Le bruit urbain augmente les risques d’AVC

On sait depuis longtemps que le bruit a des effets sur la santé humaine. Outre le stress qu’il cause, une nouvelle étude associe bruit urbain et risques d’accident vasculaire cérébral (AVC).

hakkiarslan / Visual Generation / Getty Images / montage : L’actualité

Il est si présent en ville qu’on l’oublie presque. Mais on l’entend certainement. Le bruit environnemental, causé par le transport routier, le voisinage, les avions, les trains et les industries, est intrinsèquement lié à la vie des citadins. 

Ce capharnaüm n’est pas sans incidence. Les scientifiques estiment que l’exposition prolongée à des sources de bruit extérieur trop élevé peut entraîner une foule d’effets sur la santé, dont une diminution de la qualité et de la durée du sommeil, une détérioration de la qualité de vie, et même une hausse des maladies cardiovasculaires.

Le risque de subir un accident vasculaire cérébral (AVC) s’ajoute maintenant à cette liste. Une étude récente de l’École de santé publique de l’Université de Montréal soutient en effet que chaque augmentation de 10 décibels A (dBA) du bruit extérieur moyen est associée à un risque accru de 6 % de subir un AVC. 

Or, environ un demi-million de Québécois de 15 ans et plus sont exposés à des niveaux nuisibles de bruit environnemental, selon une évaluation de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) faite en 2015, et hypothèquent ainsi leur santé.

L’actualité en a discuté Audrey Smargiassi, professeure titulaire à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, qui a dirigé l’étude établissant le lien entre bruit et AVC.

Comment s’est déroulée votre étude ?

Depuis des années, on sait que plus on est exposé à des niveaux élevés de bruit environnemental, plus les risques de souffrir de certains problèmes cardiovasculaires augmentent, notamment les infarctus du myocarde et l’hypertension artérielle. Mais aucune étude ne s’était encore penchée sur les associations entre le bruit et les AVC. Pourtant, il nous semblait évident que les mécanismes physiologiques en jeu pouvaient être les mêmes.

On a donc utilisé les données médico-administratives du Système intégré de surveillance des maladies chroniques du Québec (SISMACQ) pour isoler une cohorte regroupant toutes les personnes de 45 ans et plus résidant à Montréal de 2000 à 2014 [soit plus de 1,1 million de personnes]. On a couplé ces données aux mesures d’échantillonnage du bruit enregistrées au cours de cette période par environ 200 sonomètres installés partout sur le territoire, ce qui nous a permis d’établir une véritable cartographie du bruit sur l’île.

De quel type de bruit parle-t-on ?

À Montréal, la principale source de bruit environnemental, c’est vraiment le transport routier, en plus des sources industrielles dans certains quartiers. Dans notre modèle, on utilise le niveau moyen de bruit extérieur enregistré sur une année. Les sources ponctuelles, par exemple le bruit du marteau piqueur lorsqu’on reconstruit certaines artères, ne sont pas incluses, ni le bruit à l’intérieur des habitations. C’est une méthode relativement imparfaite, mais comme on travaille sur d’énormes échantillons de population, on est tout de même capables de déceler des associations significatives.

Et quelles sont les conclusions ?

Notre étude est avant tout une analyse d’associations entre deux variables : la variable X étant le bruit et la variable Y, les hospitalisations pour un AVC à Montréal lors de la période étudiée. On voit que plus le bruit augmente, plus les risques d’AVC augmentent. Chaque augmentation de 10 dBA du bruit extérieur moyen est associée à un risque accru de 6 % de subir un accident vasculaire cérébral. On parle d’une hausse assez faible des risques, qui ne se compare pas avec l’importance d’autres facteurs de risque sur la santé cardiovasculaire, comme l’hypertension, qui sont beaucoup plus dommageables. 

De quelle manière le bruit environnemental peut-il mener à un AVC ?

On ne peut pas nécessairement parler d’une relation de cause à effet, parce qu’il s’agit d’une étude d’observation avec des données qu’on ne contrôle pas. En épidémiologie, on ne conclut pas à la causalité en se basant sur une seule étude. On doit corroborer cette information avec des études expérimentales, par exemple, pour renforcer les évidences et être certain qu’une telle association est causale.

Mais cette association existe et il y a plusieurs hypothèses pour l’expliquer. On sait que le bruit est une forme de nuisance, donc de stress. Et, à long terme, ce dérangement induit toutes sortes de changements physiologiques [perturbations du sommeil, modification de la pression artérielle] qui peuvent nuire à la santé générale et favoriser un AVC ou un infarctus.

Peut-on se prémunir contre le bruit, tant individuellement que collectivement ?

Il faut avant tout réduire les sources de bruit extérieur, comme celui causé par le trafic routier. Par exemple, les routes bien entretenues engendrent moins de bruit que celles pleines de nids-de-poule. Il y a aussi des façons de mieux gérer le flux de la circulation, en particulier les arrêts et départs, qui sont très bruyants. On peut également réparer ou mieux isoler les habitations, bâtir des cours intérieures comme on en voit en Europe pour que les bâtiments servent de barrières, ajouter des talus ou des murs antibruit le long des grands axes routiers. Mais le plus important, c’est vraiment de réduire la place allouée à la voiture dans nos milieux de vie, car c’est la principale source de bruit.

Il faudrait aussi des zones d’exclusion pour empêcher les nouvelles constructions résidentielles à proximité de zones bruyantes. Malheureusement, on continue de construire des habitations dans des zones très bruyantes à Montréal, par exemple dans des secteurs près de l’autoroute 40 et de l’autoroute 15. Ce sont pourtant des secteurs parmi les plus bruyants de la province. 

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