Le budget Bachand, les doigts bioniques et la mammographie

Les Québécois vont devoir sortir beaucoup d’argent de leurs poches après le dernier budget du Québec, dont une taxe santé particulièrement injuste puisqu’elle coûtera à tout le monde – pauvre d’entre les pauvres, ou riche comme Crésus – 200 dollars par an.

Pourquoi ? Parce que le gouvernement va faire payer son incapacité à juguler les dépenses de santé, qui ne font qu’augmenter. En 2010, la santé a représenté 45 % des dépenses de Québec, contre 31 % en 1980.

Si la santé coûte cher, ce n’est pas seulement parce qu’il faut payer les gros salaires des médecins spécialistes. C’est aussi parce que les nouveaux médicaments ou appareils médicaux (imagerie, prothèses, systèmes informatiques, etc.) coûtent de plus en plus cher, et qu’on veut ce qui se fait de mieux. Sans trop se poser la question de savoir si toutes les dépenses sont raisonnables et justifiées.

Vous vous souvenez des doigts bioniques dont je vous parlais récemment? La plus basique de ces prothèses hi-tech coûte 75  000 dollars, sans compter le coût des spécialistes pour la mettre en place et faire le suivi.  A-t-on les moyens de les offrir à tous les Québécois qui ont perdu l’usage de deux ou trois doigts ? Cet argent ne serait-il pas plus utile pour payer le salaire d’une infirmière ou d’un enseignant de plus?

Le problème, c’est qu’on évalue très peu la pertinence réelle des nouvelles technologies, des nouveaux « modes d’intervention » (comme le recours à tel ou tel type d’imagerie médicale pour diagnostiquer un malade, ou à de nouveaux impants pour le traiter), ou de nouveaux médicaments.

Le fer de lance du gouvernement dans ce domaine s »appelle l’Agence d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé (AETMIS). L’an dernier, cet organisme a reçu 5,7 millions de dollars pour que ses propres spécialistes et des chercheurs universitaires examinent les nouvelles technologies médicales pour juger de leur pertinence dans le contexte québécois.

Même si le financement de l’AETMIS s’est accru dans les dernières années, il reste anecdotique par rapport au budget global de la santé, qui dépasse les 38 milliards de dollars.

Investir 0,015 % du budget de la santé pour savoir si les nouvelles technologies qu’on utilise sont pertinentes me semble largement insuffisant, même s’il est vrai qu’une partie de cette évaluation se fait ailleurs qu’à l’AETMIS, notamment dans les hôpitaux eux-mêmes.

Récemment, le gouvernement a proposé de fusionner l’AETMIS avec l’Agence du médicament pour former l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux. Dans le projet de Loi 67 actuellement en discussion à l’assemblée, on dit que :

L’INESS « devra notamment évaluer les avantages cliniques et les coûts des technologies, des médicaments et des interventions en santé et en services sociaux personnels, élaborer des recommandations et des guides de pratique visant l’utilisation optimale des technologies, médicaments et interventions, les maintenir à jour et les diffuser, déterminer dans ses recommandations et guides les critères à utiliser pour évaluer la performance des services et faire des recommandations au ministre de la Santé et des Services sociaux dans le cadre de la mise à jour de certaines listes de médicaments. Ce projet de loi prévoit de plus les facteurs qui doivent être pris en compte par l’Institut pour l’élaboration de ses recommandations.»

Ouf ! Je ne sais pas si cet organisme portera bien son nom, mais si on veut lui donner les moyens de ces ambitions, il va falloir qu’on mette le paquet !

L’actualité récente montre pourtant à quel point il peut être payant d’investir dans un tel organisme.

Depuis quelques années, il est admis que le dépistage systématique du cancer du sein par mammographie permet de réduire la mortalité chez les femmes de 50 à 69 ans. Mais l’incidence de ce cancer étant à la hausse, des médecins ont demandé que ce programme soit élargi aux femmes de 40 ans et plus, des études scientifiques ayant montré que ce pourrait être utile.

