Les changements climatiques: on y croit ou pas?

Bien des gens sont tombés à la renverse en apprenant cette semaine que la majorité des Canadiens seraient climatosceptiques!

La bonne nouvelle, d’abord: ce n’est pas vrai. Les Canadiens ne sont pas majoritairement climatosceptiques. Il s’agit d’une interprétation un peu abusive (et corrigée depuis) d’une nouvelle étude visant à cartographier les opinions climatiques des Canadiens, réalisée par des chercheurs de l’université de Montréal et de quatre universités américaines. Le professeur Érick Lachapelle et ses collègues ont adapté au Canada une méthode élaborée pour répartir les opinions climatiques des Américains. Les données qui ont nourri ces cartes ont été recueillies lors de quatre sondages téléphoniques réalisés en 2011, 2013, 2014 et 2015 auprès de 1000 à 1500 Canadiens à chaque fois.

Dans cette analyse, on peut lire que seuls 44 % des Canadiens croient que «la planète se réchauffe surtout en raison de l’activité humaine». Les autres sont-ils tous climatosceptiques? Non.

En effet, on voit aussi que 61 % des personnes interrogées pensent que «la planète se réchauffe en partie ou surtout en raison de l’activité humaine» ce qui, reconnaissons-le, est tout de même assez proche du consensus scientifique. L’expression «activité humaine» peut être interprétée de bien des manières par les répondants à un sondage. Tous les répondants ont-ils par exemple considéré le dégagement de méthane par les vaches comme une activité humaine? Pas sûr.

Ce résultat ressemble d’ailleurs fort à celui d’un sondage mené par Environics et la Fondation David Suzuki auprès de 2000 Canadiens en août dernier, qui estimait que «six Canadiens sur dix (61 %) croient que les preuves scientifiques sont concluantes et que les changements climatiques sont principalement causés par l’activité humaine.»

Dans ce sondage, 13 % des personnes interrogées avaient répondu que «la science ne démontre pas qu’il y a des changements climatiques».

Un peu plus d’un Canadien sur dix serait donc vraiment climatosceptique. C’est mieux qu’aux États-Unis (18 % de climatosceptiques environ, selon les sondages), mais pas vraiment réjouissant.

La nouvelle analyse montre que l’opinion des Canadiens diffère grandement selon l’endroit où ils habitent, les personnes vivant là où on exploite les sables bitumineux étant les moins persuadées à la fois de la réalité des changements climatiques et du rôle de l’humain dans ceux-ci.

Ce n’est pas une surprise, puisqu’on sait depuis longtemps que les gens les plus dépendants de la source d’un problème sont les moins enclins à reconnaitre ce problème. Parlez amiante dans la région de Thetford Mines et vous verrez que les conclusions scientifiques y ont longtemps été mises en doute…

On sait aussi que les opinions climatiques sont très liées aux opinions politiques. La même équipe de chercheurs avait ainsi estimé en 2013 que le pourcentage de personnes croyant à une preuve solide du réchauffement climatique allait de 92 % pour les partisans du NPD à 68 % pour les conservateurs en passant par 88 % pour les libéraux et 89 % pour les bloquistes.

La nouvelle analyse va un peu plus loin et montre aussi des différences entre les habitants des villes et ceux des régions. C’est encore une fois logique. Le transport est l’une des principales causes de réchauffement… mais aussi un irritant quotidien pour bien des citadins aux prises avec la congestion et les lacunes du transport collectif. Les citadins peuvent assez facilement s’imaginer ce que leur rapporteraient des transports moins dommageables pour le climat. Ce n’est pas le cas pour les ruraux.

Les grands projets industriels susceptibles de nuire à la lutte aux changements climatiques, comme les cimenteries, sont aussi bien mieux acceptées par les populations des régions à cause des emplois qu’ils génèrent. Les citadins sont bien plus portés à croire qu’on pourrait s’en passer.

La mauvaise nouvelle avec cette étude, qui est donc plus mauvaise que nouvelle, c’est qu’il reste encore beaucoup de Canadiens qui ne voient pas l’intérêt de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

À qui la faute?

Le chroniqueur Jean-François Cliche du quotidien Le Soleil estime que les médias sont en partie responsables, puisqu’ils n’ont pas réussi à faire comprendre l’importance du sujet aux Canadiens, hésitant à se lancer dans des explications trop complexes pour le commun des mortels. Certains continuent aussi de donner une bonne visibilité à des opinions climatosceptiques parfaitement contraires à la science.

Même si les médias ont leur part de responsabilité, je vois bien d’autres coupables.

