La soupe réchauffée des climatosceptiques

La blogueuse Valérie Borde réagit à une chronique publiée samedi dernier dans Le Journal de Montréal, où Nathalie Elgrably-Lévy s’en prend au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qu’elle accuse de vouloir museler les climatosceptiques à la veille d’une importante conférence sur le climat.

United Nations Secretary General Ban Ki-Moon Speaks On The Ebola Crisis
Ban Ki-moon. – Photo : Getty Images

Dans sa chronique de samedi publiée dans Le Journal de Montréal, Nathalie Elgrably-Lévy s’en prend au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qu’elle accuse de vouloir museler les climatosceptiques à la veille de la Conférence sur le climat* (qui se tiendra le 23 septembre prochain, à New York).
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Elle le fait avec des arguments encore et toujours réchauffés, qui font que son texte ferait meilleure figure dans les pages «caricatures» du Journal, section «ces climatosceptiques qui ne savent plus quoi inventer».

Sa recette est simple : prenez une grosse dose de mauvaise foi, puis ajoutez-y une ou deux citations tronquées, des appels à l’autorité déplacés et quelques mensonges. Liez le tout à l’aide d’autant d’imprécisions que possible et des mots clés auxquels ne sauront résister vos lecteurs crédules ou avides de complots, rendus accros par la propagande climatosceptique.

Trouver des ingrédients bien frais pour cette soupe indigeste est de plus en plus difficile, comme vous l’avez sans doute constaté en rédigeant cette chronique, Madame Elgrably-Lévy.

Vous devrez donc sans doute vous rabattre sur du vieux «stock», même s’il a déjà servi maintes fois. Voici ce qu’il vous faut.

– À toute personne qui, comme M. Ban Ki-moon, appelle à lutter contre les climatosceptiques, opposez quelques phrases offusquées sur le thème : «Le doute est le moteur de la science, donc ceux qui ne doutent pas sont contre la science, donc Ban Ki-moon est contre la science». Évidemment, ne faites pas l’erreur d’entrer dans les détails de ce que constitue, sur le plan scientifique, un doute raisonnable.

– Appelez-en à un savant respecté comme Pasteur pour démontrer qu’il ne faut qu’un seul sceptique pour contrer une théorie — en l’occurrence, celle de la génération spontanée, vieille de 2 500 ans. Rappelons donc que les premières critiques de la génération spontanée remontaient aux expériences de l’Italien Francisco Redi, 200 ans avant Pasteur…

– Citez comme preuve à l’appui une déclaration d’un cofondateur de Greenpeace… qui ne l’a jamais été. Patrick Moore, qui fut membre de Greenpeace de 1971 à 1986, est depuis consultant en relations publiques et a défendu toutes sortes d’intérêts, dont ceux de l’industrie nucléaire. Il n’a plus aucun lien avec cette organisation depuis 28 ans, mais il continue d’être régulièrement cité comme «la preuve» que le mouvement écologiste est dans l’erreur. Cette citation vous permettra en outre d’entretenir la confusion commode entre activisme écologiste et recherche scientifique.

– N’oubliez pas cette citation de 2012 de Rajendra Pachauri, ex-président du GIEC, interviewé par The Australian («Il n’y a pas de réchauffement depuis 17 ans»), en tronquant bien entendu la suite de sa déclaration qui pourrait vous embarrasser («The UN’s climate change chief, Rajendra Pachauri, has acknowledged a 17-year pause in global temperature rises, confirmed recently by Britain’s Met Office, but said it would need to last “30 to 40 years at least” to break the long-term global warming trend»). Introduisez-la dans votre texte en laissant sous-entendre qu’il a été contraint de s’exprimer ainsi, même si rien ne le laisse croire. Qui irait vérifier ?

– Comme preuves irréfutables du bien-fondé de vos doutes, citez abondamment «la recherche» et «les scientifiques» comme source, ou encore mieux, «de nouvelles recherches» et «un nombre grandissant de chercheurs». Exemple : «Des scientifiques affirment même que la terre se refroidirait». Du plus bel effet…

– Les mots clés, maintenant : «censure», «bâillonner», «dogme», «faire taire les voix discordantes»… auxquels vous opposerez avec ferveur «preuve scientifique», «doute», «controverse», «avancées»…

Rendu là, ce n’est même plus fâchant. Juste lassant. Combien de fois va-t-on encore réchauffer ce plat insipide avant de passer à autre chose ?

 – – –

* Le premier ministre Stephen Harper ne fera pas partie des 125 chefs d’État qui participeront à ce sommet, auquel seront présents, notamment, Barack Obama et David Cameron.

La rencontre vise à prendre de l’avant dans la préparation de l’accord qu’espèrent signer les Nations Unies à l’occasion de la 21e conférence des parties de la Convention cadre sur les changements climatiques, qui se tiendra à Paris, en décembre 2015.

