Le point sur la COVID-19 et les enfants

La rentrée scolaire et la montée du variant delta ont ravivé les craintes de parents qui redoutent des conséquences graves sur la santé des petits et la fermeture des classes. Voici ce qu’il faut comprendre. 

SvitlanaMartyn / Getty Images / Montage L'actualité

Le 13 septembre 2021, nous avons mis à jour cet article afin de préciser pourquoi l’incertitude demeure en ce qui concerne la prévalence de la « COVID longue » chez les enfants.

Ce qu’il faut retenir 

Après 18 mois de pandémie, les études et les statistiques sont très rassurantes en ce qui concerne l’effet du virus chez les enfants. On sait que, dès l’âge de 10 ans, les enfants sont aussi susceptibles que les adultes d’être infectés, mais que les plus jeunes le sont peut-être un peu moins. Près de la moitié des moins de 18 ans qui contractent le virus n’ont aucun symptôme, selon une méta-analyse des études publiées à ce sujet. Enfin, et c’est le plus important, on sait que les cas graves sont très rares chez les enfants, qui  ne meurent presque jamais de la COVID. Il reste cependant encore plusieurs inconnues sur l’effet du variant delta. 

Des statistiques rassurantes

Le Québec compte environ 900 000 enfants de 9 ans et moins. Depuis le début de la pandémie, près de 34 000 d’entre eux ont reçu un test positif au SRAS-CoV-2, soit parce qu’ils ont eu des symptômes, soit parce qu’ils ont été testés dans le cadre d’enquêtes épidémiologiques. Un total de 227 petits Québécois ont été hospitalisés avec la COVID, que cette infection soit la cause de leur admission ou pas. Parmi eux, 32 ont reçu des soins intensifs. Et aucun enfant d’ici n’est mort de la COVID. 

Les statistiques colligées dans d’autres pays confirment que presque tous les enfants sont très peu affectés par le virus. En Europe, par exemple, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, sur les 400 708 enfants âgés de 1 à 11 ans dont le test était positif au SRAS-CoV-2 entre début janvier et fin juin 2021, 0,2 % ont été hospitalisés, 0,013 % ont été traités aux soins intensifs et 0,004 % sont décédés. Aux États-Unis, l’American Academy of Pediatrics rapporte que, selon les États, de 0,1 % à 1,9 % des enfants qui avaient été déclarés positifs ont été hospitalisés depuis le début de la pandémie jusqu’au 26 août dernier. Ces deux statistiques tiennent compte des cas provoqués par tous les variants, dont le delta qui s’est largement répandu aux États-Unis et en Europe cet été.

Combien de cas à venir ?

Dans la semaine du 29 août, près de 17 % des nouveaux cas de COVID au Québec se sont déclarés chez des personnes de 0 à 9 ans. Cette proportion jamais atteinte auparavant inquiète puisque l’école ne fait que commencer. C’est environ deux fois plus qu’au début de la deuxième vague de l’automne 2020, avant la fermeture des écoles décrétée à la mi-décembre. 

Cependant, il faut rappeler que le pourcentage de cas chez les jeunes augmente à mesure que les adultes se font vacciner. C’est  logique, puisque le vaccin empêche en bonne partie d’être infecté. En mars, mai et juin 2021, cette proportion était déjà d’environ 13 %. Puis, elle est retombée à 10 % des cas en juillet, avec les vacances scolaires, et elle augmente depuis.

En nombre absolu d’enfants touchés par la COVID, la situation n’est — pour l’instant — pas la pire vécue depuis le début de la pandémie : dans la semaine du 29 août, 729 enfants de moins de 9 ans ont reçu un test positif à la COVID, contre 1 224 cas la semaine du 20 décembre 2020.

Ces dernières semaines, les données de séquençage montrent que le variant delta est en cause dans un peu plus de la moitié des cas de COVID au Québec. On sait que ce variant est au moins deux fois plus contagieux que les souches précédentes, et qu’il semble infecter tout autant les enfants que les adultes, comme les souches précédentes. Là où la rentrée scolaire a déjà eu lieu, le nombre de cas chez les enfants a rapidement augmenté. Aux États-Unis, par exemple, où le variant delta est quasiment le seul en circulation, le nombre de cas chez les 5-11 ans a doublé durant le mois d’août. Il est donc logique de s’attendre à une rapide augmentation des cas chez les enfants lors de la rentrée scolaire.

