La science après le printemps arabe

Le printemps arabe va-t-il permettre à la science de s’épanouir dans des pays trop longtemps muselés par la dictature?

Rana Dajani, professeur assistante en biologie moléculaire à la Hashemite University de Zarqa, en Jordanie, signe un article très intéressant à ce sujet dans la revue Nature.

Six mois après le printemps arabe, bien peu de choses ont encore changé pour les scientifiques jordaniens, égyptiens ou tunisiens, explique-t-elle. Seule nouveauté: l’espoir d’améliorations, et l’attitude des officiels qui tendent à moins abuser de leur pouvoir par peur de devoir rendre des comptes.

Il va falloir des années avant que les pays arabes arabes ne puissent reconstruire leurs capacités intellectuelles, croit Rana Dajani.

Selon elle, ce ne sont pas seulement les infrastructures de recherche qui sont à rebâtir. Ce qu’il faut avant tout, c’est réveiller la curiosité et la créativité endormies par des années de dictature, qui ont fait en sorte qu’aujourd’hui, la plupart des étudiants universitaires n’ont jamais eu l’occasion de se forger d’opinions indépendantes.

L’absence de toute liberté qu’ont imposé les régimes autoritaires a eu des implications jusque dans la manière dont les parents ont élevé leurs enfants dans la peur et l’ignorance. La première étape, croit-elle, consiste à encourager fortement la lecture chez les enfants pour qu’ils développent leurs capacités de raisonnement et de déduction.

Dans ce but, Rana Dajani et d’autres ont déjà installé 100 nouvelles bibliothèques pour les enfants à travers la Jordanie, et la professeure a aussi mis sur pied un programme baptisé We Love Reading pour apprendre à des femmes à lire des livres à haute voix à des enfants de leur quartier.

Pour favoriser l’éclosion d’une nouvelle science arabe, Rana Dajani insiste aussi sur la nécessité de travailler dès maintenant à mieux clarifier les relations entre l’Islam et la science. Dans son université, par exemple, un comité s’est réuni pour étudier les questions éthiques que pose la recherche sur les cellules souches, pour en déduire qu’a priori, celle-ci n’est pas contraire aux principes de l’Islam tant qu’elle a pour but d’améliorer la santé humaine.

Des comités multidiscipliaires formés à la foix de scientifiques, de médecins et de spécialistes de la religion devront ainsi être rapidement mis sur pied pour remettre en question les interprétations littérales des sources islamiques, dit Rana Dajani. Le Coran n’est pas un livre de faits scientifiques, rappelle-t-elle, c’est un guide de vie spirituel. « L’Islam nous demande d’utiliser notre esprit pour explorer le monde autour de nous. Il appelle à utiliser la méthode scientifique et la logique dans notre approche de la science.»

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