La recherche en santé est-elle encore indépendante?

Qui dicte les intérêts de la recherche publique en santé au Canada?  Pendant qu’aux États-Unis les malversations des compagnies pharmaceutiques ont amené le gouvernement à prendre quelques distances avec cette industrie, on dirait qu’ici le contraire est en train de se produire. Jugez-en par vous mêmes. 

Bernard Prigent, vice-président et directeur médical de la compagnie pharmaceutique Pfizer Canada, vient d’être nommé au conseil d’administration des Instituts de recherche en santé du Canada, l’organisme fédéral qui soutient la recherche en santé. Pour certains chercheurs, le conflit d’intérêt est évident. Voir les détails ici.

– en mai, Pfizer Canada a investi 1,25 million de dollars dans Québec-Consortium de recherche en oncologie clinique, un regroupement de chercheurs mis sur pied par le Fonds de recherche en santé du Québec (détails dans ce document pdf). C’est la première fois que le FRSQ signe une telle entente avec un partenaire privé.

Pendant ce temps là, aux États-Unis…

– Selon une étude parue la semaine dernière dans le New England Journal of Medicine, Pfizer aurait publié dans des revues savantes uniquement des études favorables à l’un de ses produits, alors que ses recherches internes étaient beaucoup moins concluantes. Objectif de Pfizer : faire croire que le Neurontin, un médicament contre l’épilepsie, pouvait aussi être utiliser pour traiter la douleur ou des migraines, même si la loi ne l’autorisait pas à le faire.

En 2004, Pfizer avait dû payer une amende de 430 millions $US pour avoir fait la promotion du Neurontin pour des usages non conformes. Les documents rendus publics suite à ce procès ont permis aux chercheurs de faire toute la lumière sur cette sombre histoire.

– En septembre, Pfizer a dû payer une amende record de 2,3 milliards de dollars pour publicité abusive pour quatre de ses médicaments aux États-Unis. Les détails sont ici. La compagnie a notamment vanté les mérites du Bextra pour traiter les douleurs aigües, alors que ce médicament est seulement approuvé pour le traitement des douleurs chroniques et menstruelles.

La recherche en santé ferait peine à voir sans l’argent et le savoir-faire des compagnies pharmaceutiques et il n’est pas question d’y renoncer. Mais met-on assez de garde-fous pour maintenir l’indépendance des scientifiques ?

Le FRSQ semble avoir pris ses précautions, de l’avis des chercheurs concernés. Pour les IRSC, on verra…

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La section Branding-U (p.98, the branding of learning) du livre No Logo explique très bien l’histoire d’horreur des recherches universitaires financées par des compagnies pharmaceutiques.

Les universités acceptent du financement privé pour effectuer des recherches, mais lorsque l’information ne va pas dans la direction espérée, le promoteur de la recherche se réserve les droits de garder l’information confidentielle.

Pour résumer, certaines universités ont fait des recherches sur certaines drogues, et ont découvert que les médicaments sont soit aussi efficaces que leurs équivalent génériques (mais pas plus), soit qu’ils peuvent être dangereux pour les patients. Les pharmaceutiques se réservent le droit de garder confidentielles les conclusions des recherches effectués par nos universités. Donc, un chercheur qui découvre qu’un médicament est dangereux doit se la fermer.

Essayez d’obtenir de fonds pour une recherche si cette recherche n’a pas pour but une nouvelle pilule, un nouveau remède…
Conflit d’intérêt ? ben voyons donc !

Si vous êtes contre l’ingérance des compagnies pharmaceutiques dans le financement public de la recherche en santé, allez signer cette pétition qui demande au gouvernement d’annuler la nomination du Dr Bernard Prigent au CA des IRSC:

http://www.gopetition.com/online/32371.html

On doit impérativement empêcher que l’industrie pharmaceutique puisse dicter les priorités de la recherche publique en santé au Canada.

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