Le ras-le-bol d’un médecin sur la ligne de front

Le Dr François Marquis ne mâche pas ses mots quand vient le temps de parler de ceux qui nuisent au système de santé. Entretien à quelques jours du lancement de son recueil de réflexions Mes carnets de pandémie.

vm / Getty Image / Montage L'actualité

Des milliers de téléspectateurs québécois ont vécu la pandémie à travers les yeux du Dr François Marquis, chef des soins intensifs à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, au fil de ses nombreuses apparitions télévisées et de sa participation à l’émission De garde 24/7, sur les ondes de Télé-Québec. 

Afin d’offrir un accès encore plus privilégié et intimiste à cette aile particulièrement éprouvée du centre hospitalier de l’est de Montréal, le Dr Marquis publie cette semaine Mes carnets de pandémie (Les Éditions du Journal), un condensé de ses réflexions lors des première, deuxième et troisième vagues de COVID-19.

Pourquoi est-il si important pour le public de voir — et de lire — ce qui se passe dans les hôpitaux ?

Quand on voit, on est capable de saisir l’ampleur de la situation, de mesurer l’impact que nos choix peuvent avoir sur la société. Une pandémie, c’est probablement l’une des choses les plus complexes à comprendre. C’est là que la vulgarisation est importante. Le grand défi est de ramener ça à des bouchées qu’un non-expert sera capable de bien digérer, puis de bâtir des fondations pour qu’il puisse aller chercher des informations de plus en plus exactes et s’approcher de l’expertise. Si ces fondations sont mal faites, les gens se désintéressent ou se mettent à se baser sur des choses qui ne sont pas solides.

Dans vos carnets, vous revenez sur un tweet de l’animateur Jeff Fillion qui insinuait que les urgences de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont étaient vides, photo à l’appui. Vous aviez alors décidé de rectifier les faits avec l’équipe des Décrypteurs, à Radio-Canada. Les médecins ont-ils une certaine responsabilité à l’égard des cas de désinformation sur les réseaux sociaux ?

Comme expert, il faut avoir le courage de ne pas laisser gagner les trolls. Mais on n’est pas des justiciers sociaux. Notre but, c’est de dire la réalité, d’affronter ces gens et leur répondre : « Écoutez, ce que vous dites est faux. » 

Le plus difficile à gérer, c’est que tout ce que dit un expert est scruté à la loupe. Si je mets une virgule au mauvais endroit, il y aura une plainte au Collège des médecins contre moi. Pendant ce temps, des animateurs peuvent dire des énormités à des millions d’auditeurs sans être inquiétés. 

Dans un débat, le même standard d’excellence devrait s’appliquer à tous. Toutes les personnes à qui l’on donne un micro ou une plume devraient être tenues au même devoir d’exactitude. Le règne de l’opinion pour l’opinion et de la sensation pour la sensation devrait être réévalué.

Dans les dernières années, la désinformation n’était pas un aussi grand défi. Cette nouvelle réalité, où il y a des pseudo-experts qui défendent toutes sortes d’idées sorties de nulle part, incite les véritables experts à sortir de l’ombre. Ça a peut-être ça de bon.

Certains de vos collègues ont décidé de mettre fin à leur présence médiatique à cause des trolls. Ces derniers ont-ils gagné leur bataille ?

Certains trolls ont gagné par l’intimidation, par la menace. Il y a des campagnes anti-intimidation dans les écoles, mais les parents ont le droit de s’en prendre à n’importe qui.

C’est ce qui a mené à une écœurantite des médecins. Cette victoire est une grande défaite pour la société. On ne devrait pas les laisser gagner. 

Avez-vous observé une différence sur le terrain depuis le début de ce qu’on appelle la vague des non-vaccinés ? 