Qu’un grand nombre de Canadiens ne comprennent pas la science climatique n’a rien d’étonnant. Il reste bien des gens qui croient que le Soleil tourne autour de la Terre!

Pour s’intéresser aux explications des scientifiques sans être féru de science, il faut se sentir un minimum concerné. La peur de la maladie ou la souffrance de proches est un moteur très puissant pour tenter de comprendre le cancer. Le climat? Maintenant qu’on a bien expliqué que ce n’est pas la même chose que la météo, beaucoup de personnes s’en désintéressent.

Le sondage d’Environics le montrait très bien: 82 % des gens témoins de changements climatiques à l’échelle de leur localité ont dit croire à la certitude de la science, contre 37 % des gens qui qui n’en avaient vu aucune manifestation.

Ce phénomène est connu depuis longtemps des chercheurs en psychologie. En 1981, déjà (oui oui, il y a 35 ans!), il était décrit en détail par le grand spécialiste Baruch Fischhoff dans un article scientifique intitulé Hot air: The psychology of CO-induced climatic change.

Au fur et à mesure que les manifestations des changements climatiques vont se multiplier, de plus en plus de gens vont croire au consensus scientifique.

Les médias et les scientifiques doivent en tenir compte et s’assurer que l’information qu’ils livrent soit le plus possible connectée aux préoccupations réelles de la population. Et ils auraient tout intérêt à regarder d’un peu plus près les études en psychologie.

Les grands spécialistes de la manipulation de l’opinion publique, eux, ont très bien compris le truc. Ils ont une responsabilité majeure dans ce portrait de l’opinion climatique des Canadiens. Comme ils l’ont fait pour que les liens entre tabagisme et cancer du poumon restent ignorés le plus longtemps possible, les marchands de doute ont réussi leur coup avec les changements climatiques dans une bonne partie du Canada, comme aux États-Unis. Le gouvernement conservateur, proche de l’industrie pétrolière et de ses groupes d’intérêt, a lui aussi entretenu le doute dans la population. Il va falloir tout un effort pour réparer les dommages.

Finalement, l’analyse montre que le Québec croit bien plus à la science du climat que l’Alberta. J’ai entendu plusieurs personnes sous-entendre que les Québécois sont bien plus sensés. Mais attention: si le pétrole avait été au Québec plutôt qu’en Alberta, la recherche montre qu’on aurait aussi bien du mal à croire qu’il faudrait s’en passer!

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6 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Disons que j’y crois à 50%, si Couillard continue à nous mentir je n’y croirai plus du tout ! Prendre les citoyens pour des imbéciles, avec des études scientifiques biaisées, je n’y crois tout simplement pas! Dire que les citoyens ne sont pas intelligents (la terre tourne autour du soleil) faut vraiment cracher sur le peuple, qui paie la pluspart de vos salaires !

Entièrement d’ accord avec vous, les études scientifiques ne sont pas concluantes et se contredisent !
Il n’ y a personne sur cette terre qui peut prétendre hors de tout doute raisonnable présentement que le réchauffement de la planète est dû à l’ humain !

Vous pouvez me trouver 2 études scientifiques qui se contredisent?

Je vous promets à l’avance que vous allez seulement trouver des études pseudo-scientifiques, mais je vous mets quand même au défi.

Quelle études scientifiques biaisée? Vous parlez de celles financées, directement ou indirectement, par l’industrie pétrolière?

Le fait que bien des gens croient encore que le Soleil tourne autour de la Terre n’est pas une insulte, c’est un fait.

L’actualité n’appartient pas à une cie privée? Qui paie son salaire?

Comprendre un peu la démarche scientifique, avoir des connaissances de base en cette matière aiderait certainement. Mais la multiplication des cours sur le « vivre-ensemble » et le « vivre-mieux » semblent empêcher les enseignants de trouver le temps nécessaire.

Il est vrai que plus les gens subissent les changements climatiques, plus ils sont enclins à y croire mais l’étude n’a pas couvert le grand nord canadien: les 3 territoires ne font pas partie des gens interrogés. Or, ce sont les territoires nordiques (Yukon, TNO et Nunavut) qui subissent le plus les changements climatiques (fonte du pergélisol, érosion des berges, affaissement des bâtiements et des aéroports, migrations inhabituelles, famine chez les ours blancs etc.). Si on ajoutait ces gens à l’enquête, le pourcentage des gens qui comprennent les changements climatiques augmenterait certainement. D’ailleurs vous pouvez demander à des aînés inuits mêne si certains ne sont jamais allés à l’école s’ils croient aux changements climatiques et ils vont très probablement vous répondre « oui » et vous donner des exemples frappants…