Le salami, votre ennemi? Tout est relatif!

Manger 50 grammes supplémentaires de viande transformée tous les jours fait augmenter le risque de cancer du côlon de 18 %. Dans les faits, cela veut dire quoi?

Photo: lvneon/Pixabay
Photo: lvneon/Pixabay

Sante_et_scienceVotre risque de cancer du côlon augmente de 18 % si vous mangez 50 g supplémentaires de viande transformée tous les jours, comme on l’a vu et lu partout dans les médias cette semaine. C’est donc très grave! Adieu salami, jambon, saucisses, baloney? Pas vraiment.

Pourtant, la preuve est irréfutable: l’Agence internationale de recherche sur le cancer (IARC) a analysé plus de 800 études de qualité, comportant des suivis à long terme, afin d’évaluer le lien potentiel entre 15 cancers et les viandes transformées, d’une part, et les viandes rouges, d’autre part. Les viandes transformées sont cancérogènes, sans l’ombre d’un doute. Que comprendre alors?

C’est qu’il faut faire bien attention aux chiffres. Ce 18 % paraît un gros risque, mais il est mal compris. C’est ce qu’on appelle un «risque relatif». Il est bien différent de son grand frère, le «risque absolu». Voyons voir.

Le «risque relatif» de 18 % est en fait un pourcentage appliqué sur le «risque absolu», qu’il faut donc connaître avant de conclure quoi que ce soit quant au risque réel de manger du baloney. Heureusement, ce risque absolu est facile à calculer: c’est le risque de base d’avoir une maladie X, dans ce cas-ci le cancer du côlon.

On sait que 25 000 cancers du côlon seront diagnostiqués au Canada en 2015. Sur une population de 35 millions de personnes, le risque absolu (je fais le calcul pour vous) correspond à 7,2 cancers pour 10 000 personnes par an, ou encore 7,2 cancers pour 1 000 personnes sur 10 ans.

Ce risque de base correspond au risque individuel moyen d’avoir un diagnostic de cancer du côlon, ou encore au nombre de cancers qu’on trouve dans un groupe de 1 000 personnes.

Or, l’étude de l’IARC nous informe que si 1 000 personnes mangent 50 g supplémentaires de viande transformée tous les jours, leur risque de cancer du côlon augmente de 18 %. Dans les faits, cela veut dire quoi? Que le risque absolu passe de 7,2 à 8,5 pour 1 000 sur une période de 10 ans.

Autrement dit, parmi 1 000 personnes qui mangeront plus de viandes transformées, on trouvera environ un cancer de plus sur 10 ans. Cet effet paraît moins inquiétant, non? C’est pourtant le même chiffre, mais présenté autrement.

Les images suivantes illustrent encore mieux ce risque. La première montre le risque de base d’attraper un cancer du côlon (en jaune), pour 1 000 Canadiens (chaque carré = une personne) durant 10 ans.

Risque absolu d'avoir un cancer du colon au Canada (sur la des données 2015) . Durant les 10 prochaines années, 993 personnes n'auront pas le cancer et 7 recevront le diagnostic.
Risque absolu d’avoir un diagnostic de cancer du côlon au Canada (sur la base des données 2015) . Durant les 10 prochaines années, 993 personnes n’auront pas le cancer et 7 recevront le diagnostic.

La seconde image montre l’augmentation du risque si tout le monde ajoute 50 g de viandes transformées chaque jour à sa diète durant 10 ans: un cancer de plus en tout (1,3 en fait).

Risque d'avoir le cancer au Canada durant 10 ans pour 1000 personnes qui ajoutent 50 grammes par jour de viandes transformées à leur diète. 992 n'auront pas le cancer. 7 auraient eu le cancer de toute manière. Une nouvelle personne recevra un diagnostic de cancer causé par les viandes transformées.
Risque absolu d’avoir le cancer au Canada durant 10 ans pour 1000 personnes qui ajouteraient 50 grammes par jour de viandes transformées à leur diète. 992 n’auront pas le cancer. 7 auraient reçu un diagnostic de cancer de toute manière. Une nouvelle personne recevrait un diagnostic de cancer lié aux viandes transformées. (Note: le vrai chiffre est 1,3.)

Comment comprendre l’émoi causé par ces résultats? En partie par le fait qu’on oublie souvent de mettre en perspective les chiffres, notamment quand on parle de risque.

