Le long marathon contre le coronavirus

Geneviève Dubé réalisait un demi-marathon, un demi-Ironman et deux triathlons olympiques chaque année. Trois mois après son deuxième test négatif à la COVID-19, elle peine toujours à monter les escaliers.

Photo : Ariane Labrèche

Pas étonnant que les patients l’aient surnommée « Geneviève-Soleil » : la nutritionniste Geneviève Dubé, venue prêter main-forte comme aide de service pendant deux semaines ce printemps dans un CHSLD de Laval, avait écrit son nom et dessiné l’astre du jour sur sa visière afin de mettre un peu de lumière dans l’établissement. 

Tout n’était pas sombre, remarquez. Il y avait une patiente, une toute petite grand-maman que la femme de 39 ans faisait danser. Il y avait les petits instants de complicité, les fous rires, qui rendaient plus tolérables les moments où elle voyait mourir ceux dont elle tenait la main.

Puis, le 1er mai, Geneviève Dubé a eu à peine le temps d’afficher dans quelques chambres les dessins colorés faits par ses enfants de 6, 8, 10 et 12 ans avant d’être prise de vertiges. Elle a dû reprendre ses esprits dans un fauteuil roulant, près du lit de la vieille dame à qui elle donnait à manger à la cuillère. Incapable de finir son double quart de travail, elle est rentrée chez elle. 

C’est sa chambre, à la maison, qui a fini par être tapissée des dessins de ses enfants. 

Seule dans la tempête

En rentrant chez elle, frissonnante, la mère de famille a pris sa température en fermant les yeux. Quand elle a regardé le thermomètre, l’écran numérique affichait un résultat sans appel : 38,1 °C. « Je l’ai su tout de suite. Je n’ai même pas eu besoin d’attendre d’avoir le résultat de mon test, qui s’est avéré positif. La première personne que j’ai appelée, c’est ma mère. Je lui ai dit : “Maman, je l’ai attrapée” », réussit à raconter Geneviève avant qu’un sanglot n’étrangle sa voix. 

Assise dans la cour de la maison de ses parents, à Laval, la mère de famille de Saint-Sauveur raconte son histoire en chuchotant. Trois mois après son deuxième test négatif, celle qui réalisait un demi-marathon, un demi-Ironman et deux triathlons olympiques chaque année peine à monter les escaliers. Elle flotte dans ses vêtements, devenus trop grands depuis qu’elle a perdu neuf kilos, et grelotte au moindre coup de vent. « Je savais que la première bataille serait difficile, mais jamais, jamais, je n’aurais pensé que la deuxième serait si ardue », lâche-t-elle.

Geneviève Dubé est tombée au combat. Et après avoir tant donné au cours de ces deux semaines, elle s’est retrouvée seule pour affronter la tempête. « Je ne laissais ni mes enfants ni mon mari m’aider, parce que je ne voulais pas qu’ils tombent malades. Mes enfants m’ont cependant fait des petits spectacles chaque jour; ils m’appelaient sur FaceTime pour me forcer à manger. C’est vraiment eux qui m’ont permis de remonter la pente », dit-elle, les yeux voilés de larmes. 

Elle se rappelle chaque instant passé dans cette pièce devenue prison. Les éclairs de douleur qui foudroyaient ses jambes, l’étau qui enserrait son thorax au point où elle craignait l’embolie pulmonaire, la tachycardie qui faisait s’emballer son coeur d’athlète. Elle se souvient des nuits aussi, des cauchemars où elle revoyait les ravages qu’avait causés le virus dans les chambres du CHSLD, dont elle demande de taire le nom par respect pour les familles. 

Un jour, Geneviève Dubé a pensé qu’elle allait y passer. « Je suis partie pour l’hôpital. Ma troisième m’a demandé si je m’en allais mourir et je n’ai pas su quoi lui répondre », raconte-t-elle.

Son mari l’a conduite devant les portes de l’hôpital, mais elle l’a obligé à la laisser seule, par crainte qu’il contracte la maladie. En franchissant les portes des urgences, Geneviève s’est effondrée sur le carrelage froid, ses jambes refusant de la soutenir. « J’ai dit haut et fort : “Je suis positive, mais j’ai besoin d’aide.” J’ai passé cinq minutes au sol. Un infirmier a fini par venir me relever avant qu’on me mette dans un aquarium. J’ai dû manoeuvrer mon fauteuil roulant moi-même, alors que je manquais d’air simplement en me faisant un shampooing chez moi. Je me suis sentie comme si c’était de ma faute, comme si j’étais un kamikaze qui allait faire exploser le virus sur tout le monde », dit-elle.

Si le virus n’a finalement pas réussi à faucher Geneviève Dubé, il a tout de même révélé la fragilité de son existence. La chaleur d’un rayon de soleil sur son visage est devenue précieuse, tout comme les câlins et les bisous de ses quatre enfants. Son goût et son odorat sont revenus peu à peu, mais des odeurs comme celle de la vanille ne lui évoquent plus rien. Elle a trouvé du réconfort dans les témoignages de groupes Facebook, comme « J’ai eu la COVID-19 ». Toutefois, sa vraie vie, comme elle l’appelle, semble vouloir rester un souvenir du passé. 

« Dans neuf mois, je pourrai peut-être enfourcher mon vélo. En 2022, je pourrai peut-être songer à refaire un triathlon. Le temps passe trop vite, par contre. Quand je serai de nouveau moi-même, ma fille aura quoi, 15 ans ? Je perds du temps, du temps que je ne retrouverai jamais avec mes enfants », dit Geneviève Dubé. 

C’est ça, le message qu’elle souhaite faire passer. La COVID-19, c’est la loterie du pire, celle où piger le mauvais numéro a de graves conséquences. On peut être asymptomatique, comme on peut frôler la mort malgré l’absence de facteurs de risque. Quand elle évoque les manifestations antimasque, son visage se durcit. « C’est dire qu’on n’en vaut pas la peine. C’est mettre en danger la vie de ses voisins, de ses parents. J’aimerais qu’on soit plus bienveillants les uns envers les autres, qu’on soit capables de prendre soin de ceux à qui le virus peut être fatal. C’est sûr que ça semble abstrait, comme ça, quand on lit les nouvelles, mais un jour, ça va finir par atteindre une personne importante pour vous », dit Geneviève Dubé. 

Elle se lève pour marcher vers l’entrée, à petits pas. Ses quatre enfants papillonnent autour d’elle, dorés par le soleil et encore mouillés d’un après-midi de baignade. Ce n’est pas encore le quotidien, mais dans l’air chaud de cette fin de journée de juillet, c’est un souffle de vie qui semble vouloir revenir, doucement. 

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Peut-être qu’elle en demandait trop à son corps justement. Le virus a révélé l’usure prématuré de celui-ci du à l’excès d’activité physique.

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Jacques, n’importe quoi…l’usure prématuré de son corps par l’excès d’activité physique! Auriez-vous peur de dire que ce virus frappe AUSSI n’importe qui, même en bonne santé. Quelle façon de banaliser les impacts de cette pandémie! En tout cas bonjour l’empathie…

Bonjour Ariane…je vous met au defi d’ecrire un article avec une personne qui a eu le covid et qui n’a eu aucun effet secondaire et s’en ait sortie sans probleme…il y en a des tonnes…comme le cancer…etc…

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