Les dernières projections, tant au Québec qu’au Canada, prévoient une augmentation du nombre de cas et des hospitalisations dans la population non vaccinée, mais aucune ne distingue la situation des enfants. 

Des cas plus graves ? 

Quelques études réalisées principalement en Angleterre ont montré que, dans la population générale, le risque d’hospitalisation à cause du variant delta chez les personnes non vaccinées serait environ doublé par rapport à ce qu’il était à cause du variant alpha qui prédominait auparavant. Une étude (en prépublication) a montré que le variant delta multiplierait la charge virale par 1 000, mais elle n’inclut aucun enfant. Or les petits ne sont pas des adultes en miniature : il semble que leur système immunitaire soit particulièrement efficace pour contrôler l’infection dès l’arrivée du virus dans leurs voies respiratoires supérieures, comme l’a démontré une étude récente.

Depuis l’arrivée du variant delta aux États-Unis, des médias ont rapporté les propos de plusieurs médecins disant n’avoir jamais vu des cas aussi graves chez les enfants. Mais la toute première analyse qui vient d’être publiée par les CDC est plutôt rassurante : l’augmentation du nombre d’enfants et d’ados infectés a bien, par ricochet, entraîné une hausse du nombre d’hospitalisations, mais les cas ne sont pas plus graves qu’avant.

Les chercheurs ont notamment étudié des données récoltées dans 14 États entre le 20 juin et le 14 août, période au cours de laquelle le variant delta s’est généralisé. Ils ont ainsi pu estimer que le nombre d’hospitalisations chez les moins de 18 ans a alors été multiplié par cinq, pour atteindre un sommet équivalent à celui de la deuxième vague, en janvier dernier. La hausse a été particulièrement marquée chez les 0-4 ans, avec une multiplication par 10 du nombre de petits pris en charge à l’hôpital. 

Mais le sort des enfants hospitalisés n’est pas devenu plus dramatique : dans les deux périodes, environ un quart d’entre eux ont dû recevoir des soins intensifs — ça peut sembler beaucoup, mais il faut comprendre que cela inclut la simple ventilation par une canule nasale pour augmenter le taux d’oxygène dans le sang, qui serait souvent réalisée par précaution. Avec ou sans le variant delta, environ 6 % des jeunes hospitalisés ont dû subir une ventilation mécanique invasive, et environ 1 % sont décédés.

Les ados vaccinés et infectés alors que le variant delta était omniprésent ont été 10 fois moins nombreux que les non-vaccinés à devoir être hospitalisés.

Les observations anecdotiques des médecins américains résultent donc probablement de la loi des nombres : plus il y a de cas, plus il y a de risques qu’un médecin diagnostique un cas grave, même si la proportion de ceux-ci n’augmente pas. 

Quelles complications ?

Une étude publiée en avril dernier réalisée sur 756 jeunes de moins de 18 ans ayant dû recevoir des soins intensifs aux États-Unis à cause d’une forme grave de COVID a montré que 84 % d’entre eux avaient au moins une autre maladie comme l’obésité, le diabète, de l’asthme sévère ou des troubles immunitaires, psychiatriques ou neurologiques. Malgré tout, l’immense majorité des enfants qui présentent ces problèmes de santé n’ont pas été hospitalisés quand ils ont contracté le virus.

En avril 2020, des médecins britanniques ont été les premiers à repérer des problèmes inflammatoires touchant plusieurs organes, dont souvent le cœur, survenant chez des enfants entre deux et six semaines après qu’ils eurent eu la COVID, sans qu’ils aient de facteurs de risque particuliers ou eu une COVID sévère. Ce problème, baptisé depuis syndrome inflammatoire multisystémique chez les enfants (MIS-C) est encore mal compris, mais on sait aujourd’hui qu’il est très rare et rarement grave, même s’il est source de beaucoup de stress et d’anxiété pour les familles touchées.

Une étude publiée en juin dernier a examiné tous les cas de ce syndrome survenus dans sept États américains chez des moins de 21 ans, entre avril et juin 2020. Les chercheurs ont estimé que 0,03 % des jeunes infectés avaient développé ce syndrome, qui semble toucher particulièrement les enfants âgés de 6 à 10 ans. 

