Les cellulaires menacent-ils notre santé?

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Le chiffre est étonnant: on trouve actuellement dans le monde 6,9 milliards de cellulaires! De ce nombre, environ cinq millions sont utilisés au Québec. Il est donc essentiel de bien comprendre l’incidence de cette technologie sur notre santé.

L’Institut national de santé publique a justement fait le point sur cette question dans un rapport récent résumant les données de la science. La conclusion est assez banale: les radiofréquences dans lesquelles nous baignons n’auraient aucun effet néfaste connu aux «doses» rencontrées dans la vie courante. Je pourrais donc terminer cette chronique ici, mais le sujet vaut la peine d’être approfondi.

Parlons d’abord santé

La question demeure toutefois légitime: le cellulaire pose-t-il un risque pour notre santé? En fonction des connaissances scientifiques actuelles, non.

Et si la science ne peut prouver avec certitude l’absence complète de risque (une telle démonstration scientifique est beaucoup plus complexe que la simple démonstration d’un risque), elle nous permet tout de même d’affirmer que si un tel risque existe, il est probablement faible.

En fait, la seule donnée qui laisse depuis quelques années planer le doute provient de l’étude Interphone, la plus vaste étude menée à ce jour sur les effets du cellulaire sur la santé. On y a observé une hausse possible — je tiens à souligner — de 40 % des gliomes cérébraux (un cancer) chez certains utilisateurs. Par ailleurs, aucune hausse majeure des méningiomes ou de l’ensemble des cancers du cerveau n’a été notée.

Et on observe cette hausse chez qui? Seulement chez les «grands utilisateurs» de cellulaires, ceux qui s’en servent pour parler plus de 30 minutes par jour… pendant plus de 10 ans!

Avant de paniquer, soulevons un bémol important: étant donné l’absence de démonstration d’un lien de causalité, les chercheurs de l’étude eux-mêmes manifestent leurs hésitations devant ce résultat et recommandent la prudence quant à son interprétation.

C’est tout de même ce qui a conduit l’OMS à classer les cellulaires comme de possibles agents cancérigènes (pas probable, ni certain), telles de nombreuses autres substances d’usage courant, d’ailleurs.

Les effets sur les grands utilisateurs

Ce n’est pas tout de parler d’un risque théorique. Il est instructif de mesurer l’ampleur potentielle de la hausse des gliomes qui en résulterait. Le calcul est d’ailleurs simple et, surtout, révélateur.

Si les grands utilisateurs de cellulaires comptent pour 10 % des utilisateurs totaux et qu’on trouve cinq millions de cellulaires au Québec, il y aurait chez nous quelque 500 000 grands utilisateurs. Notez que je ne dispose pas de cette donnée précise pour les Québécois. Si vous l’avez, faites-moi signe.

Par ailleurs, aux fins de calcul, il faut savoir que le risque de base d’avoir un gliome est de personnes sur 100 000 par année. Pris ensemble, les membres de notre groupe de 500 000 grands utilisateurs auraient donc un risque annuel de 25 gliomes, avant même d’ouvrir un cellulaire.


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Si on prend la pire hypothèse et qu’on accepte une hausse de 40 % des gliomes dans ce groupe, cela correspond à une augmentation du risque de 10 gliomes annuellement (ils passeraient de 25 à 35).

Il faut aussi savoir qu’au total, on diagnostique environ 400 gliomes par année au Québec. Si on met les choses au pire, nos cinq millions de cellulaires feraient augmenter les gliomes de 10 par année, qui passeraient alors de 400 à 410. C’est une hausse réelle de 2,5 %. Soit.

En moyenne, l’utilisateur de cellulaire verrait donc son propre risque de gliome passer de 5 à 5,2 sur 100 000 par année. Parmi les 500 000 utilisateurs de cellulaires, un seul pourrait — je souligne encore — souffrir annuellement d’un cancer associé à leur utilisation. Admettons que c’est un risque, mais de très faible amplitude.

Enfin, comme environ 50 000 cancers ont été diagnostiqués en 2015 au Québec, les cellulaires seraient alors responsables de 0,02 % des cas.