Comparer avec le tabac

Prenons une comparaison que tout le monde connaît: le triste exemple du tabac. On sait depuis longtemps que c’est une substance très cancérogène. Le CDC mentionne que le tabac augmente le cancer du poumon de 15 à 30 fois. Pas de 15 % à 30 %, notez bien.

Soyons clair: on parle alors d’une hausse de… 1 500 à 3 000 % du risque de base de cancer du poumon. Ne trouvez-vous pas que le 18 % des viandes transformées apparaît soudain plutôt modeste?

Cela se traduit aussi à l’échelle globale: on attribue environ un million de décès chaque année au tabagisme, contre 34 000 aux viandes transformées. C’est 29 fois plus.

Cette mise en perspective peut sans doute vous rassurer. Ou pas. Mais il s’agit des vrais chiffres. Et si je voulais améliorer l’état de santé de la population, je me concentrerais sur le tabagisme bien avant la consommation de viandes transformées.

Triturer la réalité

Le traitement médiatique est-il en cause ici? Je ne sais pas. L’information était généralement bien présentée, mais je pense qu’il faut aussi mieux l’expliquer. Des gros chiffres, c’est plus efficace pour attirer l’attention, au risque d’engendrer de fausses perceptions.

Si on écrit: «Le risque de cancer du côlon passe de 7,2 cas pour 1 000 personnes à 8,5 cas pour 1 000 personnes en 10 ans si on mange du salami!» (même résultat, mais exprimé autrement), on peut parier que la nouvelle se serait retrouvée en entrefilet à la fin du quatrième cahier.

C’est donc un dilemme: soit on met correctement en contexte la nouvelle, ce qui la rend un peu ennuyante, soit on la rapporte de manière frappante, mais sans mettre suffisamment de contexte. Quelle méthode fait mieux «vendre de la copie»?

Un risque déjà connu

Par ailleurs, cette nouvelle n’était même pas surprenante. Cela fait longtemps que les études démontrent les effets des viandes transformées sur le risque de cancer. L’IARC le confirme simplement de manière encore plus évidente. Mais surtout, c’est la classification des viandes transformées parmi les cancérogènes qui frappe l’imagination.

Pour les viandes transformées, le lien est donc bien démontré: elles causent le cancer et sont cancérogènes pour deux organes, le côlon et l’estomac.

Pour la viande rouge, le lien est moins certain. On parle d’un risque potentiel, parce que les études sont contradictoires, certaines montrant un lien avec le cancer et d’autres non. Mais dans l’hypothèse où il s’agirait bien d’un cancérogène, pour chaque hausse de 100 g par jour de la consommation, le risque de cancer du côlon augmente de 17 %. Notons que la consommation régulière de viande rouge semble également augmenter le risque de cancer du pancréas et de la prostate.

Les mécanismes par lesquels ces viandes causent le cancer demeurent encore plus ou moins hypothétiques. On a mis en cause les nitrosamines, présentes dans les viandes transformées. Les hydrocarbonés aromatiques et les amines aromatiques, présents dans les viandes, surtout après une cuisson à haute température, pourraient aussi jouer un rôle. On a également désigné le fer et le gras présents dans la viande comme vecteurs potentiels.

Ces différentes substances agissent sur certains gènes et causent un «stress oxydatif» aux cellules, deux mécanismes liés à quelques maladies, dont le cancer.

Arrêter de manger de la viande?

Personnellement, je ne mange pas tellement de viande rouge, préférant le poisson et les viandes blanches, comme le poulet. Mais dois-je vous recommander de cesser de consommer de la viande rouge et des viandes transformées en raison de l’étude mentionnée? La réponse est claire: pas vraiment. Il y a peut-être d’autres bonnes raisons de diminuer sa consommation de viandes rouges et de viandes transformées, mais celle-ci paraît fragile.

D’abord, dans le cas de la viande rouge, la preuve qu’elle est cancérogène n’est pas définitive. Ensuite, il faut aussi rappeler qu’elle possède des qualités intéressantes, notamment un taux de protéines élevé, de la vitamine B12 et du fer. Enfin, même si elle était cancérogène, l’incidence réelle sur le risque, décrit plus haut, serait limitée.

Dans le cas de la viande transformée, la preuve paraît concluante. Elle est bien cancérogène. Mais cela ne veut pas dire qu’elle cause beaucoup de cancers. Manger 50 g de plus de viande transformée par jour augmente le risque de cancer d’environ 1,3 cas pour 1 000 personnes sur 10 ans. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas beaucoup non plus. À vous d’y réfléchir.

