Le financement de la recherche fondamentale, c’est vital

Voici un résumé des études fondamentales en cours, témoin d’un esprit communautaire entre les chercheurs de tous les pays. Et de l’importance de financer la recherche… « avant » les crises.

Photo : D.R.

La pandémie de COVID-19 est tout un signal d’alarme pour les pays qui ont ignoré la mise en garde de chercheurs éminents quant à l’inévitabilité des pandémies.

Ce sont les chercheurs en sciences fondamentales, par leur travail acharné et assidu, qui sont responsables du décryptage des mécanismes moléculaires de différentes maladies, dont celles causées par le virus. Une fois encore, ce sont eux, en l’espace de quelques mois et semaines, qui ont identifié les composantes génétiques et moléculaires du nouveau coronavirus (SRAS-CoV-2) et établi des méthodes fiables et rapides pour sa détection et l’évaluation de sa virulence chez l’humain.

Ces études fondamentales, résumées ici, témoignent d’un esprit communautaire entre les chercheurs de tous les pays qui dépasse les frontières nationales. Ils sont unis pour vaincre la pandémie.

Plusieurs articles publiés dans les publications scientifiques les plus prestigieuses ont permis d’établir les moyens et définir les orientations à prendre à court terme pour contrer la progression de la maladie, ainsi que la stratégie à suivre pour mettre en place des plans thérapeutiques efficaces.

Mécanismes de transmission

Les coronavirus du SRAS-CoV-2 responsables de la pandémie de COVID-19 provoquent des infections en pénétrant dans les poumons. Les virus infectent nos bronches sous forme de gouttelettes produites par une personne infectée en toussant ou en éternuant.

Dans les poumons, le virus, qui est formé d’une couronne couverte de protéines, s’attache à certains récepteurs protéiques à la surface des cellules pulmonaires. Ce processus permet l’entrée du matériel génétique du virus dans les cellules.

Le matériel génétique viral prend alors le contrôle des machines moléculaires de nos cellules pulmonaires pour se multiplier en de nombreuses copies, qui infectent d’autres cellules. À mesure qu’ils s’accumulent dans les bronches et les poumons, la toux transmet le virus d’une personne à l’autre.

Sans vaccin ni médicament pour lutter contre cette infection virale, nous devons compter sur notre système immunitaire pour combattre le virus ; c’est pourquoi les malades chroniques et les personnes âgées qui ont un système immunitaire affaibli sont les plus à risque.

Rapidité des publications scientifiques

Des scientifiques de Wuhan, en Chine — d’où le virus est originaire —, ont caractérisé la séquence génétique du nouveau virus extrait des poumons de leurs patients. Ils ont découvert que le SRAS-CoV-2 utilise le récepteur ACE2 sur les cellules pulmonaires humaines pour amorcer l’infection. Le même récepteur était utilisé par le virus à l’origine de l’épidémie de SRAS en 2002. Ils ont ainsi utilisé cette caractéristique pour développer une méthode de diagnostic moléculaire pour suivre l’infection virale et déterminer sa durée chez les patients. Ces chercheurs ont également identifié les anticorps produits par les patients pour combattre le virus et l’éliminer.

Grâce à la communication ouverte et rapide à l’échelle mondiale de ces résultats, d’autres découvertes ont suivi par d’autres scientifiques en Chine et par deux groupes de chercheurs basés aux États-Unis, au Texas et à Seattle.

En un temps record, ces différents groupes ont pu visualiser la protéine à la surface des épines et son récepteur ACE2 en 3D à un niveau de résolution atomique. Leurs résultats ont permis de caractériser les mécanismes utilisés par le virus pour infecter nos cellules. Le groupe de Seattle a fait une autre découverte : ils ont identifié une mutation dans le nouveau virus qui diffère du coronavirus du SRAS de 2002.