Et même si l’hypothèse des gliomes chez les grands utilisateurs est valable, il est intéressant de mesurer ses effets (théoriques) à l’échelle du globe. Les 13 800 gliomes de plus par année représentent certes un chiffre considérable, mais tellement loin, par exemple, du demi-million de décès dus annuellement à la malaria, du million et demi de morts dues au sida ou des 14 millions de cancers diagnostiqués annuellement.

On peut affirmer sans risque de se tromper qu’il s’agit, au pire, d’un problème de santé publique de très faible magnitude, peu importe comment on l’examine.

Et rappelons surtout que c’est le seul effet délétère où il existe un niveau de preuve jugé suffisant pour parler d’un lien possible.

Les radiofréquences ont-elles d’autres conséquences sur l’activité électrique du cerveau, les fonctions cognitives, le sommeil, le rythme cardiaque ou la pression artérielle? Tout cela a été vérifié et aucun de ces effets n’a pu être mesuré de manière fiable et reproductible en recherche.

Il n’y a par ailleurs aucune autre maladie associée à l’usage du cellulaire, sauf peut-être l’électrosensibilité, un syndrome dont l’existence demeure matière à débat et dont la cause est inconnue.

Cellulaires et radiofréquences

Le seul effet potentiellement néfaste reconnu des ondes émises par nos cellulaires est un certain réchauffement des tissus directement voisins des appareils, ce qui concerne surtout notre cerveau quand nous avons le cellulaire à l’oreille. Cela n’exclut pas d’autres phénomènes, mais il ne semble pas y avoir d’effets délétères importants.

Nos cellulaires représentent par ailleurs la principale source de radiofréquences à faible énergie que nous absorbons, notamment en raison de leur proximité avec le cerveau quand nous conversons.

Pour vous donner une idée de l’énergie émise jour après jour par nos différents appareils, le tableau suivant, fourni par l’Institut national de santé publique, est intéressant.

Source: <a href="http://sante.gouv.qc.ca/chroniques/demystifier-les-radiofrequences/" target="_blank">Institut de santé publique</a>
Source: Institut national de santé publique

L’énergie émise par les téléphones sans fil de nos maisons est donc bien inférieure à celle des cellulaires, tout comme l’est généralement celle des nouveaux compteurs «intelligents» d’Hydro-Québec.

L’énergie émise n’est toutefois pas le principal facteur, puisqu’elle diminue rapidement quand nous nous éloignons de la source, en fonction du carré de la distance. Cela veut dire que si on double la distance, le niveau d’énergie diminue quatre fois.

On observe donc une grande différence d’exposition entre avoir son téléphone mobile vissé à l’oreille et l’avoir en mains pour texter. Ce simple 30 à 40 centimètres de distance qui s’ajoute diminue considérablement l’énergie captée par le corps humain. De même, se connecter en main libre dans une voiture atténue de manière importante le niveau d’énergie auquel le corps est soumis.

La borne Wi-Fi, souvent pointée du doigt, a donc moins d’effet sur le corps que le cellulaire, bien qu’elle émette une énergie similaire, parce qu’il est peu courant de se promener avec une borne Wi-Fi collée à son oreille.

L’énergie des photons

Même si les radiofréquences émises par un cellulaire sont de même nature que toutes les autres ondes électromagnétiques — comme la lumière ou les rayons ultraviolets —, elles ne sont pas du type «ionisant», comme les rayons X, par exemple.

Cela veut dire qu’elles ne possèdent pas une énergie suffisante pour briser les liens moléculaires, comme ceux qui structurent notre ADN, un phénomène qui peut notamment le rendre plus vulnérable à une transformation cancéreuse, un effet néfaste bien connu des rayons X.

Cette énergie est transportée par les photons, petits corpuscules qui combinent une masse infime et une nature ondulatoire. Ce qui distingue les radiofréquences entre elles, c’est justement la quantité d’énergie transportée par chacun de ces photons.

Le tableau suivant, provenant du rapport de l’Institut national de santé publique, montre ces différences d’énergie entre les photons, pour les rayonnements les plus courants.

