Le tour du monde d’une cuisinière

Comment se débarrasse-t-on d’un vieil électro ? Nos journalistes et correspondants ont fait le test dans 11 villes du monde. Quand on se compare…

Virginie Egger
Virginie Egger

MONTRÉAL : quel arrondissement ?

La marche à suivre varie d’un arrondissement à l’autre. Les résidants du Plateau-Mont-Royal doivent ainsi déposer les objets encombrants au même endroit que les ordures ménagères, du dimanche soir au mercredi soir, et aviser la Ville en composant le 311. L’arrondissement d’Outremont organise deux collectes d’objets encombrants par semaine, tandis que celui de Saint-Laurent n’en offre qu’une (le premier jour de collecte des ordures du mois).
Pour connaître la marche à suivre dans l’un ou l’autre des 19 arrondissements, il suffit de composer le 311 (service courtois et rapide) ou de consulter le site Web d’Info-collectes (ville.montreal.qc.ca/collectes). J.T.

NEW YORK : prend tout !

En 2003, New York a instauré un numéro de téléphone unique (311) pour tous ses services municipaux. Je compose donc les trois chiffres magiques. Après une minute 35 secondes de muzak, on m’offre la possibilité d’être servi en 170 langues (!), dont l’espagnol et le créole haïtien. Je décline. Une charmante préposée me répond : « Sayoni à l’appareil, comment puis-je vous être utile ? » « Euh, je voudrais me débarrasser d’une vieille cuisinière. Comment je dois m’y prendre ? » Elle pianote sur son clavier et me répond aussi rapidement qu’efficacement qu’il me suffit de la déposer sur le trottoir entre 17 h et minuit le jour précédant la collecte du recyclage. Et au cas où cela me tenterait de refaire l’ensemble de ma cuisine, elle précise que je peux jeter jusqu’à six gros objets à la fois. « Y a-t-il autre chose que je puisse faire pour vous ? Non ? Merci d’avoir appelé le 311. » Y.S.

HALIFAX : la cuisinière est une ordure

La Ville de Halifax ramasse les appareils électroménagers avec la collecte hebdomadaire des déchets. On a droit à un gros objet par collecte. Il faut déposer l’appareil sur le trottoir le jour de l’enlèvement des ordures. Halifax est sûrement la capitale canadienne de la collecte des déchets. Dans le site Web de la Ville, on clique sur les objets dont on veut se débarrasser et des instructions détaillées apparaissent à l’écran ! J.B.

 

PÉKIN : c’est kafkaïen !

Pékin met à disposition un numéro pour régler le moindre tracas du quotidien. Il suffit de composer le 12345 et d’expliquer sa situation. Après m’avoir rappelé, on me demande : « Y a-t-il des produits chimiques dans votre cuisinière ? » J’ose un « Je ne sais pas », m’obligeant à me rapprocher de l’assistance « environnement », au 12369. « Bonjour. Pour enregistrer vos questions et vos plaintes, appuyez sur le 1 ; pour parler à un conseiller, appuyez sur le 2. » J’appuie sur le 2 et un conseiller répond aussi sec : « Désolé, il faut appuyer sur le 1 » et raccroche. La touche 1, donc : « Déclinez votre identité et, si possible, le numéro de téléphone de la personne que vous voulez accuser. » C’est finalement la touche 4 qui vient à mon secours. « Ici le bureau de l’environnement ; que puis-je faire pour vous ? » Après description de mon cas, on m’invite à contacter les services sanitaires, au 12319. Touche 1 pour le chauffage, 2 pour les égouts et 3 pour parler à un humain. Une énième conseillère : « On s’occupe principalement du chauffage et des égouts. Pour votre cuisinière, appelez le 96310, c’est le bureau des agents de gestion urbaine. » Rester zen ! À la gestion urbaine, on me demande mon adresse, pour mieux me diriger vers une annexe locale à deux rues de chez moi. Je m’y rends directement. Dans un bureau sans fenêtre, la clim à fond, deux jeunes hommes font la sieste. « Ni hao ! » Je les réveille et les supplie d’écouter ma requête. Verdict : « Il faut trouver un camion avec chauffeur qui acheminera votre cuisinière à la déchetterie. Fermez la porte derrière vous, merci. » Je m’assois sur le trottoir, décontenancé. Devant moi, un petit gaillard torse nu me propose une cigarette. « Ohé l’étranger ! Ça ne va pas ? » Il écoute le récit de mon périple, attentif, sourit et me montre son vieux triporteur à pédales, avec lequel il ramasse les déchets recyclables, qu’il revend au poids. « Je viens chercher ta cuisinière et je te donne 30 yuans, ça marche ? » Ça marche… J.P.

TORONTO : collecte hebdo

À Toronto, il y a un service gratuit de collecte d’appareils électroménagers, le White Goods Pickup. On appelle le numéro d’Access Toronto, facile à trouver dans le site Web de la Ville. On vous demande votre adresse et on vous dit quel jour le camion passera dans votre rue. Le service est hebdomadaire. Vous mettez l’appareil sur le trottoir la veille de la collecte. J.B.

SYDNEY : prenez rendez-vous !

À Waverley, un arrondissement de Sydney, se défaire d’une cuisinière n’exige qu’un coup de fil. Depuis 2007, la Ville a mis en place la Resource Recovery Hotline. Il suffit de composer le numéro et une réceptionniste demande quel est l’objet dont on veut se débarrasser. Un instant pour s’assurer que la cuisinière fait partie des objets encombrants pris en charge par la Ville, puis le rendez-vous est fixé. Il faut prévenir les services municipaux huit jours à l’avance, pour leur permettre d’organiser la collecte. L’usager reçoit une lettre qui confirme la date de ramassage. Sont inclus des conseils sur les déchets et un autocollant à fixer sur la cuisinière. « Mieux vaut ne pas placer les objets trop tôt sur le trottoir, cela risque d’attirer d’autres détritus », prévient-on, de crainte que des voisins n’en profitent pour laisser des débris non étiquetés. On peut ainsi se débarrasser de matelas, meubles et appareils, à condition de ne pas excéder deux mètres cubes par ramassage. Chaque logement a droit à deux collectes gratuites d’objets encombrants par année. Au-delà, le service coûte un peu moins de 50 dollars. M.L.M.

