Le secret d’Aphrodite

Les jambes molles, le cœur qui bat plus vite, le sentiment d’être un peu idiot… Ces effets que l’on ressent sous l’emprise de l’amour et du désir — et qui s’apparentent à ceux d’une drogue — sont entièrement l’œuvre de notre cerveau.

Photo : Antoine Bordeleau pour L'actualité

La journée est moche et vous semble interminable. Puis soudain, votre téléphone vibre. C’est un texto de la personne que vous courtisez : « Bonjour ! Passe une belle journée ! J’ai hâte de te voir ce soir ! » En quelques secondes à peine, vos tracas s’envolent. Votre visage s’adoucit et, bien involontairement, les muscles de vos joues se tendent et forment un grand sourire. Vous relisez le message une deuxième, puis une troisième fois. Pendant quelques instants, vous nagez dans une mer de bonheur et ressentez un regain d’énergie.

En soirée, lorsque cette personne entre dans votre champ de vision, il vous est impossible de retenir votre joie. Vous cherchez vos mots et bafouillez en la saluant. Vous trébuchez contre une chaise en l’accueillant. Votre cœur se débat dans votre poitrine comme s’il voulait désespérément en sortir. Mais que ressentez-vous partout dans votre corps ? De l’allégresse, de l’appréhension, du bonheur.

Or, nous savons maintenant que cette ivresse du désir crée réellement… une sensation d’ivresse. Qui n’a pas dit ou fait de bourdes en présence de l’être cher ? La science moderne parvient aujourd’hui à expliquer pourquoi.

Dans les dernières décennies, des neurobiologistes ont commencé à étudier l’activité cérébrale liée à l’amour et au désir. Concrètement, l’expérience se déroule comme suit : un sujet est installé dans un appareil d’imagerie par résonance magnétique, ce qui permet de produire des images tridimensionnelles et détaillées de son cerveau. Puis on lui présente des photographies ou des vidéos de toutes sortes. De cette façon, on peut observer en temps réel quelles régions du cerveau s’enflamment selon les images qu’on lui montre. Un bébé qui pleure. Un couple qui s’embrasse. Des victimes de la guerre. Un cliché de ses amis, de son ex du secondaire, de son amoureux ou son amoureuse.

Technologiquement, nous sommes peut-être bien loin de l’expérience du chien de Pavlov, mais il s’agit ici du même esprit scientifique inquisiteur appliqué aux humains et à l’amour !

Lorsque le sujet regarde une image d’une personne qu’il aime profondément ou pour qui il ressent un désir sexuel intense, de nombreuses régions du cortex cérébral s’activent, particulièrement dans les zones liées au système de récompense. Des hormones comme la dopamine et l’ocytocine sont alors sécrétées, ce qui procure des sensations de plaisir et d’euphorie. Ces réactions physiologiques sont semblables à celles provoquées par des drogues opioïdes (comme la cocaïne). L’amour et le désir ont bel et bien des effets comparables à ceux d’une drogue — et ils sont entièrement générés par notre cerveau.

Voir l’être désiré suscite donc des réactions électriques dans des régions clés de notre cerveau, ce qui en retour déclenche la libération d’un important cocktail d’hormones. Notre hypothalamus, une section de l’encéphale à peine de la taille d’une arachide, sécrète un mélange à forte concentration de testostérone ou d’œstrogène, ce qui non seulement augmente le désir sexuel, mais contribue aussi à désactiver des régions du cerveau qui régulent la pensée critique, la conscience de soi et le comportement rationnel.

Bref, l’amour et le désir nous rendent irrationnels, voire… un peu idiots.

L’humain raconte, analyse, peint, sculpte et chante l’amour sous tous ses angles depuis des millénaires. La mythologie grecque décrivait Aphrodite, la déesse de l’amour, comme passionnée, érotique et irrationnelle. La flamme interdite entre Roméo et Juliette était si vive (attention : divulgâcheur !) qu’ils y ont laissé leurs vies. Même le langage que nous employons illustre ce sentiment d’impuissance : nous n’entrons pas en amour, nous n’arrivons pas à l’amour, mais nous « tombons » en amour. C’est une chute. C’est indépendant de notre volonté. C’est un vertige qui nous effraie, mais auquel nous ne pouvons résister.

