Le iPad entre à l’hôpital

Un projet-pilote à l’Hôpital d’Ottawa a complètement transformé les rapports entre le personnel et les patients. On s’arrache les 2000 tablettes !

Un projet-pilote à l’Hôpital d’Ottawa a complètement transformé les rapports ent
Photos : Joannie Lafrenière

« Vous devrez me tuer pour m’enlever mon iPad ! » Voilà ce que lancent, en blaguant, certains médecins qui ont participé à un projet-pilote à l’Hôpital d’Ottawa, fin 2010.

Au départ, une vingtaine de professionnels de la santé se sont vu remettre une tablette d’Apple. « Le premier jour, certains se demandaient pourquoi on voulait implanter un jouet à l’hôpital », se souvient le Dr Glen Geiger, médecin interniste et dirigeant principal de l’information clinique dans ce qui est le troisième centre hospitalier en importance au Canada. Mais en quelques jours, dit-il, le scepticisme a fait place à un enthousiasme débridé. À la fin du projet-pilote, certains étudiants en méde­cine subtilisaient les tablettes pour les apporter dans d’autres services qui n’en étaient pas encore équipés !

Aujourd’hui, près de 2 000 tablettes ont été distribuées, surtout à des médecins, des pharmaciens et des infir­mières. À terme, 3 000 professionnels en auront une. C’est le plus imposant déploiement du genre dans un hôpital en Amérique du Nord.

Quand on se promène dans les corridors du Campus général, on a l’impression d’être dans un film de science-fiction. Plusieurs médecins circulent avec un iPad à la main ou en bandoulière. D’autres portent une blouse de laboratoire dont la poche intérieure a été agrandie pour y accueillir l’appareil.

Une vision d’avenir qui, paradoxalement, nous ramène vers le passé. Mais pour le mieux, selon Dale Potter, chef du Service des technologies de l’information de l’hôpital : « Plus jeune, j’ai été hospitalisé. Et je me souviens que tous les renseignements médicaux qui me concernaient se trouvaient dans un dossier fixé au pied de mon lit. »

L’informatisation, depuis les années 1980, a centralisé ces dossiers dans des systèmes qui ne sont accessibles qu’à partir d’ordi­nateurs, généralement placés aux postes de garde. « On a trois ordinateurs à l’étage, et il y a toujours un engorgement pour les consulter », raconte Danielle Renaud, infirmière de liaison. Sans compter que le personnel soignant doit faire de fréquents allers et retours entre la chambre d’un patient et l’ordinateur où se trouve son dossier.

Mais avec sa tablette, Danielle Renaud peut faire la tournée des patients et avoir un accès instantané à une foule de données : résultats d’examens, d’analyses, radiographies, etc. « Parfois, pendant notre ronde, le radiologiste a lu un scan, alors on peut voir le résultat plus vite et agir plus rapidement », ajoute sa collègue Paule Desmarais.

Ainsi, le iPad a ramené médecins et infirmières au chevet des malades, selon le Dr Geiger : « Quand un patient me pose une question, je peux tout de suite consulter son dossier. Si les résultats sont là, j’y ai accès et je peux les lui montrer. S’ils ne sont pas arrivés, le patient voit que j’ai vérifié. » La relation s’en trouve améliorée, car les patients et leurs familles se sentent davantage dans le coup, précise-t-il.

Il fallait un brin de folie pour investir dans un projet pareil. Les Ontariens se relèvent à peine du scandale dans lequel a été impliqué l’organisme cyberSanté. Un milliard de dollars ont été dépensés en vain pour informatiser les dossiers médicaux, ce qui a entraîné la démission du ministre provincial de la Santé David Caplan, en octobre 2009.

Jusqu’à maintenant, l’intégration du iPad à l’Hôpital d’Ottawa a coûté huit millions de dollars en 18 mois. En plus d’acheter les appareils et de mettre en place des bornes Internet sans fil couvrant plus de 18 hectares, la direction a embauché une équipe pour programmer des applications spécialisées permettant d’accéder aux dossiers des patients et à une foule d’autres bases de données déjà utilisées par l’hôpital. Bientôt, les médecins pourront rédiger et faire exécuter des ordon­nances directement sur le iPad.

L’argent se fait rare en santé. Mais le personnel croit que le gouvernement ontarien ne sabrera pas ce programme. « Je ne pense pas qu’on nous enlèvera les iPad, parce qu’ils contribuent à accélérer le roulement des patients », dit l’infirmière Paule Desmarais. Il semble en effet qu’ils aident à diminuer le temps qu’un malade passe à l’hôpital, une des grandes priorités des administrations.

Qui plus est, le personnel soignant s’est attaché à ces petits appareils. « Pas question de revenir en arrière », dit le Dr Geiger.

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