Le bilan du constructeur

La construction du triplex Le Soleil tire à sa fin. Un premier propriétaire y a déjà emménagé. Il ne manque en fait que les panneaux photovoltaïques (qui produisent de l’électricité) et les panneaux solaires thermiques (qui fournissent l’eau chaude). Les ouvriers ont pratiquement tous quitté les lieux et le maître d’œuvre du projet, Robert Deschamps, 54 ans, propriétaire de Construction Sodero, est déjà au travail sur d’autres chantiers. Voici le bilan qu’il fait de son expérience.

D’où vient votre goût pour la construction verte?
J’ai toujours eu un petit côté écolo [il conduit une Prius]. Mais après avoir assisté à une conférence du consortium Ouranos, j’ai compris que le temps pressait, qu’il fallait agir dès maintenant pour contrer les changements climatiques. Produire l’énergie pour climatiser ou chauffer les maisons occasionne 40% des émissions totales de gaz à effet de serre sur la planète. En tant qu’entrepreneur en construction, j’ai le devoir de faire quelque chose pour améliorer la situation.

Mais c’est un «devoir» qui coûte cher! Le triplex Le Soleil a coûté plus de 1,2 million de dollars à construire…
C’est vrai, mais les prix vont baisser à mesure que la géothermie, les panneaux photovoltaïques et les panneaux solaires thermiques vont gagner en popularité. Nous avons construit Le Soleil pour «la cause». Pour montrer qu’il est possible de construire un édifice qui produit autant d’énergie qu’il en consomme. Il fallait que quelqu’un le fasse. Nous l’avons fait.

Vous avez déjà dit que ce triplex peut affronter les conditions climatiques de 2030. Que voulez-vous dire?
En 2030, au Québec, on devra climatiser nos maisons autant qu’on les chauffe. C’est l’une des conséquences du réchauffement de la planète que prévoient les scientifiques du consortium Ouranos. Les changements brusques de température seront aussi plus nombreux. Ils provoquent de l’humidité qui, à son tour, diminue beaucoup la durée de vie des matériaux. Le triplex Le Soleil est conçu pour y faire face. Son isolation supérieure et la très grande étanchéité des murs extérieurs aideront à stabiliser la température et le taux d’humidité à l’intérieur des condos.

Au Québec, est-ce compliqué d’innover dans le secteur de la construction?
Oui. Autant du côté des associations professionnelles que des syndicats et du gouvernement, il n’y a pas de volonté d’innover. C’est le principal obstacle. Il n’existe pas de programme pour aider au financement des projets d’avant-garde comme le nôtre. Les organismes subventionnaires veulent des garanties de résultat avant d’allonger les dollars. Or, le triplex Le Soleil est un projet expérimental. Une armée d’ingénieurs et d’architectes ont travaillé deux ans à sa conception. On est certain que tout est fait dans les règles de l’art. Mais il reste une part d’inconnu, comme dans tout projet-pilote…

Vous avez tout de même obtenu 50 000 dollars de la SCHL et quelques milliers de dollars d’Hydro-Québec…
Oui, mais nous sommes encore en négociations avec l’Agence de l’efficacité énergétique pour obtenir des fonds pour l’achat des panneaux solaires. Notre triplex est le plus beau projet d’efficacité énergétique dont on puisse rêver. Et l’Agence de l’efficacité énergétique se fait toujours attendre…

En Allemagne et au Japon, entre autres, la géothermie et l’énergie solaire sont des incontournables dans la construction domiciliaire. Pourquoi le Québec traîne la patte?
On ne paye pas l’électricité assez cher au Québec. En Allemagne, ils paient l’équivalent de 42¢ du kWh alors qu’ici on paye environ 7¢. Comment voulez-vous convaincre la population québécoise d’investir autour de 25 000$ pour installer des panneaux solaires, alors qu’ils ne rentreront pas dans leur argent avant 15 à 18 ans? Seuls les écolos purs et durs acceptent de le faire.

Si vous deviez construire un autre triplex comme Le Soleil, que feriez-vous différemment?
La structure de soutien des panneaux solaires du toit. Selon les plans, les poutres devaient être en bois et placées à l’intérieur des murs à partir du toit jusqu’au sous-sol. En d’autres mots, on devait construire le triplex autour de ces poutres. Mais les plans ont changé. Nous avons plutôt installé des poutres en acier galvanisé, non pas dans les murs, mais le long de ceux-ci, à l’intérieur des condos. Les ingénieurs craignaient que les poutres de bois finissent par travailler et affaiblir la structure du triplex.
La prochaine fois, je placerai les poutres de soutien dehors, à l’extérieur de l’immeuble. On a consacré énormément d’effort à rendre l’enveloppe du triplex aussi étanche que possible, afin de minimiser les pertes d’énergie. Trouer le toit pour y faire passer ces poutres n’était pas logique…

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