La tension artérielle, grande oubliée de la pandémie

L’hypertension est un mal silencieux qui peut causer divers problèmes, y compris des complications graves de la COVID-19. Or, avec la télémédecine et la peur des hôpitaux, bien des Québécois ont omis de faire mesurer leur pression artérielle pendant la pandémie.

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Selon Statistique Canada, près du quart des adultes souffrent d’hypertension, soit l’élévation anormale de la pression du sang circulant dans les artères. Les cas pourraient même avoir augmenté durant la pandémie, avancent certains experts. « Nous n’avons pas encore de chiffres précis, mais c’est très plausible, vu le stress vécu et la hausse de la sédentarité », soutient le Dr François Simard, cardiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal.

Une situation peu réjouissante, car avec une hypertension vient un lot de complications possibles, dont l’athérosclérose (durcissement des artères), l’accident vasculaire cérébral, la crise cardiaque, l’insuffisance rénale, la démence et… un risque accru de mal réagir au coronavirus.

Il faut comprendre que les artères sont en quelque sorte des tuyaux de plomberie qui acheminent le sang entre le cœur et le reste du corps. Le sang doit exercer une certaine force ou pression sur les parois des artères afin de circuler adéquatement. Mais si la pression devient trop importante, le cœur doit travailler plus fort, les artères s’épaississent et tout votre système circulatoire vieillit prématurément. Comme tout cela se passe à votre insu, sans symptôme, vous pourriez, sans le savoir, avoir des artères beaucoup plus « vieilles » que votre âge physique réel !

Plusieurs études scientifiques signalent qu’une pression trop élevée fait augmenter le risque d’être hospitalisé à cause de la COVID-19, et même d’en décéder, affirment les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), aux États-Unis. Une revue d’études réalisée par le réseau Cochrane relève d’ailleurs que l’hypertension est fréquemment observée chez les personnes hospitalisées pour la COVID.

Le hic ? Aucun symptôme ne vous avertira que votre pression artérielle déraille. Voici donc quelques conseils pour la maintenir normale.

Mesurez votre pression régulièrement

« Dès l’âge de 18 ans, tout le monde devrait vérifier annuellement sa tension artérielle lors d’un rendez-vous médical. Ceux qui ont des facteurs de risque, comme des antécédents familiaux, certaines maladies ou un style de vie sédentaire, doivent la mesurer plus fréquemment », recommande le Dr Simard.

Il est même suggéré à ces personnes de le faire à la pharmacie ou à la maison. « C’est une façon efficace de détecter rapidement une hausse de pression et de valider les chiffres obtenus en clinique, qui peuvent être faussés par le stress du rendez-vous médical ou parce que vous avez couru pour ne pas arriver en retard, note le médecin. Dans ma pratique, je compare toujours mes mesures avec celles prises par le patient. » 

Pour suivre votre tension artérielle à la maison, vous devrez vous doter d’un tensiomètre. Plusieurs modèles étant vendus en pharmacie, vous pourrez demander conseil au pharmacien avant de faire votre choix. « Prenez votre pression deux fois par jour pendant une semaine et faites ensuite une moyenne, insiste le Dr Simard. Un diagnostic d’hypertension ne se fait pas sur une seule donnée, mais sur des mesures répétées. »

La valeur moyenne idéale ? Entre 120 sur 80 et 130 sur 85 (12/8 et 13/8,5 en France), sauf pour les diabétiques et certaines personnes âgées. Ces chiffres correspondent à la tension qu’exerce le sang sur les artères lorsque le cœur se contracte (chiffre le plus élevé), et lorsqu’il est au repos (chiffre le moins élevé). « Si votre pression à la maison dépasse régulièrement 135/85, on considère qu’il y a hypertension. Il faut alors consulter votre médecin de famille », poursuit le cardiologue.

La Société québécoise d’hypertension artérielle estime qu’en contrôlant bien votre pression, vous diminuez vos risques de faire une insuffisance cardiaque et un AVC de 50 % et 40 %, respectivement.

Adoptez de bonnes habitudes de vie

Vous avez un certain pouvoir sur votre pression artérielle.

Premièrement, faites attention au sel, qui entraîne une rétention d’eau lorsqu’il passe dans le sang. Cela augmente le volume sanguin, et donc la tension artérielle ! L’Organisation mondiale de la santé recommande d’ingérer, tout au plus, moins de 5 grammes de sel par jour, soit l’équivalent d’une cuillère à café. Or, la plupart des gens en consomment plus du double quotidiennement, souvent caché dans les aliments transformés. « En diminuant leur consommation de sel, les hypertendus pourraient voir leur pression artérielle baisser rapidement », confirme le Dr Simard.  

Privilégiez également des aliments riches en potassium, un élément qui aide à régulariser la circulation du sang. En se basant sur des études crédibles, la Société canadienne d’hypertension ne recommande pas toutefois de prendre des suppléments, précise le cardiologue, puisque la science n’a pas prouvé que c’était efficace pour faire baisser la pression. Il vaut mieux aller le chercher dans l’alimentation. Si vous mangez beaucoup de nourriture transformée, vous avez sans doute trop de sel et pas assez de potassium. Tournez-vous vers les bananes, les patates douces et les produits laitiers faibles en gras, de bonnes sources de potassium, de surcroît pauvres en sel. La diète DASH (Dietary Approaches to Stopping Hypertension), faible en gras et en cholestérol et riche en fruits et légumes, a notamment prouvé ses bienfaits sur l’hypertension.

Enfin, surveillez votre tour de taille. Si vous êtes au-dessus de votre poids santé, perdre de 5 % à 10 % de votre masse corporelle peut avoir un effet positif important sur votre pression artérielle. Le Dr Simard conseille aussi de faire de l’activité physique aérobique d’intensité modérée, comme de la marche rapide, au moins trois fois par semaine, de gérer le stress en méditant, par exemple, et de diminuer la consommation d’alcool selon les recommandations d’Éduc’alcool.

Connaissez vos risques

« L’hypertension est un problème multifactoriel, explique le Dr Simard. Elle peut toucher tout le monde, mais certaines personnes sont plus susceptibles d’en souffrir. »

L’âge. Dès 60 ans, votre risque augmente. Avec l’âge, les artères durcissent naturellement : votre cœur se voit contraint de pomper la même quantité de sang dans des tuyaux plus serrés. Résultat : une hausse de la pression. 

L’hérédité. L’historique familial joue également un rôle très important. « Dès 30 ans, la pression artérielle peut monter sans autre cause apparente », signale le cardiologue.

Le sexe. En général, avant 65 ans, les hommes sont plus enclins à l’hypertension que les femmes. « Après cet âge, elle touche davantage de femmes, vraisemblablement à cause des changements hormonaux liés à la ménopause », explique le Dr Simard.

Le style de vie. Le stress, le manque d’activité physique, une alimentation riche en sel et en gras, un indice de masse corporelle élevé et la cigarette peuvent tous contribuer à l’hypertension.

Certaines maladies. Le diabète, la maladie rénale chronique, certains médicaments et l’apnée du sommeil peuvent causer de l’hypertension.

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