Le lait, Darwin et moi…

L’intolérance au lactose (sucre contenu dans le lait des mammifères) n’est pas une maladie. C’est même la norme chez les mammifères qui, adultes, sont naturellement intolérants au lactose. D’un point de vue évolutionniste, c’est tout à fait sensé.

Pour tous les jeunes mammifères, quelle que soit l’espèce, l’allaitement est extrêmement avantageux : il permet au jeune de grandir et de prendre des forces sans aucune dépense d’énergie. L’allaitement demande, en revanche, énormément d’énergie pour la mère qui, elle, a besoin de sevrer son petit pour se préparer à une prochaine grossesse. Elle commence donc à résister à l’allaitement aussitôt que le jeune est assez fort pour survivre. Par des coups de pattes et des morsures par exemple. Et la programmation génétique vient l’aider : à un certain âge, des gènes de contrôle viennent « éteindre » chez son petit la production de lactase, nécessaire pour digérer le lactose. Le lait devient alors désagréable pour le jeune. Il s’en va. L’intolérance est donc une adaptation.

L’homme est un mammifère, soumis au même mécanisme. Mais un mammifère qui a eu, un jour, la bonne idée d’inventer l’élevage. Et qui s’est rendu compte qu’il était possible de nourrir ses petits avec le lait de chèvre, de brebis ou de vache. Un grand avantage…

Mais certains petits humains ne devenaient jamais intolérants au lactose. Leur gène de contrôle ne fonctionnait pas. «Dans les sociétés humaines qui pratiquaient l’élevage, ce ‘défaut de fabrication’ s’est transformé en un immense avantage, surtout en période de rareté alimentaire», dit Cyrille Barette, professeur de biologie à l’Université Laval. Les individus qui toléraient le lactose avaient ainsi plus de chances de survie. Cette caractéristique s’est donc répandue dans la population humaine, surtout en Occident. L’animal humain continue, lui aussi, à évoluer.