Nous savons aujourd’hui qu’il s’agit du résultat d’une symphonie de molécules chimiques produites par le cerveau, puis circulant dans le sang. Si elle est trop intense, cela peut nous mener à la jalousie et à la rage ; si elle est absente ou déficiente, nous risquons de plonger dans la dépression et le désespoir. Certes, ces décharges chimiques ne définissent pas nécessairement à elles seules qui nous sommes et, sans surprise, elles sont d’une complexité immense, bien plus vaste que celle des atomes ou des galaxies.

Il aura peut-être fallu 300 000 ans d’Homo sapiens et 6 millénaires de civilisations humaines, mais la science peut maintenant se joindre à l’univers des arts pour tenter de comprendre et de décortiquer l’amour.

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Cher ami, dans votre description physique vous avez oublié la cyprine et le liquide séminal, souvent présents lors des pulsions amoureuses accompagnées de désir sexuel.

Votre article est très pudique ou convenu.

J’ai composé une «Éthique érotique» (non judéo-chrétienne), qui sera publiée sous peu. Vous pouvez en causer avec la Direction de L’Actualité pour la publier en volets mensuels.

Histoire de rendre vraiment actuels les média mainstream.

Toujours un plaisir de vous lire.

Jacques Légaré, né 1948
ph.d. en philosophie politique
professeur d’Éthique (1981-2001).
[email protected]

Philippe J. Fournier nous présente les études faites sur les neurotransmetteurs liés aux paramètres d’une relation amoureuse, comme une découverte récente. Ceci n’est pas particulièrement vrai, on étudiait déjà le cerveau au 19ième siècle, dès le début du 20ième la chimie du cerveau était bien comprise et les flux électriques qui parcourent notre boite crânienne bien identifiés.

Ce qui a considérablement évolué, c’est le volet électronique, la précision de la mesure des flux, la position précise où les phénomènes prennent place et toute l’imagerie médicale qui pratiquement permet de se déplacer virtuellement à l’intérieur du corps humain. Ce qu’on appelle les neurosciences s’est développé dans le courant des années 60 grâce aux nouvelles technologies qui depuis n’ont cessé de progresser.

Ce qui mobilise les chercheurs actuellement, ce n’est pas spécifiquement les effets chimiques du sentiment amoureux comme tel, c’est mieux comprendre l’évolution du cerveau et les différentes phases qui entraînent sa dégénérescence. Ce que cherchent à mieux comprendre les neurobiologistes, c’est comment fonctionne cet écosystème.

Les scientifiques aimeraient bien pourvoir retarder ou idéalement pouvoir contrer des maladies comme l’Alzheimer ou encore la maladie de Parkinson ou comment réduire les impacts des traumatismes qui sont faits au cerveau. Nous pouvons penser aux commotions cérébrales.

Si nous regardons le volet psychologique associé aux sentiments. Nous pouvons dire que le cerveau humain n’a pas son pareil pour trouver en toutes circonstances les moyens d’être leurré de toutes sortes de façons.

Ces sécrétions produites par les neurones que Philippe J. Fournier définit comme des hormones, sont plutôt des neurotransmetteurs (ou neuromédiateurs). Le rôle qu’il leur donne dans cette chronique est subjectif et parfois confus.

La production des divers neurotransmetteurs chimiques agirait plutôt comme un système de signalisation régulateur (synapses) des activités du cerveau. En principe, cela devrait contribuer à une auto-régulation de l’ensemble des fonctions, mais en pratique le cerveau fait face à toutes sortes d’altérations qui envoient un message quelquefois vrai, quelquefois faux à l’organe, de sorte que la réponse biochimique est susceptible d’être faussée.

La sécrétion entre autre de testostérones à laquelle l’auteur de cet article se réfère, vient plutôt des organes génitaux masculins et féminins et non directement du cerveau. C’est entre autre l’odorat qui est mis à contribution dans cette production et non le visuel. L’hypothalamus est plutôt le capteur ; c’est l’hypophyse qui génère toutes sortes d’hormones, mais pas en grande concentration. D’ailleurs les neurotransmetteurs en général n’ont pas besoin de grandes concentrations pour transmettre l’information.