QUÉBEC : la petite parfaite

Dans la capitale, la procédure est d’une simplicité déconcertante. Il suffit d’un appel au bureau d’arrondissement. Pas de paperasse ni de chichi. « Votre adresse ? » demande la préposée, qui annonce illico que l’appareil sera ramassé dans la rue le mardi suivant. On ne nous demande même pas notre nom. « Vous devez le sortir devant chez vous la veille à compter de 18 h », précise-t-elle. Le service est gratuit et la démarche aura pris une grosse minute. Seul hic : les employés de la Ville ne nous aideront pas à sortir
la cuisinière de la maison. Les moins athlétiques devront payer quelqu’un pour accomplir cette tâche. I.P.

NEW DELHI : système D

Après quelques appels infructueux (ligne hors service, occupée ou grésillement), je réussis à joindre M.R. Mittal, de l’administration de la Delhi Municipal Corporation. Lorsque je lui demande comment procéder pour me défaire d’une vieille cuisinière, il reste perplexe et pense qu’il s’agit d’un canular. Je le rassure en précisant que je suis une étrangère établie à Delhi depuis peu. Bref, j’ignore tout des us locaux. Rassuré, M.R. Mittal se fait un plaisir de m’expliquer les rudiments de la vie à Delhi. C’est qu’en Inde aucune municipalité ne se chargera de vous débarrasser d’une cuisinière. Un système totalement informel, d’une efficacité redoutable, veillera à ces tâches. Non seulement vous n’aurez pas à faire d’appel ni à mettre les pieds dehors, mais, cerise sur le curry, on vous paiera pour prendre votre vieil appareil.
Mahomad Ragim est un musulman de 31 ans, kabadi wallah de son état : celui qui collecte ce dont les autres ne veulent plus. Il se balade à vélo dans les quartiers riches en criant : « Kabadi wallah… » Demandez-lui de jeter un œil à votre cuisinière. Il évaluera son état – en Inde, presque tout est réparable – et établira la valeur des métaux. Puis, il proposera un prix. Certes, vous pouvez négocier la vente de votre appareil à la hausse. Mais sachez que Ragim gagne 200 roupies par jour, un peu plus de 4 dollars, et qu’ils sont une petite dizaine à vivre modestement sous le même toit.
Le kabadi wallah vendra la cuisinière. Si elle ne peut être réparée, il fera fondre les métaux et les revendra à des fabricants de cuisinières. La boucle sera ainsi bouclée. A.-M.D.

LONDRES : attention aux contraventions

Traiter avec les fonctionnaires de l’arrondissement de Tower Hamlets est aisé une fois que l’on maîtrise les subtilités des accents cockney et bangladais. Se débarrasser d’une cuisinière y est d’une simplicité enfantine. Il suffit de composer le numéro des services municipaux de l’arrondissement. Un réceptionniste transfère l’appel au Service de la collecte des gros objets. Une fonctionnaire blasée, mais pas désagréable, note l’adresse et l’objet à ramasser, et précise de mettre la cuisinière sur le bord de la rue cinq jours ouvrables plus tard, pas avant, sous peine de contravention. Chaque foyer a droit à deux collectes de cinq « gros objets » par an, sans frais. Le jour indiqué, la cuisinière a disparu avant même l’heure du dîner. Y.S.

PARIS : à la minute près

16 h 45. Un Parisien qui doit se débarrasser d’une cuisinière se connecte au site paris.fr. Lorsqu’il clique sur « objets encombrants », une fenêtre affiche un menu déroulant qui l’invite à préciser le type de meuble ou d’appareil. Les particuliers peuvent apporter tous leurs « encombrants » dans une des cinq déchetteries de la ville. Ils peuvent aussi y déposer des gravats. Mais le site explique qu’il est aussi possible de demander l’enlèvement d’un « encombrant » et propose deux tranches horaires (de 6 h à 8 h ou de 12 h à 14 h) dès le lendemain. Il suffit de choisir le créneau horaire et de préciser l’adresse où sera l’appareil. À 16 h 47, les démarches sont terminées.
Le lendemain, le Parisien dépose la cuisinière devant chez lui. Il se dit qu’il n’a pas parlé à qui que ce soit et n’a pas envoyé de courriel. Il s’étonne que ce service soit gratuit (jusqu’à trois mètres cubes d’encombrants). Le camion du Service de la propreté de la Ville sera-t-il au rendez-vous ? Il n’a pas le temps de réfléchir à la question. Le camion arrive dès… 8 h 01. M.A.

VANCOUVER : la mauvaise élève

La Ville n’offre aucun service de collecte d’appareils électroménagers. J’ai envoyé un courriel à [email protected] On m’a répondu en moins d’une heure, me disant qu’il fallait appeler une entreprise privée qui fait la collecte des déchets et on m’a fourni des noms. J’en ai appelé une qui m’a fait un prix (environ 100 dollars). L’objet peut être ramassé le jour même. Vancouver se vante d’être « une des villes dans le monde où il est le plus facile d’habiter ». Elle a reçu des prix pour son service de nettoyage des rues. Mais si vous voulez vous débarrasser d’un appareil électroménager, la Ville vous dirige vers le secteur privé. J.B.

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