Source: <a href="https://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/2119_evaluation_champs_electromagnetiques_radiofrequences.pdf" target="_blank">Institut national de santé publique</a>
Source: Institut national de santé publique

Un photon émis par un cellulaire possède donc une énergie 30 millions de fois inférieure à celle des rayons X. Cette énergie est également trois millions de fois moins puissante que celle qui est requise pour briser un lien moléculaire, comme ceux qu’on trouve dans notre ADN.

L’électrosensiblité, une nouvelle maladie?

On parle d’électrosensibilité, mais il faudrait plutôt dire, selon l’OMS, «intolérance environnementale idiopathique attribuée au champ électromagnétique». Ce terme, qui définit bien le problème, montre aussi les limites de nos connaissances.

S’il est vrai que de nombreuses personnes allèguent ressentir des symptômes lorsqu’elles sont exposées à des ondes, des recherches sérieuses démontrent que les électrosensibles ne peuvent en réalité percevoir s’ils sont exposés ou non à des ondes. Ce qui est d’autant plus embêtant que la science ne propose jusqu’ici aucun mécanisme crédible pour expliquer la nature même des symptômes allégués.

Il n’est pas impossible que des personnes ressentent effectivement les effets des radiofréquences de basse intensité, mais pour l’instant, il ne s’agit que d’hypothèses, jamais démontrées, les malaises ressentis pouvant tout aussi bien être causés par d’autres causes encore à déterminer.


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On peut aussi voir les limites des «preuves» apportées par ceux qui concluent à l’existence du syndrome. Par exemple, dans une étude récente, on dosait certains marqueurs d’inflammation chez des électrosensibles et on a obtenu des valeurs anormales.

Une telle recherche ne veut pourtant pas dire grand-chose, pour deux raisons évidentes. D’abord, il n’y avait pas de groupe de comparaison. Or, il se peut que les marqueurs inflammatoires ne soient pas plus élevés que ceux, disons, des gens habitant la même région et exposés au même environnement.

Il est aussi possible que les électrosensibles souffrent en réalité des manifestations de syndromes inflammatoires encore plus ou moins compris, mais sans le moindre lien avec les radiofréquences. Bref, toutes les explications sont encore à venir.

Le complot des médecins en santé publique

J’ai tendance à penser qu’avec les 6,9 milliards d’utilisateurs de cellulaires dans le monde, s’il y avait un problème de santé important avec les cellulaires, on le saurait déjà. En effet, si nos cellulaires causent effectivement des lésions importantes, vous vous imaginez un peu la gravité de la situation globale?

Cela dit, la recherche demeure essentielle. Par exemple, on pourrait mieux comprendre les effets d’une grande utilisation des cellulaires sur une période supérieure à 10 ans. Et surtout, il faudrait étudier davantage son incidence chez les plus jeunes. Qui sait, on pourrait alors trouver des résultats plus significatifs?

On peut cependant affirmer sans trop de risque de se tromper que le nombre total de cellulaires ne doublera pas dans les décennies à venir, puisque plus de la moitié de la population en possède déjà un.

Et comme c’est la principale source de radiofréquences à basse intensité, on peut penser que l’exposition actuelle se rapproche peu à peu de l’exposition maximale que devra subir l’espèce humaine. Cela devrait être rassurant pour l’avenir.

Je sais bien que je recevrai tout de même des commentaires accusateurs, dénonçant par exemple le complot dont font partie les médecins de santé publique pour cacher la vérité ou prendre uniquement en compte les études biaisées par l’industrie ou influencées par certains lobbys douteux.

Il y a d’ailleurs sûrement des gens qui ont déjà classifié ce rapport, pourtant rigoureux et bien documenté, dans la catégorie des torchons, convaincus que les médecins ne font pas leur travail et qu’ils mettent ainsi en danger la population.

Au fait, quel serait l’intérêt pour ces médecins de ne pas faire correctement leur travail de traduire l’état de la science actuelle sur un sujet important pour la santé? Je ne vois pas. Les médecins de la santé publique sont pourtant respectés lorsqu’ils parlent de maladies transmises sexuellement, de risques de contamination de l’eau, des conséquences d’un casino au centre-ville ou des risques au travail encourus par les femmes enceintes.