Il est clair que si j’ai devant moi un fumeur, grand mangeur de salami et de steak, qui craint le cancer, je tâcherais avant tout de l’encourager à mettre fin au tabagisme. Je lui dirais ensuite de ne pas abuser de baloney.

Quant à la viande rouge, je lui mentionnerais que les données ne sont pas encore tout à fait claires. Et comme il est improbable que son salami le transforme un jour en viande froide, je lui dirais de le garder comme ami.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

40 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Toutes mes félicitations pour votre article sur les risques de cancer colorectal liées à la consommation de charcuteriescetcde viandes rouges.
J’ai eu la chance de survivre à un cancer rectal. Dès mon diagnostique, j’ai fait beaucoup de recherches sur ce type de cancer. Heureusement, comme j’ai fait une partie de ma carrière en statistique, J’ai pu lire et comprendre les résultats d’études publiés dans des revues scientifiques et médicales.
Cependant, votre article est le premier que je vois dans un magazine destiné à un large public qui donne une information valide et complète. Vous expliquez bien le concept de risque relatif et l’illustrez encore mieux.
Je peux seulement souhaiter que d’autres s’en inspire plutôt que d’alarmer les gens avec des titres alarmistes pour « vendre de la copie ».
Encore une fois bravo

Venant d’un survivant du cancer doublé d’un statisticien, je suis doublement touché par votre commentaire, qui me rassure aussi, puisque j’ai eu beau vérifier mes chiffres plusieurs fois, je ne voulais pas faire d’erreur! Mais effectivement, ce genre d’information est rarement présenté de cette manière… même aux médecins! Je tâcherai d’y revenir.

Il faudrait réévalué le risque pour une consommation quotidienne supérieure à 50 g de charcuteries ou 100 g de viande rouge ou de porc. Les gros mangeurs de viande peuvent en manger de 200 à 300 g par jour. Ensuite, vous avez évalué le risque pour 10 ans. Nous ne sommes pas des chiens et donc notre espérance de vie est de +/- 80 ans. Il faut donc multiplier par 8 le risque pour une vie entière.

Autre pont de vue critique sur votre évaluation exagérément optimiste : vous calculez le risque de manger 50 g de charcuteries de «plus». Or le risque sans ce 50 g supplémentaire est lui aussi lié à la consommation de viande. Le risque de développer un cancer causé par la consommation de viande doit inclure toute cette consommation et non pas seulement le 50 g supplémentaire.

C’est à dire que j’ai pris le taux actuel des cancers chez les canadiens, qui inclut donc le risque de base lié à leur alimentation actuelle. C’est donc correct dans ce contexte de parler d’un accroissement et d’un risque associé à cet accroissement.

Le risque à vie est de l’ordre de 7%, soit une personne sur 14. Ce risque passe à une personne sur 8% environ si la personne mange tous les jours 50 gr de plus. A vous de voir si vous trouvez que c’est un grand risque. Globalement, ça fait un cancer de plus par 100 personnes qui mangent toutes 50 gr de plus de viandes transformées par jour.

Je suis un homme de 76 ans. Je ne mange jamais de la charcuterie (depuis au mojns 45 ans) le Nitrate de Sodium me fait des terribles allergies. De plus le Chloride de Calcium qui se trouve dans toutes les fromages canadiennes et américaines, le Postassium Sorbate aussi. Donc je ne mange jamais des fromages nord américaines seulement ceux d’Europe (ou ces additifs – accelerateurs sont interdits). J’avais deux amis proches un Canadien et un immigrant Allemand. Les deux (grands mangeurs de Viande Rouge et de Charcuteries (tous les jours) sont tous deux morts du Cancer du Colon après 9 ans de chemotherapie etc. Il y a 45 ans déjà j’ai predit que les deux allaient mourir du cancer du colon juste en les voir avaler la viande rouge (le Canadien pas une cotelette mais 3) et l’Allemand des charuteries (truffés de Nitrate de sodium) chaque jour. Il y a quelques années déjà le WHO (OMS) avait averti la population mondiale des dangers de la viande rouge et des charcueries et les boucliers de l’industrie alimentaires se sont lèves. Comme cette semaine. Je fus hospitalisé en juin dernier avec une infection virale d’une valve de mon coeur. 5 jours en soins intensifs. On a introduite une caméra dans mes veines – résultat = minor irregularités moins de 4 % de dépôts. Les médecins de JGH m’ont dit si vous n’aviez pas eu une si bonne condition physiqque vous seriez mort le 7 juin dernier. Mes niveaux de cholesterol sont « en dessous » de valeurs de reference. En voyage à Hong Kong avec des Québecois (dans l’un des meilleurs Hotels) que ce que mes collègues canadiens ont mangé ? Pareille comme ici – sausisses, viande, bacon, pains grillés. Queceque moi le anadien né en Allemagne a mangé? Des fruits, des poissons, des céréales du soya. Presque tous mes collegues sont morts entretemps……..d’ailleurs je n’ai jamais fumé de toute ma vie. Ma devise est prendre soin de ma santé (manger le poins possible des viandes rouges et pas du tout des charcuteries)est payant. D’ailleurs on peut trouver du jambon (SANS NITRITES) mais il coûte plus cher.

