Le sucre est-il une drogue ?

En 2013, une étude — reprise par des médias de partout dans le monde — avançait que les biscuits Oreo causent une plus grande dépendance que celle à la cocaïne. Faut-il croire de telles allégations ?

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Photo : Pixabay.com

Le sucre est-il une drogue dont on peut devenir dépendant ?
Sante_et_science

Cette idée peut sembler séduisante, quand on voit à quel point certaines personnes semblent ne pas pouvoir se passer de quantités astronomiques de boissons sucrées ou de biscuits.

Mais même si mon dernier billet comparait les tactiques de l’industrie sucrière à celle des géants du tabac, il n’existe pas à ce jour de preuve que le sucre, sous quelque forme que ce soit, entraîne une réelle dépendance.

Chez les scientifiques, le sujet est dans l’air depuis quelques années déjà. Les études ont surtout porté sur la recette «magique» de l’industrie alimentaire : sucre + farine blanche + gras, qui donne des aliments que les anglophones disent highly palatable — une expression qu’on pourrait traduire par «très agréable au goût».

Plusieurs études (dont celle-ci, par exemple) ont montré que ce type d’aliments active fortement les neurones du noyau accumbens. Cette zone du cerveau joue un rôle central dans le circuit de la récompense. Elle est très impliquée dans la dépendance aux drogues.

Cependant, rien ne prouve que de tels aliments créent une véritable accoutumance, même si l’idée est très vendeuse.

En 2013, une étude — reprise par des médias de partout dans le monde — avançait que les biscuits Oreo causent une plus grande dépendance que celle à la cocaïne.

Sauf que cette «étude» n’a jamais été publiée nulle part. Elle a été réalisée sur un coin de paillasse par des étudiants du Connecticut College, avec des rats, et ses conclusions ne sont que de simples hypothèses… qui ont toutefois assuré un bon coup de pub au collège grâce à l’incompétence des journalistes en matière de science. À pleurer.

En revanche, on peut affirmer que nous sommes tous dépendants de l’offre d’aliments mis à notre disposition.

Si on mange autant de produits sucrés, ce n’est pas parce qu’ils nous rendent accros.

C’est avant tout parce qu’ils sont hyper accessibles : ils sont omniprésents dans les magasins et les machines distributrices, souvent très peu coûteux, et vantés par un marketing agressif (et parfois très insidieux).

Il a fallu des années de combat pour arriver à interdire les publicités de cigarettes sur les voitures de Formule 1. Mais est-ce beaucoup mieux de voir des maillots McDonald’s contre d’autres marqués du logo de Tim Hortons à l’occasion d’un match de soccer de fillettes de 4 ans, comme je l’ai aperçu la semaine dernière, à Québec ?

À lire aussi dans L’actualité d’août 2015 (présentement en kiosque) : mon dossier «Manger sans angoisser».

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2 commentaires
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«Cependant, rien ne prouve que de tels aliments créent une véritable accoutumance, même si l’idée est très vendeuse.»

Par contre, le contraire (qu’il peut y avoir une dépendance) n’a pas été démontré non plus. Du moins, pas à ma connaissance.

Mme Borde,
Vous me rassurez!
Votre dernier billet m’avait, à tort semble-t-il fait croire que vous tombiez dans le piège des modes alimentaires, genre gluten.
Pour ma part, je continue de croire que Jean Mayer, de Harvard, dans son livre de années ’70 « A Diet For Living » martellait le bon message : « Mangez de tout, en quantités raisonnables. »