Le cerveau de la pandémie

Notre cerveau a de drôles de réactions depuis le début de la pandémie. Et ce n’est pas qu’une impression, confirme le chercheur montréalais Danilo Bzdok.

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Fatigué ? Déprimé ? Votre mémoire flanche ? Vous souffrez de solitude ? Depuis le début de la pandémie de COVID-19, bon nombre d’entre nous partout sur la planète répondent « oui » à ces questions. Un mélange de télétravail, de manque de contacts avec nos proches, d’absence de stimulations diverses, d’isolement à la maison à répéter sans cesse les mêmes gestes fait en sorte que notre cerveau a de drôles de réactions. En fait, il tente de s’adapter tant bien que mal à ces nouvelles conditions. Depuis plus d’un an, notre cerveau s’est modifié, nous disent plusieurs scientifiques, il est devenu un « cerveau de la pandémie ».

« L’humanité vit actuellement la plus grande expérience sociale longitudinale de son histoire », affirme d’un ton sobre mais solennel le chercheur Danilo Bzdok, de l’Institut-hôpital neurologique de Montréal, le Neuro. Ce médecin de formation dirige aujourd’hui le plus important laboratoire au monde d’analyse de l’effet de la solitude et de l’isolement sur le cerveau humain. Pour lui, l’Homo sapiens que nous sommes est d’abord et avant tout un être social et grégaire, et la pandémie a certainement affecté notre cerveau. 

Car avant même l’arrivée de la COVID, l’Organisation mondiale de la santé avait déclaré que la solitude était l’un des plus grands problèmes de santé publique de notre époque. On parle ici d’une solitude perçue, c’est-à-dire que l’individu n’arrive plus à combler son besoin essentiel d’interaction sociale, même s’il est dans son cocon familial. La solitude se compare à la faim, il s’agit d’un signal que génère notre cerveau pour, dans ce cas, nous indiquer que nous souffrons de ne pas avoir de contacts avec les autres. À long terme, elle peut mener à l’hypertension, à une baisse du système immunitaire, à un risque accru de désordres psychiatriques, au déclin cognitif, à l’alzheimer et même au suicide.

« Nous avons démontré que les gens qui souffrent de solitude ont des modifications dans plusieurs régions du cerveau que l’on nomme le réseau cérébral par défaut », déclare Danilo Bzdok, qui a confirmé cette découverte en puisant dans une cohorte de 40 000 individus, dont 20 % disent souffrir d’une solitude subjective, ce qui est près de la moyenne mesurée dans la population générale avant la pandémie. 

Ce réseau composé de trois régions de notre cortex est normalement actif quand vous et moi sommes distraits, dans la lune, ce qui arrive plusieurs fois par jour. Dans ces moments-là, nous pouvons réfléchir au passé, à l’avenir et aux différents scénarios de notre présent. Avec la solitude, ces régions sont suractivées. Il en résulte une véritable augmentation de leur volume et de leurs connexions avec le siège de nos mémoires, une autre région que l’on nomme l’hippocampe.

Pour l’instant, de nombreux laboratoires partout dans le monde suivent l’évolution de grandes cohortes pour mesurer ce qui s’est passé lors de la pandémie, dont le laboratoire du Neuro. Il est encore trop tôt pour en avoir le cœur net. Mais selon Danilo Bzdok, l’effet de la solitude liée à la COVID-19 a certainement déclenché chez plusieurs des mécanismes de compensation du manque d’interaction sociale : abus d’alcool, de drogues, de cigarettes et de vapotage. Il s’inquiète également de voir monter en flèche le nombre de cas de dépression et d’anxiété. 

Si nos cerveaux se modifient face à l’isolement entraîné par les consignes sanitaires, c’est à cause d’un mécanisme essentiel à notre survie, la plasticité du cerveau. Cet organe est littéralement plastique et s’ajuste à de nouvelles réalités. Même les pertes de mémoire occasionnelles sont les conséquences d’une mosaïque de facteurs provoqués par l’isolement : le stress, l’ennui et la dépression. 

Une grande question : est-ce réversible ? Notre cerveau reviendra-t-il à la normale ? « J’aimerais avoir une réponse définitive, mais c’est plus complexe que ça », affirme le chercheur Bzdok. De nombreuses études sur les singes semblent conclure que leur cerveau possède cette capacité. Mais ce que nous vivons n’a jamais été analysé scientifiquement auparavant chez l’être humain. Avec un déconfinement promis pour cet été, il reste à espérer que la résilience dont nous parle le grand psychiatre Boris Cyrulnik depuis si longtemps nous permettra de retourner à nos bons vieux cerveaux d’avant la pandémie.

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après lecture de ce biais, j’ai l’impression que ces très savants neurologues nous parlent d’un cerveau collectif dont je suis loin d’être certain qu’on peut en répertorié, mesuré, localisé précisément les régions. Et si, la solitude ressemble à la faim; pourquoi ne pourrait-on pas dire que, comme le jeûne peut faire du bien, il en est de même pour la solitude? il y a une marge que ces recherches sophistiqués ne semble pas considérer ni mesurer efficacement; la différence entre solitude et isolement. Quand on me sussure que la solitude est un problème de santé public, je me mets en mode résistence!

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Paul, Paul, Paul… Pauvre Paul. Votre sentiment d’être si intelligent vous empêche de voir le ridicule du sophisme pourtant tellement flagrant qu’est votre argument. Vraiment, Aouch. Pas fort, pas fort, mon Paul. Premièrement, pour ce qui est du jeûne, les experts sont très divisés à ce sujet. N’empêche que, pour le peu de connaissance que je détiens à ce sujet, je crois comme vous qu’il pourrait être sain. Du moins, quelques jours, une semaine au plus ! Avez-vous déjà jeûner durant 14 mois, vous ? Je ne suis pas une savante à votre « hauteur », mais, et c’est une opinion personnelle, j’ai extrêmement de difficultés à m’imaginer les bienfaits de jeûner durant 14 mois. En effet, un moment de solitude d’une période similaire à celle d’un jeûne, nul doute que ça peut avoir des bienfaits, notamment pour ce qui est de faire une introspection. Ce que, de toute évidence, vous n’avez pas fait assez souvent pour critiquer ces « très savants neurologues » et ce, sans même avoir conscience du ridicule de vos propos.
Sur ce, passez une belle journée Paul ! Enfermez-vous seul quelques temps, réfléchissez, acceptez que vous êtes fort possiblement bien moins brillant que vous ne le croyiez. J’ignore vous avez quel âge, mais votre argumentaire lui, est digne d’un ado de 15 ans, sans plus.

Merci beaucoup de partager avec moi des ouvrages française ce qui concerne la philosophie,la psychologie,la sociologie, l’éducation, l’enseignement supérieur,…

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