On respecte d’autant plus leur opinion qu’ils ne se gênent généralement pas pour donner l’heure juste et critiquer les politiques du gouvernement, puisqu’ils sont indépendants de celui-ci. Leur analyse touchant les effets des ondes serait donc moins crédible que le reste? Imaginez surtout la lourde responsabilité s’ils se trompaient ou, encore pire, cachaient sciemment des données importantes.

Et le principe de précaution?

Bien sûr, il faut toujours appliquer le principe de précaution. J’éviterais par exemple de coucher un bébé avec un cellulaire allumé pour surveiller sa couchette la nuit.

Mais pour le reste, il n’existe actuellement aucune preuve démontrant que l’usage quotidien des cellulaires entraîne un risque majeur.

S’il est important de poursuivre la recherche, je doute vraiment qu’on finisse un jour par découvrir qu’ils posent réellement un grave problème pour la santé publique.

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7 commentaires
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Finalement, ça me fait penser à la « crise » des compteurs intelligents. Une crisette fabriquée de toute pièce par les syndicats pour protéger des jobs obsolètes et par les media pour vendre de la copie. Rien de plus.

« S’il est vrai que de nombreuses personnes allèguent ressentir des symptômes lorsqu’elles sont exposées à des ondes, des recherches sérieuses démontrent que les électrosensibles ne peuvent en réalité percevoir s’ils sont exposés ou non à des ondes » Ceci est faux. Des gens réagissent objectivement à ces radio-fréquences : http://www.magdahavas.com/new-study-radiation-from-cordless-phone-base-station-affects-the-heart/ Si possible, à titre informatif, m’envoyer des liens sur les recherches sérieuses dont on parle, qui seraient tellement sérieuses que l’on peut dès lors affirmé ces personnes « électrosensibles » qu’elles ont un problème psychosomatique, et ben voilà! J’aimerais beaucoup en connaitre le protocole. La science n’a pas raison, elle cherche la raison. Elle peut ne avoir à ce jour les outils pour comprendre l’électro-sensibilité, cela ne veut pas dire que cela existe pas. Et combien d’études, je me plains de la dire, qui sont sérieuses, commentent autrement. J’invite les scientifiques à se pencher sur la forme de l’onde électromagnétique, qui soit analogique ou pulsée. Cela a un impact, toute comme la puissance ou la fréquence. On devrait toujours les différenciées. Bonne continuité à vous.

L’électrosensibilité est une véritable industrie qui permet à des labo et à des charlatans de gagner leur vie.

L’équipe que vous citez n’a même pas été capable de répliquer sa propre étude.

Je suis électro-sensible et croyez-moi, ce n’est rien qui s’approche de l’ésotérisme. Ceci s’est déclaré depuis l’avènement de ces radio-fréquences pulsées. Je crois, sans rien pour le prouver, qu’elles sont plus agressives que celles analogiques, plus « stresssantes » pour le corps. J’attends avec impatience de participer à une étude-clinique, ou le jeu serait de dire si un routeur wi-fi est allumé ou pas dans la pièce, s’il faut en arriver là. Un jeu bien triste somme toute. En attentant des preuves claires là-dessus, j’invite tout homme à ne pas mettre son portable sur ses cuisses antenne wi-fi ouvert, il pourrait bien le rendre stérile! http://sante.lefigaro.fr/actualite/2011/11/30/16173-wi-fi-aurait-effets-nefastes-sur-sperme. À moins qu’être père ne soit pas un de ses projets prévu.

Bravo pour cet excellent texte, je suis heureux de finalement lire l’impact réel sur la population de hausses de risques dans un domaine, i.e. de tenir compte du taux de base du risque, pas seulement du pourcentage que trop souvent on applique à toute la population. Votre exemple du risque accru possible du gliome est éloquent.

À mes yeux de médecin œuvrant en santé au travail et en réadaptation je m’inquiète surtout de voir des jeunes marcher et traverser des intersections les yeux rivés sur leur écran, sans tenir compte de leur environnement.
Merci de votre travail de communicateur Dr Vadeboncoeur.

Peut-on avoir des renseignements sur ces études sérieuses où des électro-sensibles ne sont pas meilleurs pour reconnaître les champs électromagnétique qu’une personne se déclarant saine? Merci.