursuivre les efforts pour comprendre ce qui se passe et mettre en place une gestion adaptative de la nature. Les parcs nationaux, où elle est à l’abri pour toujours, c’est terminé ! Faudrait-il donc déplacer les parcs au même rythme que les niches écologiques ? La recherche montre que ce n’est ni faisable ni souhaitable. Il faudra aussi renforcer les corridors écologiques, qui permettent aux espèces de voyager entre des habitats qui leur sont favorables, et examiner de nouvelles stratégies, comme la migration assistée, qui consiste à déplacer certaines espèces là où on pense qu’elles vont le mieux s’adapter. Le cas du caribou forestier, dont le territoire est déjà très touché par les changements climatiques, montre qu’il sera de plus en plus difficile de protéger la biodiversité. Bien des gens, comme ceux qui travaillent dans des entreprises forestières ou minières, voudront en profiter pour empiéter sur des aires protégées, sous prétexte qu’elles ne permettent pas vraiment de préserver la nature. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage…

LÉGENDE

– Orange : ABSENCE (N’y a jamais été, n’y sera jamais)
– Vert : GAIN (N’y était pas et y sera)
– Rouge : PERTE (Y était et n’y sera plus)
– Marron : MAINTIEN (Y était et y reste)
– Beige : Territoire non étudié
– Rayé : Aucune information sur l’espèce

Bio_1

Bio_2

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

5 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Je viens de lire votre article de 2012 sur les morgellons et je vois maintenant celui ci… Les insectes qui détruiront les humains au Québec par une supposé maladie de Lyme, sont les fameux morgellons qui attaquent à 80% des femmes. Et juste à voir votre façon de rire des patients et de les discréditer, je vous avise que je vous mètrerais mon pied au cul! Méchante fille!

il ne faut absoulument pas oublier la tick , qui donne la maladie de Lyme due au rechauffement climatique , merci

Partout dans les publications scientifiques sérieuses on peut lire que les aléas du climat sont loin d’être expliqués. Pourquoi que les médias québécois ne parlent jamais de ce fait.

»Notre étude montre qu’avec la hausse des températures les niches écologiques des espèces se déplaceront vers le nord à la vitesse stupéfiante d’au moins 45 km par décennie. »

Ce ne fût certainement pas le cas pour les 18 dernières années. Il n’y a plus de réchauffement. Et chez moi au 53 parallèle ça fait quatre ans d’affilés que les hivers sont de tout évidence de plus en plus froids. -17 ce matin.

Quand l’ensemble d’une communauté scientifique comptant plusieurs milliers de professionnels trouve la même chose dans toutes ses recherches depuis plus de 20 ans, ce n’est plus une opinion, c’est un fait. Ceux qui disent le contraire sont surtout des firmes de relations publiques payées par les pétrolières (ou des gens influencés par elles). Plusieurs sont les mêmes qui étaient employées par les fabriquants de cigarettes…