La science revient à la Maison-Blanche

L’équipe scientifique du nouveau président des États-Unis s’annonce solide. Une excellente nouvelle pour les luttes contre la pandémie et contre les changements climatiques. 

Atome : freaktor / Getty Images ; Maison-Blanche : Juan Andres Martinez / Getty Images

«La science sera toujours au centre des préoccupations de mon administration — et ces scientifiques de renommée mondiale veilleront à ce que tout ce que nous faisons soit fondé sur la science, les faits et la vérité. » C’est par ce tweet que le président Biden a rendu publique la liste des principaux membres de son équipe scientifique, qui auront tout un défi à relever après les années Trump. Mais le groupe s’annonce solide, et ces nominations ont été très bien reçues par la communauté scientifique américaine.

Le généticien Eric Lander devient le nouveau conseiller scientifique du président et le directeur de l’Office of Science and Technology Policy (OSTP), un département du gouvernement américain chargé d’examiner les effets des innovations et avancées scientifiques sur la société, l’économie, la sécurité et les relations internationales. Pour la première fois depuis la création de ce poste en 1976, son titulaire sera membre du cabinet du président, un progrès réclamé depuis longtemps par les chercheurs. Eric Lander aura ainsi plus de pouvoir d’influence et des contacts plus étroits avec l’ensemble des secrétaires d’État. Il sera épaulé par Alondra Nelson, écrivaine et sociologue afro-américaine spécialiste des relations entre sciences et inégalités sociales, qui dirigeait le Conseil de recherche en sciences sociales des États-Unis depuis 2017.

Sous la présidence de Donald Trump, le personnel de l’OSTP était passé de 1745 à 35 personnes. Cet organisme clé était aussi resté près de deux ans sans président, avant de se retrouver sous la houlette du météorologue de l’Oklahoma Kelvin Droegemeier, remplacé ensuite par le jeune homme d’affaires Michael Kratsios, un néophyte en science à qui Trump n’avait pas hésité à confier également la direction des programmes de recherche du Pentagone.

Le nouveau conseiller scientifique du président a assurément bien plus d’envergure et d’expérience. Eric Lander, un New-Yorkais de 64 ans, a été un des principaux instigateurs du projet Génome humain, qui a permis de séquencer pour la première fois l’ADN de l’espèce humaine, en 2003. Par la suite, il a fondé et dirigé le prestigieux Broad Institute, qui regroupe 200 chercheurs en génomique et leurs équipes du Massachusetts Institute of Technology, de l’Université Harvard et de ses hôpitaux affiliés.

Sous la présidence de Barack Obama, Lander était déjà codirecteur du President’s Council of Advisors on Science and Technology (PCAST). Ce groupe est chargé de coordonner les politiques scientifiques au sein des différentes agences fédérales (par exemple, l’Agence de protection de l’environnement) et joue un rôle clé dans les budgets que le président propose au Congrès pour qu’ils soient alloués à la recherche dans ces agences.

Donald Trump avait attendu près de trois ans avant de réactiver le PCAST, dont les nouvelles coprésidentes viennent d’être nommées par Joe Biden. Pour ce poste, il a choisi deux chercheuses aussi reconnues que complémentaires : l’ingénieure Frances Arnold, Prix Nobel de chimie 2018, professeure de génie biochimique au Caltech, en Californie, et membre du conseil d’administration d’Alphabet (la société mère de Google), ainsi que la géophysicienne Maria Zuber, vice-présidente à la recherche au Massachusetts Institute of Technology et première femme à avoir piloté une mission spatiale de la NASA. 

Le généticien Francis Collins reste à la tête des National Institutes of Health qu’il dirige depuis 2009, tandis que Rochelle Walensky devient la nouvelle directrice des Centers for Disease Control and Prevention, l’agence de santé publique américaine. Grande spécialiste du VIH et des antirétroviraux, cette médecin-chercheuse a été impliquée en première ligne dans la lutte contre le coronavirus, comme chef de la division des maladies infectieuses au Massachusetts General Hospital.

À l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), Michael Regan aura du pain sur la planche pour inverser les réformes de son prédécesseur Andrew Wheeler, qui s’était évertué à détruire le processus de décision de l’agence, basé sur des preuves scientifiques, et à abolir toutes sortes de règlements adoptés sous la présidence de Barack Obama. Regan, un ancien de l’EPA, a travaillé huit ans pour l’Environmental Defense Fund, un influent groupe de défense de l’environnement établi à New York. Il est le premier Afro-Américain à la tête de l’EPA.  

Joe Biden a aussi créé deux nouveaux postes de responsabilité pour aider son gouvernement à s’attaquer à l’immense défi des changements climatiques. Gina McCarthy, présidente de l’EPA sous Obama, devient ainsi la première conseillère nationale pour le climat, responsable d’une équipe installée directement à la Maison-Blanche. En novembre, Joe Biden avait déjà annoncé la nomination de John Kerry, qui avait négocié l’accord de Paris en 2015, au poste d’« envoyé présidentiel spécial des États-Unis pour le climat ». Les deux auront fort à faire pour mener le très ambitieux plan pour le climat du nouveau président, qui vise à ce que les États-Unis n’émettent plus de gaz à effet de serre au plus tard en 2050.

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