En juillet 2021, des chercheurs britanniques ont publié le suivi après six mois de 46 enfants traités pour ce syndrome dans le plus grand hôpital pédiatrique de Londres, où ils ont séjourné pour une durée pouvant aller de 8 à 16 jours. Il ne restait presque plus aucune trace de cet épisode chez les enfants et 45 d’entre eux étaient retournés à l’école. Dans ce groupe, huit enfants avaient déjà des problèmes de santé chronique importants avant d’attraper la COVID : notamment, deux souffraient d’une maladie génétique héréditaire, l’anémie falciforme, et un de spina bifida.

On ne sait pas encore si le variant delta augmente les risques de ce syndrome en particulier, mais le fait que les chercheurs américains n’aient pas vu une augmentation de la gravité des cas chez les patients hospitalisés est plutôt rassurant.

Et la « COVID longue » ?

La proportion de cas de syndrome post-COVID-19 touchant les enfants est extrêmement difficile à évaluer, comme chez les adultes, car il n’existe pas encore de définition précise de ce problème et les résultats des études varient grandement. On ne sait pas si le variant delta en augmentera les risques.

La première étude publiée sur la « COVID longue » chez les enfants, par des chercheurs italiens en avril 2021, a fait très peur. Elle estimait que près de la moitié d’un groupe de 129 enfants ayant eu un test PCR positif souffraient de symptômes plus de deux mois après l’infection, même si le quart d’entre eux n’avaient eu aucun symptôme au départ. Dans cette cohorte, cependant, six enfants avaient été hospitalisés, dont trois aux soins intensifs, et trois avaient souffert du MIS-C, ce qui fait que ce groupe est très peu représentatif de l’ensemble des enfants touchés par la COVID. Les enfants avaient été sondés par téléphone, et 79 % d’entre eux s’étaient dit pas ou peu dérangés par leurs symptômes persistants.

Par la suite, plusieurs études ont établi à environ 10 % la proportion d’enfants susceptibles de ressentir certains symptômes comme de la fatigue, de l’insomnie, des problèmes de concentration, des maux de ventre ou de tête… plus d’un mois après l’infection. Cependant, dans ces études, l’état de santé des enfants ayant eu la COVID n’avait pas été comparé avec celui d’un groupe témoin d’enfants n’ayant pas été infectés. Quand des chercheurs allemands ont entrepris de le faire, chez des adolescents, ils n’ont trouvé aucune différence dans l’incidence de nombreux symptômes rapportés par les deux groupes. Ils ont tenu compte de nombreux symptômes rapportés dans la littérature scientifique (ou encore par des médecins et des parents), mais ils ont laissé certains de côté, comme l’essoufflement. Ils en ont conclu qu’il est possible qu’une partie des symptômes attribués au syndrome post-COVID soit plutôt due au lourd fardeau mental que la pandémie impose aux jeunes.

Dans la dernière étude de grande ampleur publiée à ce sujet en mai (en prépublication), des chercheurs britanniques ont répertorié les cas à partir des symptômes repérés par les parents de milliers d’enfants au moyen d’une application : ils ont estimé que 4 % d’entre eux avaient encore des symptômes un mois après l’infection, et 1,6 % après deux mois. La fatigue et les maux de tête sont les deux symptômes les plus fréquemment rapportés après cette période. Pour l’instant, on ne sait pas s’ils persistent plus longtemps, alors qu’il s’agit d’une question cruciale : il y a tout un monde entre garder des traces d’une maladie pendant deux mois et en avoir des séquelles durables.

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Pour juger de l’importance des effets de la Covid chez les enfants de moins de 12 ans, il faudrait les comparer avec ceux causés par les autres virus respiratoires, rhumes et grippes. Actuellement, il y a plus d’enfants hospitalisés à l’hôpital Sainte-Justine de Montréal à cause des autres virus que du coronavirus causant la Covid. Et ce, malgré le fait que ce dernier est beaucoup plus contagieux. Ce qui veut dire que les enfants se défendent mieux contre lui que contre les autres virus. Beaucoup plus d’enfants en contact avec ce coronavirus sont asymptomatiques comparés avec ceux causant les autres maladies respiratoires. À tel point qu’il n’est pas certain que les avantages de la vaccination chez les moins de 12 ans surpasseront les inconvénients. À suivre.

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Ces phrases ne font aucun sens.. » Cependant, il faut rappeler que le pourcentage de cas chez les jeunes augmente à mesure que les adultes se font vacciner. C’est logique, puisque le vaccin empêche en bonne partie d’être infecté. » on comprend que les adultes sont moins à risque vu la vaccination mais ça n’explique pas du tout l’augmentation des cas chez les jeunes..

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