Laurent Duvernay-Tardif : Un champion au front

Premier Québécois à remporter le Super Bowl, Laurent Duvernay-Tardif a troqué ce printemps son uniforme des Chiefs de Kansas City pour un sarrau en CHSLD.

Photo : Rodolphe Beaulieu

Laurent Duvernay-Tardif n’est pas un footballeur comme les autres. Depuis 2018, le garde des Chiefs de Kansas City est aussi diplômé en médecine, le premier parmi les joueurs actifs de l’histoire de la NFL. Le géant sympathique au sourire charmeur a marqué le Québec en 2020 en montrant ses valeurs sur deux terrains complètement différents. 

Le 2 février, Laurent Duvernay-Tardif devient le premier Québécois à remporter le Super Bowl. Quelques jours après son retour triomphal, le Québec est mis sur pause, et l’athlète de 29 ans a la bougeotte. Il veut aider la population, mais ne peut pas travailler comme médecin, ayant pas encore fait sa résidence. Le Montérégien répond alors à l’appel du gouvernement et rejoint l’équipe du CHSLD Gertrude-Lafrance, à Saint-Jean-sur-Richelieu, où il va passer neuf semaines.

L’expérience du travail en CHSLD le bouleverse, et il prend la décision de ne pas disputer la prochaine saison de la NFL en raison des risques liés à la COVID-19, quitte à perdre sa place pour de bon auprès des Chiefs. Son agenda est très chargé : avec la deuxième vague, il a repris du service, deux jours par semaine, en CHSLD, où il accomplit des tâches de préposé aux bénéficiaires et d’infirmier ; il suit des cours à distance en santé publique à l’Université Harvard ; il codirige la fondation portant son nom, qui organise des événements encourageant l’équilibre entre les sports, les arts et les études, tout en préparant son retour au jeu en 2021.

Gagner le Super Bowl

« Je me souviens parfaitement de toutes les sensations que j’ai ressenties lors de la victoire. Les confettis jaunes et rouges qui tombaient du ciel, le bonheur de serrer dans mes bras ma famille en pleurs, l’instant où j’ai embrassé la coupe : c’était une joie immense et explosive. Je n’ai pas vécu de moment de flou, chaque seconde est claire, gravée dans ma tête. 

« En tant que footballeur, tu t’imagines tout le temps aller jusqu’au bout. À tel point que tu es toujours surpris quand tu perds en séries. Cette année, la saison a été particulièrement intense : on tirait de l’arrière à chacun des matchs et on a dû apprendre à revenir de situations difficiles. Mais ça a renforcé nos liens, ça nous a donné plus de confiance et de force de savoir qu’on était capables de se relever, même dans les pires moments. Le match du Super Bowl a été représentatif de cette dynamique. 

« Le tourbillon est arrivé après la victoire : les centaines de messages textes, le manque de temps pour dormir, le retour à Kansas City pour défiler devant un million de personnes, le retour à Montréal avec un autre défilé devant 4 000 personnes… Au Québec, les gens étaient fous, et fiers ! Dans la rue, les autos s’arrêtaient, les passants venaient me voir. C’était émouvant de sentir à quel point tout le monde était derrière moi. C’est une euphorie difficile à décrire, c’est enivrant. 

« J’étais en plein cœur de cette période de pure folie quand boum ! du jour au lendemain, tout a été mis sur pause. »

Travailler en CHSLD

« J’ignorais dans quoi je m’embarquais. Je n’ai pas encore fait ma résidence, il m’était donc impossible de rejoindre une équipe en tant que médecin, mais quand le gouvernement a lancé un appel pour les CHSLD, j’ai décidé d’y aller comme préposé. 

« J’ai eu la chance d’avoir comme mentors des infirmières inspirantes. Je suis arrivé avec une mentalité d’étudiant en médecine très orienté vers le soin immédiat : on se concentre sur l’état d’un patient, puis on se rend à la chambre suivante, sans nécessairement voir tout ce qui se passe autour. Au CHSLD, il faut changer les culottes, aider les personnes à manger, les lever… Ça me frappe de constater combien on peut aider les gens en accomplissant des gestes simples, comme couper les cheveux ou contacter la famille pour que le patient puisse discuter virtuellement. 

« Le plus difficile, ce sont les chambres vides. Tu te retrouves devant un lit inoccupé, les médicaments du patient dans les mains. Ces moments m’ont profondément marqué. C’est très froid de mourir dans ces conditions, même si on essaie d’être le plus chaleureux possible. Les décès nous sont rappelés constamment, parce que les chambres restent vides. 

« Je vois aussi beaucoup de belles choses. Au CHSLD, j’ai été témoin d’entraide pure. La résilience du personnel me surprend chaque jour. On dit que le football représente le summum de l’esprit d’équipe, mais quand je vois une infirmière prolonger son quart de travail de 4 heures pour éviter à sa collègue d’en faire un double de 16 heures, je me dis que c’est ça, le vrai esprit d’équipe. »

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