Quand on dit que la quatrième vague est la vague des non-vaccinés, c’est impressionnant de voir à quel point c’est vrai. La plupart des patients sont plus jeunes, et ce sont soit des non-vaccinés, soit des antivaccins. Les personnes doublement vaccinées qui sont hospitalisées ont pour la plupart un problème avec leur système immunitaire. 

C’est très dommage de voir à quel point ceux qui ont fait le choix conscient de ne pas se protéger ont un impact négatif sur tout le système de santé. Des personnes qui n’ont pas fait leur devoir de citoyen prennent la place d’autres patients, qui subissent par conséquent des retards dans la prise en charge de leur maladie grave. 

Avant l’arrivée des vaccins, il y avait cette perception que tout le monde était une victime, que les gens fassent attention ou non. Maintenant, il existe des moyens extrêmement efficaces de se protéger et de protéger les autres. C’est pour ça que le milieu médical et tous les acteurs du système de santé trouvent si difficile d’être contraints de traiter des gens qui sont en grande partie responsables de leurs malheurs.

Quelles solutions concrètes pourraient être mises en place pour passer au travers de cette vague ?

La vaccination obligatoire serait une solution médicalement acceptable. Mais c’est une question politique, et non médicale. 

Le triage peut aussi être repensé. Des gens ont dit : « Si tu n’es pas vacciné alors que tu aurais pu l’être et que tu tombes malade, peut-être que tu ne devrais pas être priorisé aux soins intensifs. » Encore là, c’est aux politiciens de se prononcer, et non aux professionnels de la santé. 

Un autre élément concerne une possible réorganisation du système. Comment peut-on s’assurer qu’il y a de la place pour tout le monde en attendant que les décisions politiques soient prises ? 

Il y a des gens qui ont travaillé très fort et qui se sont brûlés à travers tout ça. Comment peut-on les convaincre de revenir dans le système de santé ? Ce serait la solution la plus simple et la plus rapide. Ensuite, il faudrait mettre en place des conditions pour que des plus jeunes décident de venir travailler dans le système de santé. Là, pour les convaincre de devenir infirmière, inhalothérapeute ou préposé, il faut avoir de bons arguments.

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Je ne suis pas pour les manifestations violentes mais une chose que je trouve aberrante et non scientifique c’est l’information comme Il y a 500 nouveau cas dont 380 sont non vaccinés, ont une dose ou dont on ne connaît pas le statut. Cette information n’a aucune valeur puis qu’il pourrait y avoir 300 personnes qui sont vaccinés parmi ceux dont on ne connaît pas le statut. Pour être crédible, il faut fournir une bonne information. Je ne suis pas contre les mesures de protection bien qu’elles ne sont pas toujours logique. Il faut laisser la liberté aux gens. Ça fait des années que les urgences débordent. Je sympathise avec tous ceux qui ont à vivre cette expérience (les patients et le personnel). Mais une crise était prévisible. Je ne serai par contre, jamais pour la pensée unique mais pour la responsabilité personnelle. Chacun doit faire ses choix.
Finalement, ont devrait donner le passeport vaccinal à tous ceux qui ont eu la Covid puisque qu’Israël a découvert qu’ils ont plus d’anticorps que ceux qui ont eu le vaccin. Plus de rigueur et de respect des 2 côtés serait bienvenue. ET laisser tranquille les petit enfants qu’on voudrait vacciner pour protéger les adultes, c’est illogique puisque les adultes peuvent se protéger et faire leur choix. On ne connaît pas les effets à long terme sur les enfants qui n’ont pas fine de grandir…

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Les rapports sur les hospitalisations dues la quatrième vague font unanimement état d’une GRANDE majorité de gens non vaccinés. À moins que vous ne mettiez en doute la véracité de ces rapports, votre hypothèse selon laquelle 60 % des personnes dont on ne connaît pas le statut pourraient être vaccinées ne tient pas la route.

