Les Chic-Chocs, c’est le pied!

Une randonnée en pleine nature, ça vous remet les idées à la bonne place. Et difficile de dépenser quand on est entouré de montagnes…

Cet été, partez à l’aventure dans les archives de L’actualité pour (re)découvrir les grands classiques estivaux du Québec.

Sur un sentier rocailleux du mont Logan, un caribou des bois voit surgir quatre bipèdes en vêtements multico-lores. Il cligne des yeux, se laisse admirer un instant, puis détale dans la taïga. « Ces inconnus ne me disent rien qui vaille », semble-t-il penser, en entraînant deux autres cervidés dans sa course. Mes amis et moi venons de rencontrer 2 % de la population de caribous des bois de la Gaspésie, une espèce en voie de disparition dont il ne reste qu’environ 160 individus. Visiblement, nos gueules ne leur reviennent pas !

Courbés sous nos sacs à dos, nous suivons le Sentier international des Appalaches, qui serpente dans le massif des Chic-Chocs. Les Micmacs appelaient cette région sigsôg (rochers escarpés) et ne s’y aventuraient guère. Petits malins… La piste est semée de côtes abruptes, d’arbres à enjamber et de mares à contourner. Notre parcours s’étire sur une quarantaine de kilomètres en passant par cinq sommets, dont le mont Logan, qui chatouille le ciel à 1 140 m d’altitude.

J’aime la longue randonnée pour son côté zen. Mettre un pied devant l’autre discipline le corps et l’esprit. Chaque pas semble agrandir le monde. Cette immensité m’apaise, moi, fille du centre-ville, parfois lasse de la cohue. Et quelle expérience que d’aller le matin puiser son eau dans un vieux lac tout ridé de lumière !

De plus, c’est l’activité parfaite quand on est « cassé » comme une noix, avec juste quelques écales en poche. La nature est l’amie des fauchés. Allez donc flamber vos dollars dans la taïga… La Société des établissements de plein air du Québec loge les coureurs des bois pour environ 25 dollars la nuit par personne. Le refuge coûte plus cher que le camping sauvage, mais il vous assure un matelas sec et un feu en cas de pluie. Pour le reste, il suffit d’avoir de bonnes chaussures de marche et un sac à dos. Et de préparer quelques repas de gruau ou de pâtes.

Bien des voyageurs ont saisi l’astuce. Le matin du 11 août 2008, au mont Albert, nous sommes une trentaine à attendre les tapeculs qui vont, par des chemins de terre, nous déposer à divers endroits dans la forêt. « Ce genre d’escapade, c’est la sainte paix », résume Dany, Jonquiérois venu avec sa blonde se reposer de leur vie mouvementée de parents de quatre enfants. Le jeune couple a lesté ses sacs d’un p’tit rouge en Tetra Pak qu’il sirote le soir à la bougie !

Les trois jours passent comme un rêve. Voici déjà le mont Matawees (« porc-épic », en langue micmaque) qui s’élève dans la brume. Sa pierraille anguleuse tord les chevilles, et les bâtons de marche s’y accrochent. Vais-je y survivre ? Après 45 minutes de montée, je m’affale au sommet, pantelante. Le sol est couvert d’une dentelle de lichens blancs, verts, roses. Les épinettes poussent en bonsaïs. Le vent des hauteurs monte à la tête comme un champagne glacé.
C’est presque à regret que je redescends vers la civilisation, par des champs de fougères géantes gorgées de rosée. « Le carwash », disent avec humour les guides locaux.

Parfois, voyager à petit prix permet de se payer un luxe. Comme un séjour à l’élégante Auberge de montagne des Chic-Chocs, où je conclus mes trois jours de marche. (Même dans les bois, zut, on trouve des occasions de dépenser 500 dollars en deux jours !) En marinant dans le spa, je souris au mont Matawees, qui se découpe sur l’horizon. Veni, vidi, vici. Je rêve déjà à ma prochaine randonnée. Il paraît que le raid de Charlevoix est palpitant…

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