Je ne nie pas le risque, je le mets en perspective. Ceci dit, l’argument le plus convaincant de tous ceux qui vous écrivez est évidemment ke fait que vous ne fumiez pas. Merci du commentaire.

Evidemment que tout est relatif :

336 décès et 1573 blessés grave lors d’accident de la route en 2014 au Quebec.

Donc, 2.72 par 10,000 personnes (assumant une population de 7,000,000).

Porter sa ceinture diminue de moitie le risque d’être blessé gravement ou tué lors d’un accident.

Si on assume que tout le monde portait sa ceinture lors des accidents en 2014, ne pas porter sa ceinture ne fait augmenter son risque absolu de seulement 0.02%.

Est-ce qu’on devrait quand même porter notre ceinture? 🙂

Et est-ce que le port de la ceinture doit continuer à être obligatoire ? Si oui, doit-on interdire la fabrication de charcuteries, saucisses, bacon, jambon etc.. ? Sinon, il y a un manque de cohérence dans le respect de la liberté individuelle ou dans le partage des coûts des soins de santé et de ceux nécessaires suite à un accident de la route.

À des fins d’équité, on pourrait commencer par imposer une taxe sur la viande et une double taxe sur les charcuteries. N’oublions pas que la consommation de viande et charcuteries a aussi un effet sur le développement de maladies cardiaques et non pas seulement de cancers. Les évaluations du Dr Vadeboncoeur sont donc imprécises et incomplètes.

J’ai simplement voulu parler du risque de cancer. J’ai mentionné qu’il pouvait y avoir d’autres raisons de ne pas en manger. Je doute par contre qu’elles soient très imprécises. Démontrez-moi le plutôt. Pour le reste, si on quantifie à 34 000 morts par année l’impact des viandes transformées. l’impact de les diminuer ne peut être qu’une fraction de ce nombre.

Je ne refais pas tous vos calculs, mais si vous dites vrai, on monterait déjà de 2.72 sur 10 000, soit le double de l’impact de la viande transformée, par ailleurs en atteignant surtout des personnes entre 18 et 30 (plutôt que 60-80) ans, ce qui est est encore bien pire en fait d’années potentielles de vies perdues. Alors, même avec votre exemple, je dirais oui, portons la ceinture..

Merci Dr. Vadboncoeur, je peux donc continuer à manger du jambon de temps en temps.J’adore le jambon et aussi l’agneau, le porc et le boeuf de façon raisonnable. J’apprécie votre grand talent de vulgarisateur qui permet au simple mortel comme moi de bien comprendre des données souvent complexes.

Le plus gros problème avec la viande rouge n’est pas la santé mais l’environnement. La consommation d’énergie nécessaire à la production de protéines animales est intenable pour nourrir la planète. Cela aura un incidence autrement plus grande sur notre santé que la consommation elle-même. La même approche est à faire avec les OGM, ce n’est pas un problème de santé mais un problème d’approvisionnement qui sera contrôlé par des multinationales intouchables.

Je connais moins ces éléments, mais j’ai bien mentionné qu’il pouvait y avoir d’autres raison de manger peu ou pas de viande rouge.

Merci Dr. Vadeboncoeur! Enfin un article qui donne une vérité claire, complète et super bien vulgarisée sur le sujet.

Je trouve qu’on banalise la hausse du risque associé aux charcuteries; ce n’est pas le tabac, bien sûr, mais ça reste cancérigène et le principe de précaution devrait s’appliquer. Et qui sait si le 18 % n’est une pas un minimum et que c’est plutôt 25 ou 30 % d’augmentation que les études subséquentes mettront en évidence ? Mais même à 18 %, une personne sur 1000, c’est tout de même pas mal de monde à l’échelle d’une population comme le Québec, d’autant plus qu’il s’agit d’un cancer très difficile à traiter et dont le taux de survie relativement faible. À mon sens, l’identification de n’importe quel facteur du mode de vie qui peut réduire le risque de développer ce cancer doit être pris en compte.