Personne n’ignore que les urgences sont débordées depuis longtemps. Mais elles ne l’ont jamais à ce point avant l’apparition du virus. Quand on en est rendu à devoir refuser des patients ou les transporter ailleurs, ce qui ne s’était pas produit auparavant à si grande échelle, c’est que le problème est réel. Tant qu’à y être, on pourrait aussi parler des unités de soins intensifs qui sont à ce point bondées par des patients atteints de la COVID qu’il faut renvoyer aux calendes grecques des opérations attendues depuis des mois.

Si on avait « laissé tranquilles les petits enfants » à l’époque où sévissaient les épidémies de rougeole, combien auraient connu une fin tragique si on ne leur avait pas administré le vaccin sous prétexte qu’on ne sait pas ce qu’on leur met dans le bras? D’ailleurs, triste constat, des épidémies de rougeole ont ressurgi ces dernières années dans les pays développés en raison justement de la résistance que mettent certains parents à faire vacciner leurs enfants. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’OMS : https://shrtm.nu/ZvgY.

À Chantal
Votre intervention est longue et navigue un peu dans le vague,l’incertitude. Cette lutte contre la covid c’est comme la guerre, il faut arrêter de « tatawiner » et prendre des décisions fermes et agir avec autorité. Sans ça on est perdants; ce n’est pas parfait, mais il n’y a rien de parfait en ce bas monde. quand on est menacé il faut faire face à la situation et agir quitte à casser des oeufs.
Pierre

« mais une chose que je trouve aberrante et non scientifique c’est l’information comme Il y a 500 nouveau cas dont 380 sont non vaccinés, ont une dose ou dont on ne connaît pas le statut. Cette information n’a aucune valeur puis qu’il pourrait y avoir 300 personnes qui sont vaccinés parmi ceux dont on ne connaît pas le statut ».. ?? Vous jouez à quoi, là? Ce que vous dites n’a aucun ses,

»Il faut laisser la liberté aux gens. » Les gens ne l’ont-ils pas la liberté? De se faire vacciner ou pas… par contre, n’ont-ils pas aussi une responsabilité personnelle de ne pas se faire contaminer, de tomber malade et d’engorger les lits de soins intensifs? Ce qui a un impact sur la liberté collective… Je préfère le modèle Québécois à celui de l’Alberta (libertarien)

Je suis d’avis que ceux qui ne veulent pas se faire vacciner et qui n’ont pas d’empêchement médical à ça aillent se faire soigner au privé. Ils ne devraient pas être acceptés au public. Je ne veux plus payer pour eux. Ils se fichent de nous,je me fiche d’eux. En plus ils prennent la place de gens qui ont un besoin urgent de soins.
Pierre Desrochers
Baie-Comeau

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100% d’accord avec vous, qu’ils se prennent dés assurances privés et s’arrangent, de toute façon ils n’auront presque plus d’impôts et taxes à payer à Revenu Quebec et à l’ARC puisqu’ils ne seront plus dans le système public.

Comme dans tous les autres professions, il y a énormément de gérants d’estrade en épidémiologie et internet n’aide pas puisqu’on y donne autant de place à la désinformation qu’à l’information. Puis, il y a les politiciens qui, comme le souligne le Dr Marquis, doivent prendre les décisions au lieu des experts et qui pensent en priorité à leur réélection, voulant ménager la chèvre et le chou.

On sait que la vaccination obligatoire est la meilleure solution pour faire face à la pandémie mais ce sont les politiciens qui abdiquent leur responsabilités pour des gains politiques et pour ne pas offusquer une certaine couche de l’électorat qui gobe en particulier les théories des complots. Pendant ce temps là, 1,8 millions de Québécois n’ont pas accès à un médecin de famille et ceux qui sont vraiment malades et attendent des chirurgies sont retardés ad vitam æternam, causant souvent leur décès.

