Le Québec a 10 ans de retard

Les superinfirmières y sont 13 fois moins nombreuses qu’en Ontario, et leur pratique est semée d’embûches. À qui la faute ?

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Il faudrait une petite révolution pour que des cliniques dirigées par des « superinfirmières » voient le jour prochainement au Québec. « On a au moins 10 ans de retard sur l’Ontario », dit Suzanne Durand, directrice de la Direction du développement et du soutien professionnel à l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).

Cinq ans après l’entrée en fonction des premières infirmières praticiennes spécialisées (IPS), le Qué-bec n’en compte que 157, dont une centaine en première ligne, les autres travaillant dans les hôpitaux en néonatalogie, en cardiologie et en néphrologie. En tout, elles ne représentent que 0,3 % des 35 000 infirmières. L’Ontario en dénombre 2 000, soit 13 fois plus.

Non seulement les superinfirmières sont beaucoup moins nombreuses au Québec, mais leur champ d’exercice est considérablement plus restreint. Elles n’ont obtenu que des pouvoirs délégués, qu’elles doivent constamment négocier avec le Collège des médecins. Elles sont, dans les faits, subordonnées à ces derniers.

Par exemple, elles ne peuvent prescrire que les médica-ments inscrits sur une liste établie avec l’accord des méde-cins. Si un nouveau médicament est autorisé par les pou-voirs publics, les infirmières ne pourront pas le prescrire sans avoir reçu l’approbation du Collège des médecins, ce qui peut prendre jusqu’à deux ans, selon Suzanne Durand. « Et quand il y a enfin un règlement, le médi-cament est parfois déjà dépassé, déplore-t-elle. En santé, ça bouge vite… »

Les IPS doivent aussi négocier avec les médecins, au cas par cas, la liste des examens diagnos-tiques et des actes qu’elles ont le droit d’accomplir. Ces contraintes limitent sérieusement leur effi-cacité. Elles sont formées pour reconnaître et dia-gnostiquer des affections chroniques (comme le dia-bète, l’hypertension, l’asthme et certaines maladies pul-monaires obstructives chroniques)… mais ne sont pas autorisées à entreprendre un traitement, contrairement à leurs consœurs ontariennes. « Elles peuvent faire l’investigation, mais dès que les résultats des tests arrivent, elles sont obligées de transférer le dossier à un médecin », explique Suzanne Durand.

Un nombre croissant de groupes de médecine familiale embauchent des superinfirmières. Mais la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec a négocié pour chaque clinique une somme de 60 000 dollars par an par IPS y travaillant à temps plein, pour les frais de bureau et la « surveillance générale » des activités médicales de l’IPS.

« Ensuite, le gouvernement nous dit qu’il manque d’argent pour embaucher plus d’infirmières ! tonne Gyslaine Desro-siers, présidente sortante de l’OIIQ. Pourquoi doivent-elles être supervisées par des médecins ? Elles peuvent être parfaite-ment autonomes et se référer à un médecin au besoin. »

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