La quantifier n’est pas la banaliser. Et c’est une bonne façon d’établir des priorités. Si le risque est limité, le gain l’est également. Comme on ne peut pas tout régler en même temps, mieux vaut investir (comme la lutte au tabagisme) là ou l’impact est le plus grand.

Tout ça c’est une véritable tempête dans un verre d’eau. Comme M Charlebois et Vadeboncoeur le mentionnent bien, une augmentation de 18% des cas de cancers, ce n’est rien. Qu’on passe de 0.72% de probabilité de développer un cancer du colon en 10 ans à 0.85%, c’est rien. Ce n’est probablement même pas réel. Dans ce genre d’études, il y a habituellement une grande marge d’erreur, habituellement supérieure à 20%.

Pour qu’une étude soit valable, elle doit être bien faite, et on doit faire une réelle étude clinique. Ici, on n’a que des études observationnelles où on observe une corrélation entre 2 facteurs. Les auteurs et/ou les médias en ont tiré comme conclusion qu’il y avait un lien de cause à effet. Rien n’est prouvé dans ce domaine.

D’autres facteurs ont été suggérés pour expliquer les résultats publiés. Entre autre, ceux qui mangent davantage de viandes rouges fument davantage. Ils ont un indice de poids corporel plus élevé, font moins d’exercice, boivent davantage d’alcool, etc. Bien que les auteurs de l’étude disent avoir pris ces facteurs en considération, on peut se demander si leur analyse statistique est valable, parce que chacun de ces facteurs ne fait qu’augmenter la marge d’erreur, l’imprécision du résultat, et diminue la validité des conclusions qu’on peut en tirer.

De plus, et ça on n’en parle pas, le nombre de décès est supérieur pour les groupes qui mangent très peu de viande et ceux qui en mangent beaucoup. Ce taux est inférieur chez ceux qui en mangent modérément. On pourrait conclure que manger de la viande favorise une meilleure santé, mais que ceux qui en mangent beaucoup ont trop d’autres mauvaises habitudes (cigarette, alcool, manque d’exercice, etc) qui affectent leur santé négativement.

Pour en savoir plus sur la critique de cet article, considéré comme pseudoscientifique, je vous renvoie aux sites suivants: http://garytaubes.com/2012/03/science-pseudoscience-nutritional-epidemiology-and-meat/ et http://www.zoeharcombe.com/2012/03/red-meat-mortality-the-usual-bad-science/

Un autre critique scientifique, John Ioannidis, critique la plupart des études scientifiques dans son article Why Most Published Research Findings Are False disponible gratuitement à http://journals.plos.org/plosmedicine/article?id=info:doi/10.1371/journal.pmed.0020124 Il mentionne entre autre qu’un facteur d’augmentation d’un risque inférieur à 100% ou une diminution de moins de 50% ne sont probablement pas très crédibles ni reproductibles.

Michel Belley
chercheur en chimie médicinale pendant 26 ans

Petite correction

La métaanalyse des 22 chercheurs sur laquelle l’IARC développe ses recommandations n’est pas encore disponible au complet. Il n’y a qu’un compte-rendu de 2 pages sur ce sujet.

La référence que j’ai donné ci-haut concerne deux autre études sur le même sujet, réalisées il y a quelques années (avant 2012), mais avec 120000 participants suivis pendant environ 20 ans. Les conclusions tirées de ces études sont fort probablement similaires à celles de l’IARC. Peut-être même sont-elles déterminantes dans leur métaanalyse.

Pour ce qui est de la consommation de viande, le compte-rendu de l’IARC ne s’appuie que sur 15 études sur les 800 analysées. Seulement 7 de ces études ont mesuré un lien statistiquement significatif entre la consommation de viande et le cancer du colon. Ça laisse quand même la moitié des études qui ne détectent rien de significatif. Avec les charcuteries, c’est 6 études sur 9 qui rapportent un effet statistiquement significatif.

Ici la magie de la métaanalyse semble survenir. Lorsqu’on combine des études qui montre une corrélation statistiquement significatrice avec des études n’en montrant pas, il est possible qu’on obtienne une métaanalyse donnant… une corrélation statistiquement significative.

J’ai bien hâte de voir le rapport final.