Donc, pour ceux qui ne veulent pas se faire vacciner volontairement, il faudrait au moins qu’ils cessent de profiter des avantages de la gratuité du système de santé et qu’ils dussent payer leur hospitalisation et tous les soins médicaux qu’ils ont besoin en raison de leur décision de défier la science et le gros bon sens. Ça ne les empêchera pas d’être hospitalisés mais ils vont y penser à deux fois avant d’encourir des dettes pharamineuses et qu’ils devront ré-hypothéquer leurs maisons ou leur condos pour payer leur hospitalisation. Il y a des limites pour une société d’être bonasse et que pour certains d’entre nous de payer de leur vie pour des inconscients.

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Ici, tout le monde a presque raison. Mon regard est malheureusement limité à mon environnement et à mon expérience. Or, dans mon environnement proximal il n’y a eu aucun cas de personnes atteintes de Covid, ni de près ni de loin, heureusement. Suis-je pour ou contre la vaccination ? Plutôt oui que non. Suis-je d’accord avec l’obligation de la vaccination ? Non. Lorsque je vois ou j’entends des gens dire que les non vaccinés devraient soit ne pas être traités ou encore se faire traiter au privé je suis choquée. Le problème aux urgences n’est pas né du Covid19. Il y était bien avant. Si je suis la logique de certaines personnes, je dirais alors que tout ceux qui ne font pas de leur mieux pour maintenir un état de santé peuvent être considérés responsables des urgences débordantes,. Je pense à plusieurs conditions de santé : maladies cardiorespiratoires, diabète, obésité, etc. Je pourrais aussi blâmer le système éducatif qui n’enseigne pas comment maintenir un état de santé équilibré. Je pourrais blâmer notre système socio-économique pour la pauvreté présente, et persistante. Je pourrais blâmer les médecins qui ont abandonné l’idée d’enseigner et d’encourager les gens à mettre en place tout ce qui est nécessaire pour se maintenir en bonne santé et qui plutôt, chez certains, choisissent de donner des médicaments sans proposer d’alternatives. Le blâme au final pourrait être diriger envers tous, et je m’inclus (malgré que je sois en santé et vaccinée!). Toute cette histoire est très complexe. Je comprends M. Marquis d’en avoir le ras-le-bol considérant son contexte. Toutefois que cela vienne du gouvernement ou du collège des médecins ou de la population en général, est-il possible de cesser de se blâmer les uns et les autres. Tentons de rester ouvert aux alternatives possibles. Je pense qu’avec bienveillance et humanisme il est possible de trouver des solutions qui permettront de sortir de cette pandémie. Et dans tous les cas, le temps fera aussi son œuvre.

Dr Marquis , vous dites des faussetés, je suis un immunodéficient et non je ne me ferais pas vacciner, car la prochaine thrombose à mon artère fémorale gauche, va entraîner l’amputation de ma jambe, les vaccins, avec la protéine spyque, entraîne une modification de la constitution du sang, qui entraîne des caillots. Vous dites que les urgences sont pleine de gens non vacciné, faux, 72% des hospitalisation sont des vaccinés 2 doses, vous êtes probablement à la solde des laboratoires pharmaceutiques, avec votre verbatime, vous n’êtes pas professionnel de dire d’arrêter de soigner les nons vaccinés, votre serment d’hippocrate vous en faites quoi ?

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Outre le débat sur la capacité hospitalière et sur la vaccination, comment se fait-il qu’un médecin qui s’est prétendu débordé depuis le début de la pandémie et semant la peur à coups d’intervention dans les médias (principalement TVA et le Journal de Montréal) trouve le temps d’écrire un livre?

Non seulement il trouve le temps d’écrire un livre, mais il fait la promotion de son investissement dans une distillerie en même temps lors d’entrevues pour son livre.

Je ne doute pas que vos équipes ont dû avoir une pandémie difficile. Cela étant dit, c’est discutable de tenter de profiter au maximum de votre exposition médiatique (qui supposément était à des fins de santé publique) pour en profiter au maximum à des fins personnels.

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