D’ici là, des élections fédérales auront peut-être mis fin à la politique de l’autruche du Canada en matière de changements climatiques…

* * *

À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

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11 commentaires
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Il faudra combien d’erreurs de prévisions et modélisations de la part du GIEC pour que vous commenciez à avoir un doute (pas à tout rejeter d’un bloc, mais simplement avoir un doute). Car les erreurs sont très nombreuses.

Si c’était une compagnie pharmaceutique qui se serait trompée de manière aussi flagrante que le GIEC sur les effets d’une nouvelle drogue, la condamnation aurait été unanime et sans possibilité d’appel.

Bien sûr, il faut jamais dénoncer la religion réchauffiste. Vous dites que Harper ne sera pas présent à un sommet auquels 125 chefs d`Etats dont Barack Obama et David Cameron seront. Au moins Harper est pas aussi hypocrite. Savez-vous qu`au USA d`Obama, la production de pétrole et de gas de schiste s`accroit sans cesse. ? Savez-vous qu`Obama vient d`ouvrir le droit à la prospection de pétrole sur la cote-est Américaine ? Savez-vous aussi qu`en Europe les lois environementales sont assouplient présentement pour cause de faible productivité et de chômage élevé ? Savez-vous aussi qu`en Australie, ils viennent d`annuler leur taxe sur le carbone ?

Tant qu`à être là et jouer à l`hypocrite et dépenser l`argent des contribuables, aussi bien pas y aller. Et plusieurs chefs d`États vont polluer car ils vont prendre l`avion avec toutes leurs délégations pour s`y rendre.

Le terme climatosceptique est à mon avis inaproprié. Un sceptique doute et recherche des preuves. Les négationistes des changements climatiques font fi de toutes les preuves et se réfugie dans des certitudes dogmatiques. Mme Elgrably-Lévy est un danger public.

Il est fort probable que le climatosceptique Harper sera réélu en 2015 (ou avant…) car il va se servir de notre argent, avec nos impôts et taxes, pour nous inonder de propagande, comme son gouvernement le fait depuis déjà quelques années. De plus il va nous inonder de bonbons à la veille des élections, encore là, à même notre argent, pour obtenir le peu de votes qu’il a besoin en plus de sa base évangélique pour garder le pouvoir.

Ça fait quelques années qu’il prépare la prochaine élection et l’addition de plus de 30 sièges au Parlement dans des régions à tendance conservatrice va aussi lui permettre de rester au pouvoir, sans parler des tactiques peu élogieuses mais efficaces des appels robotisés etc.

Donc, les climatosceptiques ont un allié de taille avec le Canada et il ne faut pas s’étonner qu’ils utilisent les mêmes tactiques que le gouvernement Harper, la déformation des faits et de la science, pour tenter de nous convaincre.

Cessons d’utiliser le mot « climato-sceptique » c’est donner de l’importance et une fausse crédibilité à ceux qui n’en n’ont pas. Je propose le terme climanalphabète pour remplacer, beaucoup mieux choisi pour décrire ceux qui ne comprenne clairement rien aux sciences du climat.

Un gros merci pour votre article qui fera je l’espère contre-poids au torchon propagandiste de l’autre journal. Ce journal semble passé maître dans la désinformation de masse. Dans la même édition du journal, un autre « journaliste » associe malhonnêtement l’ensemble des islamistes aux coupeurs de têtes de EI…

C’est exceptionnel que je ne suis pas en accord avec votre position mais dans ce cas-ci, il y a des données qui laissent pensée que le réchauffement climatique a été exagéré de l’ordre de 50%. La cause a été décourverte récemment et publié cet été. Les mouvements océaniques ont été dans un cycle qui contribuent au réchauffement climatique mais ces courants se replacent et on observe depuis 10 ans un fléchissement du réchauffement. Cette explication ne veut pas dire qu’il faut ralentir la lutte aux gas à effet de serre dont le charbon, mais il faut être prudent en adoptant une position qui condamne ceux qui ont un point de vu divergent.

«…il faut être prudent en adoptant une position qui condamne ceux qui ont un point de vu divergent.»

Et c’est ce qui est fait. Il n’y a plus de débat autours du réchauffement vu que cette question a été réglée. Là où il y a encore débat, c’est sur les causes de ce réchauffement. Et encore, à l’heure où on se parle, le débat est autours de la portion anthropique de ce réchauffement. Même ça c’est pas mal réglée que c’est en très grande majorité les émissions de gaz à effet de serre émises par l’humain. Alors si quelqu’un veut focuser à savoir si on est responsable à 88 ou 95%, libre à lui.

Ce n’est pas pour rien que le dernier rapport du GIEC focus moins sur tout ça et parle abondamment de comment s’adapter. On est rendu là.