Merci de remettre les pourcentages en perspective. Il semble que l’OMS ait adopté les techniques de vente de l’industrie pharmaceutique…. Réduction de X% de faiire un infarctus (non du % et encore moins du risque absolu). Mais ça fait vendre. Pareil pour certains traitements oncologiques qui coûtent les yeux de la tête sans grand avantage mais que l’on s’assure que les groupes de « malades » (ou de pression) véhiculent haut et fort ces données….
J’ai toujours grand plaisir à vous lire.
Danielle Doyon

Effectivement, c’est même stratégie de marketing très courante des pharmaceutiques auprès des médecins.

Merci pour cette mise en perspective, très bonnes explications facile à comprendre pour le commun des mortels !

Merci mille fois Dr Vadeboncoeur! Votre article me rassure. Devant les propos alarmistes qui fusent de toutes parts, c’est l’exacerbante culpabilité qui finit par miner notre plaisir de manger. Visons donc l’équilibre, en nous rappelant que les aliments les moins transformés sont sans doute les meilleurs.

Un aspect dont les études sur les charcuteries et les viandes rouges ne rapporte pas est l’alimentation générale de la personne. Par exemple, est-ce que les personnes dans les études qui mangent souvent des charcuteries ou des viandes rouges mangent aussi des fruits et légumes en bonne quantité ? Je crois que si on mange ces aliments mais qu’on mange des fruits et des légumes en bonne quantité, qu’on varie l’alimentation et qu’on se tient loin du sucre raffiné, il ne devrait pas avoir de problème?

Malheureusement, il y a des résidus de pesticides dans les fruits et légumes. Notamment dans les pommes, les fraises, les pêches et nectarines, les carottes et les tomates (encore plus américaines ou mexicaines), les épinards et les piments etc… Vous pouvez trouver sur le web via google les rapports de Consumer Reports : «Pesticides in produce» et «From Crop to Table».

J’imagine que ça doit atténuer le risque, mais l’ampleur du risque, au départ, n’est pas très grand.

Merci de nous donner de si bonnes informations. Je lis toujours vos articles avec un grand intérêt. Ils sont très utiles.

Votre article a une grande valeur pédagogique, docteur. Et les graphiques a cases renvoient une image claire. Les commentaires de la plus part de os lecteurs sont aussi très appropriés, particulièrement celui de Monsieur Belley. J’aimerais simplement ajouter une petite nuance aux explications fournies jusqu’à maintenant.

Si j’ai bien compris, le risque d’avoir un cancer du colon de toute provenance est d’environ 7,2 par 1000 personnes sur dix ans. De ce nombre, nous ne connaissons pas la proportion dévolue au cancer du colon causé par la consommation de charcuterie ou de viande rouge. Est-ce 1, 2 ou 3 par 1000 sur dix ans? Or, le risque « relatif » de 18% est celui d’avoir un cancer du colon causé par une augmentation de la consommation de charcuterie et de viande rouge seulement et pas des autres causes de cancer du colon. Ne devrait-il pas être appliquer à la proportion du nombre qui représente ce cancer seulement? Et dans ce cas, l’incidence de la surconsommation, qui était déjà très mineure, le serait encore diminuée.

Evidemment, la prévention réside dans une alimentation équilibrée et libérée des abus et des consommations répétitives de produits pouvant causer des dérangements de la santé.

L’article du docteur Vadeboncoeur peut tromper les gens en ce sens qu’il confond le risque de cancer du colon associé à la consommation de la viande rouge et des charcuteries avec le risque d’en manger 50 g supplémentaire. Ce dernier étant nettement plus faible que le premier.

Et vous faites vous-mêmes erreur quand vous spéculez sur l’interprétation d’une comparaison du risque d’une consommation supplémentaire de charcuteries et de viande rouge avec celui de la consommation moyenne de ces denrées. Le % de risque accru ne serait pas alors de 18% mais davantage.

Et encore, Dr Vadeboncoeur évalue le risque d’une consommation de 50 g de plus par jour sur 10 ans alors que l’espérance de vie est de près de 80 ans. Le risque pour une vie entière est donc considérablement plus élevé que ce que le bon docteur calcule.

Je pense que la bonne manière de comprendre, si l’étude est valable, c’est que toutes choses étant égales par ailleurs, le risque augmente de 18% pour l’ensemble des personnes, si on augmente la consommation de viandes transformées.

J’ai bien aimé votre article moi personnellement je crois que s’alimenter convenablement en mangeant un peut de tout sans excès et en bougeant on peut combattre beaucoup de maladie meme le cancer