Le Canada n’est pas prêt pour une marée noire

Le Canada n’est pas vraiment prêt à intervenir si un pétrolier ou un navire transportant des produits dangereux déversait une partie de sa cargaison dans le Saint-Laurent, les Grands Lacs ou sur les côtes de ses trois océans.

Le chapitre 1 du rapport (pdf en français) du Commissaire fédéral à l’environnement et au développement durable rendu public hier fait froid dans le dos.

Ce que le Commissaire a découvert en étudiant les pratiques de la Garde Côtière, de Transports Canada et d’Environnement Canada laisse présager que ces autorités risqueraient fort de cafouiller si un déversement majeur se produisait.

Voici les constats les plus inquiétants relevés dans ce rapport:

Le plan de gestion des urgences de la Garde côtière canadienne, qui date de 1998, et celui d’Environnement Canada, de 1999, ne sont pas à jour.

La connaissance des risques liés aux déversements d’hydrocarbures provenant de navires au Canada, un élément clé de la planification d’urgence, n’est ni complète ni à jour.

Le personnel de la Garde côtière canadienne craint que l’âge et la condition de son équipement d’intervention en cas de déversement d’hydrocarbures ne compromettent sa capacité de préparation et d’intervention. Les investissements dans l’équipement sont faits de façon ponctuelle dans les régions et selon la disponibilité des fonds, plutôt que selon une stratégie d’investissement coordonnée et fondée sur les risques.

Le Canada n’a pas ratifié le Protocole sur la préparation, la lutte et la coopération contre les événements de pollution par les substances nocives et potentiellement dangereuses adopté par l’Organisation maritime internationale en 2000.

Il y a 20 ans, un comité d’examen public recommandait au gouvernement fédéral d’instaurer un régime national pour les déversements de substances nocives et potentiellement dangereuses provenant de navires. Ce régime n’existe toujours pas et on ne s’attend pas à ce qu’il soit mis en place avant 2013.

Entre-temps, le Canada ne dispose pas de cadre officiel pour les interventions en cas de déversement de produits chimiques, et, notamment, n’a pas de définition précise des rôles et des responsabilités.

Les quelques 2000 déversements de navire rapportés à la Garde Côtière entre 2007 et 2009, même s’ils sont mineurs, sont peu documentés. L’information consignée dans le Système de déclaration des incidents de pollution marine est «incomplète et de qualité douteuse». On ne connait ni le niveau d’efforts déployés par la garde Côtière, ni le résultat obtenu. Les impacts environnementaux ne sont pas consignés clairement.

Entre 2007 et 2009, environ 1 580 des déversements d’hydrocarbures provenant de navires et 30 déversements d’autres substances ont été signalés à la Garde Côtière.

Certes, la fréquence des accidents pétroliers a beaucoup diminué dans les 40 dernières années.

Selon les statistiques de l’International Tanker Owners Pollution Federation, il y aurait eu en moyenne 3,3 déversements de plus de 700 tonnes de pétrole dans le monde chaque année au cours de la dernière décennie, soit deux fois moins qu’au cours des années 1990.

Ce n’est pas une excuse pour relâcher l’attention. Les mesures d’urgence sont comme des polices d’assurance: si on ne se préoccupe pas des petites lignes, on risque de se faire avoir.

Le Canada est, de loin, le pays au monde qui compte la plus grande longueur de côtes (202 000 km), même si celles-ci ne sont sûrement pas les plus fréquentées.

La grande majorité des Canadiens vivent à moins de quelques kilomètres des voies qu’empruntent les pétroliers et navires transportant des matières dangereuses.

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Je me demande quel pays est prêt pour ce genre de catastrophe? En plus, notre climat rendrait toute opération de nettoyage extrêmement compliquée. À cause de la multiplication des bactéries pouvant digérer le pétrole est très lente, presque pas d’évaporation parce qu’il fait trop froid, etc.

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