En octobre dernier, les chercheurs de l’AETMIS ont évalué ce nouveau «mode d’intervention». Ils ont statué que le jeu n’en valait pas la chandelle, les risques et les coûts ne compensant pas les avantages.

Le dépistage après 50 ans, lui, reste en revanche pertinent, même si une étude danoise publiée la semaine dernière prétend avoir démontré que le taux de mortalité par cancer du sein est identique que l’on dépiste ou non cette maladie.

Cette étude a fait un vrai tollé dans la communauté scientifique. Le British Medical Journal, qui l’a publiée, s’est fait traiter de tous les noms par plusieurs chercheurs en colère, qui se demandent comme une étude aussi baclée a pu passer les étapes de la revue par les pairs !

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Il serait tout aussi intéressant qu’un comité se penche sur les indications de traitement comme radiothérapie ou chimiothérapie pour les malades en phase avancée de cancer ainsi que sur les critères de dialyse ou autre intervention ou médication dispendieuse que notre RAMQ finance. A quel moment doit-on arrêter ou ne pas commencer? Ce n’est pas seulement les nouvelles technologies qui sont à revoir…Il faut trouver des instances pour encadrer les médecins dans la relation médecin patient qui prescrivent coûteusement à la société des traitements peut-être futiles ou sans grand bénéfices. Mais comme le patient ni le médecin n’est responsables de la facture, comment ne pas éviter de tomber dans le piège de « ne pas regarder à la dépense »?

J’ai entendu citer par des amis que la majorité des dépenses de santé pour gens en phase terminale de maladie X se faisait dans les trois mois précédent le décès. Est-ce vrai? Peut-on le savoir exactement comment l’argent en santé est dépensé? Si les dépenses en santé augmentent, et la demande de service aussi, c’est donc parce que les citoyens sont de plus en plus malades ou qu’on essaie de faire des traitements de plus en plus coûteux ou parce qu’on fait des traitement coûteux à des individus moribonds? Est-ce que l’espérance de vie en santé s’est même améliorée avec tous cet argent investi depuis des années?

Avec les études fiables et bien faites sur les effets néfastes de l’alimentation riche en gras et riche en protéines sur l’incidence de cancer, maladies cardiovasculaires et diabète, pourquoi ne pas justement voir à remédier aux sources des la demande de service?

Je trouve consternante la spirale dans laquelle on s’enfonce. Plus de maladies, plus de services, plus d’argent. Mais à quoi sert-il cet argent? A payer quoi? Des effets prévisibles d’une mauvaise alimentation?

Pourquoi ne pas rendre les choix mauvais pour la santé économiquement non rentables? Taxer la malbouffe, cigarette, viandes et produits laitiers néfastes pour la santé et regarder du côté des populations et tribus qui vieillissent bien, en santé et vivent longtemps pour trouver leur secret…(5% de protéine de source animale, aucun aliment transformé)

Sinon, nous ne serons jamais capable de tout payer. Jamais. Il faut voir les compagnies comme WholeFoods qui financent des programme de nutrition à leur employés les plus malades pour diminuer les coûts prévisibles des soins de santé que WholeFood auraient à payer. Les assurances ont commencé à piger tout ça. Pourquoi pas notre gouvernement?

Cette analyse repose toujours sur une approche curative.
A quand une recherche coût-bénéfices fondée sur la prévention ?
Comme on en fait peu généralement, je ne sais pas quels pourraient en être les critères ou paramètres mais, comme le veut le dicton populaire: « Mieux vaut prévenir que guérir! », je soupçonne que les compagnies pharmaceutiques qui s’enrichissent impunément sur la maladie s’opposeraient à y contribuer un tant soit peu, ne serait-ce que pour apaiser leur conscience…s’il leur en reste encore un brin.
Le joyeux retraité de Mazatlán.