Le financement de la télésanté

La télésanté coûte cher et chacun a été témoin de l’échec de projets pour cause de financement interrompu. Paradoxalement, c’est souvent en faisant miroiter des économies possibles que les champions de la télésanté vendent leurs projets. « Il faut mettre l’accent sur l’augmentation de la qualité des interventions cliniques et la continuité des soins. On ne sait pas dans quelle mesure nous pourrons réaliser des économies et des gains de productivité », lance le Pr Guy Paré.

Le financement de la télésanté

Le Dr Michel Bureau, directeur général des services de santé et médecine universitaire du MSSS, soutient que la télésanté coûte trop cher si elle n’apporte pas de valeur ajoutée à ce qui se fait déjà. « Notre engagement financier doit être à la mesure du véritable besoin. C’est à l’usage que les coûts bénéfices deviendront évidents. À ce moment, on investira davantage. »

Financement récurrent

En attendant, les pionniers ont appris des erreurs passées. « Bien des projets technologiques n’ont pas survécu à la phase pilote. Lorsqu’on a planifié les projets des RUIS (Réseaux universitaires intégrés de santé), on a prévu des budgets récurrents », souligne Johanne Desrochers, directrice associée pour les programmes de télésanté de l’Université McGill qui, après les engagements verbaux du Dr Bureau, attend maintenant une confirmation écrite de Québec à propos du financement qui assurera dans l’avenir la viabilité des nouveaux services concernés.

Jean Boulanger, coprésident du RUIS de l’Université Laval, n’est pas inquiet même si l’annonce officielle tarde. « Il nous faut maintenant un centre de coordination pour assurer la pérennité de nos projets, en faire la valorisation et du développement pour d’autres spécialités. Ça va se faire avec l’appui du Ministère qui le souhaite aussi. » Là encore, on attend de recevoir les lettres officielles qui confirmeront les sommes investies par Québec pour assurer la prochaine étape de développement des programmes mis en place par le RUIS. « Ce centre fera certainement avancer la télésanté au Québec. Mais attention, il faudra aussi fournir des ressources pour les régions », ajoute le Dr Jean-Paul Fortin, professeur titulaire au Département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval.

Une bonne répartition de l’argent

Pour le Dr Fortin, il y a deux dimensions au financement de la télésanté. « Si on veut qu’elle reprenne de la vigueur, il faut augmenter l’argent investi et aussi s’assurer que sa distribution va à qui en a le plus besoin. » Des exemples ? Si un malade peut rester aux Îles-de-la-Madeleine au lieu d’être soigné à Montréal, il faut prévoir qu’il coûtera plus cher à l’établissement qui le gardera au lieu de l’envoyer se faire soigner ailleurs. Et un malade qui reçoit des télésoins à domicile fera faire des économies au système sur le plan de l’urgence et de l’hospitalisation, mais les coûts de son CSSS augmenteront.

Des actes virtuels, oui, mais rémunérés !

La rémunération des actes, l’autre volet du financement de la télésanté, est en passe de se régler. « Certaines barrières légales ont été enlevées et on a créé des conditions favorisant l’identification et la définition des ententes sur la rémunération », affirme le Dr Fortin. Voilà pour les progrès. Cependant, il faudra faire du cas par cas, ce qui n’est pas, selon lui, suffisamment incitatif. « Quand plusieurs  spécialistes sont impliqués, dans les projets de téléconsultations par exemple, cela peut devenir extrêmement compliqué. Ne serait-il pas plus simple d’avoir un principe de rémunération de base dès le départ et de l’adapter si nécessaire par la suite ? » questionne le Dr Fortin. C’était pourtant l’occasion rêvée de mettre en place un mécanisme plus porteur pour la télésanté, dit-il, mais il a bien conscience que la voie choisie concorde avec les mécanismes actuels de négociation entre les médecins et le Ministère.

Selon Jean Boulanger, le processus avance bien. « En pathologie, nous avons obtenu la reconnaissance des actes en télésanté et nous ferons la même chose pour les autres programmes des RUIS. Il n’y a aucune inquiétude concernant les négociations au cas par cas et je trouve qu’il est normal d’utiliser cette pratique maintenant. » Ce qui ne l’empêche pas d’imaginer que, plus tard, quand le Ministère et les fédérations verront que le processus est sur la bonne voie, « ils en viendront à majorer l’acte globalement ».

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