L’Amundsen et les pétrolières: c’est grave ?

La collaboration entre l’équipe du chercheur Louis Fortier et les pétrolières BP et Esso à bord du navire de recherche Amundsen  n’est pas une «gifle au visage de la communauté scientifique internationale», comme l’a dit hier à Radio-Canada l’environnementaliste Steven Guilbeault, porte-parole d’Équiterre.

Quant au député bloquiste Bernard Bigras, il exagère lui aussi quand il dit que «le plus important navire de recherche sur les changements climatiques en Arctique est loué à des entreprises qui sont elles mêmes responsables du réchauffement de la planète».

Voilà donc les faits.

Des ingénieurs des deux compagnies ont tour à tour accompagné l’équipe de recherche d’ArcticNet pendant trois semaines dans son exploration du sud de la mer de Beaufort, dans le cadre d’un contrat de collaboration ponctuel.

Objectif: mieux connaître l’environnement dans lequel elles ont déjà des permis d’exploration accordés par le gouvernement fédéral.

Ce sont les chercheurs d’ArcticNet qui ont manipulé les instruments et réalisé les prélèvements, dans le but de récolter des données en tout genre sur cette partie de l’Arctique qui n’est encore même pas complètement cartographiée.

Contrairement à ce qu’a affirmé le député du NPD Nathan Cullen en chambre hier, les compagnies n’utilisent pas l’Amundsen pour faire du forage.

Ce genre de collaboration est relativement courant dans le milieu de la recherche océanographique, et souhaitable dans la mesure où elle permet aux compagnies de mieux savoir où elles mettent les pieds, et aux chercheurs de les tenir à l’oeil.

Il arrive d’ailleurs aussi que ce soit les compagnies qui louent leurs équipements à des chercheurs, comme me l’a raconté au printemps dernier le biologiste américain Mark Benfield, qui utilisait les sous-marins robotisés de Chevron et de BP pour étudier la faune des grandes profondeurs dans le golfe du Mexique.

L’important c’est que les contrats soient clairs sur l’utilisation des données et le juste prix à payer par ceux qui louent les équipements.

Diaboliser les collaborations me semble contre-productif. Si des équipes universitaires avaient été associées au développement du gaz de schiste, on ne naviguerait pas dans un tel flou aujourd’hui…

La bonne question à se poser, c’est de savoir si le gouvernement fédéral fait bien d’accorder des permis d’exploration dans l’Arctique, et à quelles conditions.

Et s’il investit vraiment assez dans la recherche arctique.

Savez-vous que l’Amundsen ne sert la science que 152 jours par an? L’hiver, il redevient un brise-glace ordinaire de la garde côtière.

Il y a pourtant urgence à mieux connaître l’environnement arctique, et bien des études qui pourraient accélérer la recherche pourraient être réalisées en plein hiver.

D’autres pays l’ont bien compris. L’Allemagne, qui n’a pourtant aucun territoire polaire, fait naviguer son brise-glace de recherche, le Polarstern, 320 jours par an.

La Corée a inauguré l’an dernier un brise-glace de recherche flambant neuf, le Araon, qui va explorer tour à tour l’Arctique et l’Antarctique à longueur d’année ou presque. L’Amundsen, remis à neuf en 2003, a été construit en 1979.

Les Américains, les Russes et les Chinois sont beaucoup mieux équipés que le Canada pour la recherche polaire, sur terre comme en mer.

Et voyez ce que l’Europe projette avec son futur navire Aurora Borealis, un brise-glace de recherche ultramoderne qui, lui, pourra même faire des forages!

Au Canada, il n’y a aucun projet de navire dédié à la recherche polaire.

Le seul espoir des chercheurs réside dans le projet de brise-glace Diefenbacker, annoncé par le premier ministre Stephen Harper en 2008, dont on espère qu’une partie du temps (qui reste à définir…) sera consacré à la recherche scientifique. Mais il va falloir être patient: la construction du navire devrait commencer en 2013, pour un lancement prévu en 2017.

Laisser un commentaire

Merci pour cette mise au point. Ça me rassure sur la capacité de faire preuve d’intégrité, ce que l’on n’observe malheureusement pas souvent, quelles que soient la nature de nos opinions. Oui, merci!

Votre article est important et surtout très intéressant.

Il faut relativiser ce que disent les environnementalistes autrement les gouvernement et les scientifiques dont l’opinion est pour moi aussi valable que les Steven Guilbault de ce monde manquerons d’appuis lorsqu’il y aura des décisions importantes à prendre et qui nous concernent tous.