Le jour où tout a basculé

Le rideau noir est tombé d’un coup quand le pétrole a commencé à jaillir des entrailles de la plateforme Deepwater Horizon, par 1 500 m de fond.

Marée noire : Le jour où tout a basculé
Photo : Gerald Herbert/AP/PC

Début avril, le biologiste Mark Benfield captait des images rarissimes d’une gigantesque méduse vivant à plus d’un kilomètre de profondeur dans le golfe du Mexique, grâce à un robot sous-marin prêté par la compagnie Chevron. Ses vidéos de Stygiomedusa gigantea, avec ses quatre bras mesurant plus de six mètres de long, ont fait le tour du monde. Puis, le rideau noir est tombé d’un coup quand le pétrole a commencé à jaillir des entrailles de la plateforme Deepwater Horizon, par 1 500 m de fond. Les images de la marée noire et des premiers oiseaux englués ont envahi les écrans et plongé les États-Unis dans une crise majeure.

« J’ai travaillé pendant des années avec BP et les gens de la plateforme pour inventorier la biodiversité sous-marine en utilisant leurs engins sous-marins téléguidés. Jamais je n’aurais cru cet accident possible ni que la fuite serait si difficile à colmater », ra­con­­te, encore sous le choc, ce natif de Toronto de 52 ans, professeur à l’Université d’État de la Louisiane, à Baton Rouge, depuis 1996.

Maintenant, im­­pos­sible de savoir exactement ce qui se passe au fond du golfe, alors que le pétrole a commencé à atteindre les côtes. Mais Mark Benfield est très inquiet. « Les méduses géantes, comme beaucoup d’autres espèces des grandes profondeurs, n’ont aucune protection contre la contamination. Elles migrent verticalement chaque jour, mais ne peuvent pas fuir si elles croisent du pétrole. Si elles tombent sur une nappe, elles sont foutues. »

Tous les océanographes et autres scientifiques rêvent de faire le tour du monde marin, de vivre une aventure à la Vingt mille lieues sous les mers. Les océans sont loin d’avoir révélé tous leurs mystères. « Le drame, c’est qu’on commence déjà à saccager un monde qu’on est encore en train de découvrir », regrette amèrement le biologiste.

 

Laisser un commentaire