Le poids de la pandémie

Enfin le déconfinement, enfin une certaine liberté retrouvée ! Si, ayant pris quelques kilos pendant la pandémie, vous ou votre adolescent éprouvez une certaine gêne à revoir famille et amis, voici des conseils pour dédramatiser la situation.

EdnaM/Getty

Recommencer à avoir des activités sociales signifie s’exposer au jugement des autres. Ça vous inquiète ? Tout d’abord, sachez que vous n’êtes peut-être pas le seul de vos proches à avoir de nouveaux bourrelets : 37,3 % des Canadiens auraient pris entre 6 et 10 livres (soit de 2,75 à 4,5 kilos) depuis l’apparition spectaculaire de la COVID-19, selon un sondage de l’Agri-Food Analytics Lab de l’Université Dalhousie publié en avril 2021.

Le stress serait en grande partie responsable de ce gain de poids, puisqu’il bouscule nos habitudes alimentaires, la nourriture — et pas nécessairement la moins sucrée ! — devenant source de réconfort, à toute heure du jour ou de la nuit. Tous les groupes d’âge sont concernés depuis 15 mois, mais selon le sondage de l’Université Dalhousie, 83 % des membres de la génération Y (1981-1996), suivis de près par la génération Z (1997-2005), figurent actuellement parmi les Canadiens les plus stressés.

Pour Isabelle Thibault, professeure de psychoéducation à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke, spécialisée en attitudes et comportements alimentaires problématiques, la question du poids n’est pas seulement une affaire de régime ou de silhouette, mais également de perception.

Le déconfinement signifie le retour aux activités familiales et sociales, que certains voient comme des obligations. Plusieurs savent déjà qu’ils devront affronter des remarques peu subtiles, voire blessantes, sur leur tour de taille. Comment s’y préparer ?

D’abord, oui, il faut s’y préparer ! Ayez des phrases toutes faites, répondez avec humour, du tac au tac, même si ce n’est pas donné à tout le monde. Se préparer évite d’être pris au dépourvu et nous rend plus à l’aise dans la situation sociale.

Par contre, il faut aussi être vigilant sur la façon dont on reçoit, et perçoit, les commentaires de la famille, des amis et de l’entourage. Une adolescente m’a raconté : « Ma tante disait que j’avais de grosses joues. » Pour la jeune fille, ça signifiait qu’elle était grosse, mais pour la tante, ça voulait dire qu’elle était belle !

Cette question semble délicate à l’adolescence, période remplie de doutes, dont sur l’apparence corporelle. Qu’est-ce que les parents peuvent dire, et faire, pour aider leur enfant préoccupé par son poids ?

Comme parent, la première réaction, normale, c’est de rassurer son enfant et lui dire à quel point il est beau. Mais il faut creuser davantage le sujet, ne pas nier ce qu’il exprime. Dans notre cœur, c’est le plus beau au monde, mais lui ou elle ne se sent pas comme ça. On doit l’aider à se percevoir au-delà de son corps et de son poids, explorer toutes les autres sphères de sa vie.

Pendant la pandémie, l’augmentation des préoccupations alimentaires chez les jeunes était liée à leur isolement, au fait de ne plus aller à l’école, de ne plus voir leurs amis, et de passer plus de temps devant les écrans et sur les réseaux sociaux. Les petits soucis prennent alors beaucoup plus d’importance, parce que le soutien social pour exprimer ce que l’on vit, se changer les idées ou se sentir valorisé est absent.

Au fond, ce que vous dites aux parents, c’est de prêcher par l’exemple.

Les parents ne devraient jamais oublier qu’ils font office de modèles auprès de leurs enfants. Si eux-mêmes réagissent avec humour devant un commentaire sur leur apparence, ils prouvent qu’ils sont autre chose que leur poids.  

À l’opposé, un parent qui affiche des préoccupations par rapport à son poids et à son apparence, enchaînant les régimes tout en disant à son enfant qu’il est beau comme un cœur alors que lui-même se plaint de son physique, ce n’est pas très cohérent. Et même si les parents croient bien cacher leurs incohérences, les enfants, eux, savent les déceler. Il n’y a pas de parent parfait. Ce n’est pas grave de faire une erreur ; ce qui importe, c’est de la rattraper, d’envoyer le bon message, et d’ajuster son discours au besoin.

Notre obsession collective à l’égard de notre taille cache-t-elle quelque chose de plus profond ?

On voit une réelle augmentation des troubles alimentaires, particulièrement chez les jeunes, depuis le début de la pandémie, mais si l’on se base sur ce que rapportent les médias, le confinement aura néanmoins eu un effet bénéfique : beaucoup de personnes se sont mises à cuisiner davantage.

Tout le monde est préoccupé par son apparence, et c’est normal. Jamais je ne dirai que l’apparence est anodine, car ce n’est pas vrai ; plusieurs études scientifiques ont démontré que les personnes physiquement belles obtenaient plus d’avancement dans leur carrière. Mais cela n’a pas toute l’importance qu’on y accorde, et la perception de soi relève d’un phénomène global.

Il faut aussi s’intéresser davantage à tout ce qui entraîne cette préoccupation. Dans notre société, vouloir être mince ou musclé, c’est une question d’effort, de discipline et de saine alimentation. Je me sens nul, toujours en situation d’échec ? Alors je me tourne vers ce que je peux contrôler : mon alimentation, mon poids, mon apparence. Tout est lié à l’estime personnelle.

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Vous oubliez le fait qu’on mange plus parce qu’on est toujours à la maison, c’est-à-dire à quelques pas du frigo. Moi je sais que c’est pour ça que j’ai pris ces deux maudites livres!

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Il faut continuer à en parler dans les médias et les réseaux sociaux pour faire évoluer la science svp. Moi j’aie eu la chance d’avoir une Gyneco ouverte d’esprit et informer et je me porte beaucoup mieux et je ne sens en sécurité surtout que ma mère a fait 2 AVC. Alors j’en souhaite autant pour tout les femmes qui le désirent. MERCI À VOUS TOUS

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