Des scientifiques allemands et autrichiens ont concentré leurs efforts à identifier la façon dont la protéine des épines est reconnue par les cellules pulmonaires pour permettre l’entrée virale. Leurs travaux ont permis de trouver un médicament potentiel qui bloque l’entrée du SRAS-CoV-2 dans les cellules pulmonaires.

Ces découvertes fondamentales des processus moléculaires associés à l’infection ont permis l’établissement d’une stratégie efficace utilisée pour la fabrication de vaccins, d’anticorps et de médicaments antiviraux.

Un autre article publié dans Science souligne le grand défi que représente la COVID-19 sur la santé publique. Une étude collaborative entre des chercheurs aux États-Unis, en Italie et en Chine a montré que la restriction des voyages était efficace seulement lorsqu’associée à des protocoles rigoureux de mise en quarantaine des voyageurs.

Les efforts canadiens

Les instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), un organisme de financement de la recherche en santé, ont lancé un programme de subventions rapide pour soutenir la recherche sur les coronavirus.

Le Canada pourrait envisager de mener des recherches supplémentaires sur les crises sanitaires liées aux pandémies virales récurrentes.

Par exemple, les nouvelles découvertes décrites par le groupe de Seattle ci-dessus sur la nouvelle mutation de la protéine de pointe dans le virus du SRAS-CoV-2 ont un lien avec les travaux d’un chercheur canadien, Nabil Seidah, directeur du laboratoire de neuroendocrinologie biochimique à l’Institut de Recherche clinique de Montréal (IRCM). Le Dr Seidah est un expert de renommée internationale dans l’étude d’une classe d’enzymes appelées protéines convertases, dont la furine fait partie.

La furine est l’enzyme qui reconnaît la mutation sur la protéine des épines. Elle a été découverte par le groupe de Seattle. En collaboration avec des chercheurs français, le professeur Seidah a démontré que la furine pourrait s’attaquer au nouveau coronavirus responsable de la COVID-19. Le Canada a la chance de compter parmi ses chercheurs l’un des plus grands experts au monde pour cette classe d’enzymes.

Le biologiste moléculaire Nahum Sonenberg est un autre chercheur dont les découvertes constituent une base fondamentale dans le développement de nouvelles approches thérapeutiques pour contrer plusieurs virus, dont le SRAS-CoV-2. Le professeur Sonenberg a révolutionné l’étude des virus en découvrant comment ils coopèrent avec la machinerie de nos cellules pour fabriquer leurs propres protéines. Sa découverte a permis à des chercheurs du Texas de mettre au point un médicament actuellement en essai clinique pour lutter contre toutes les souches du virus de la grippe.

Les professeurs Seidah et Sonenberg, comme beaucoup d’autres chercheurs canadiens de pointe, ont été financés par les IRSC par plusieurs programmes de subventions, dont celui de « Fondation ». De nombreux bénéficiaires de la subvention Fondation sont des experts reconnus sur le plan international comme des chefs de file en immunologie, en virologie, en métabolisme, et dans les maladies infectieuses. D’autres ont un lien direct avec la lutte contre la pandémie actuelle. Ainsi, pour maximiser nos chances de gagner ce combat contre la COVID-19, il est absolument vital de maintenir un financement vigoureux et continu pour nos chercheurs.

Il est donc essentiel que le gouvernement canadien permette à ces chercheurs de classe mondiale d’avoir accès à tous les moyens financiers et logistiques pour soutenir leurs travaux ; par exemple en leur donnant accès aux différents programmes de financement IRSC existant.

Il n’est pas dans l’intérêt du Canada de limiter les moyens de recherche de nos chercheurs les plus talentueux lorsque des problèmes de santé et de maladie aussi sérieux émergent.

John Bergeron remercie Kathleen Dickson en tant que coauteure et Michel Desjardins (Université de Montréal), Richard Rachubinski (Université d’Alberta) et Imed Gallouzi (Université McGill) pour les idées, corrections et modifications.La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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